La « sécurité » est à vendre au checkpoint, prix à discuter

Le système kafkaïen de permis et de checkpoints mis en place par Israël est ordinairement justifié par « des impératifs de sécurité« , tout comme le « mur de l’apartheid« .

Les objectifs réels sont, pour une très large part, bien différents : les limitations à la liberté de circulation des Palestiniens visent à leur rendre la vie insupportable et à limiter leurs possibilités de développer leur économie, dans l’espoir qu’un aussi grand nombre que possible finisse par partir vivre ailleurs et cède ainsi la place aux colons.

Accessoirement, il s’agit aussi de mettre l’industrie et le commerce israéliens à l’abri de la concurrence que pourraient représenter les producteurs palestiniens, grâce notamment aux bas salaires pratiqués chez eux. Le « mur », quant à lui, sert en outre à voler des terres et surtout des ressources en eau palestiniennes.

L’absurdité de l’affirmation israélienne selon laquelle les atteintes aux droits élémentaires des Palestiniens seraient « justifiés » par des raisons de sécurité est, ironiquement, battue en brèche par des soldats israéliens préposés aux checkpoints.

Ils y croient tellement fort, à leur mission de sécurité, que celle-ci est à vendre : le tarif tourne autour de 1.000 shekels (env. 200 €), parfois jusqu’au double. Pour ce prix, certains de ceux à qui Israël a confié le soin de veiller jalousement sur chaque déplacement des Palestiniens sont disposés à « regarder ailleurs » et à laisser passer sans contrôle d’aucune sorte un certain nombre de véhicules. Le phénomène se serait surtout développé dans la région particulièrement stratégique de Jérusalem.

Le filet de sécurité tendu par Israël présente donc pas mal de trous, percés à coups de billets de banque discrètement échangés, et ils sont assez grands pour que des camions s’y faufilent.

Or, a-t-on vu se multiplier, ces derniers temps, les attentats suicide dans les grandes villes israéliennes ?

La semaine dernière, lit-on dans Haaretz, un officier de la police des frontières a été inculpé, et un autre licencié, ainsi que deux gardes civils (car la sécurité est largement sous-traitée à des firmes privées, ultra-libéralisme gouvernemental oblige), à l’issue d’une enquête qui a duré plusieurs mois dans la zone de Jérusalem.

Au point de passage de Atalot, où plusieurs centaines de véhicules transitent chaque jour, un officier de carrière avait conclu un deal avec un commerçant palestinien, qui pouvait ainsi importer en Israël des cargaisons d’œufs qui n’étaient soumises à aucune inspection. Il lui en coûtait 1.000 shekels à chaque fois, ce qui contribuait à adoucir agréablement les fins de mois du militaire supposé monter la garde pour empêcher les Palestiniens de jeter subrepticement les Juifs à la mer…

Ce cas est considéré comme particulièrement grave, parce que le commerce des œufs – officiellement considéré comme « un service public » en Israël – est presque aussi étroitement réglementé que celui des armes. Les coquetiers sont, aussi curieux que cela puisse paraître, un moyen parmi mille autres pour les sionistes d’affirmer en quelque sorte « le caractère juif de l’État« , toutes les précautions étant prises dans la réglementation pour que les consommateurs juifs ne puissent consommer des œufs sortis du cul d’une poule « arabe » ou « druze » (voir : « Israël : le racisme d’Etat dans votre assiette« ).

« L’État consacre des moyens considérables pour garder les éléments hostiles hors de son territoire en utilisant des checkpoints, des clôtures, et du personnel« , se désole Moshe Saada, un cadre du Ministère de la Justice cité par Haaretz. « Nous avons constaté qu’il y a des officiers qui se laissent corrompre pour laisser passer des véhicules et des individus sans vérification, sans supervision et sans contrôle. Cela pourrait aussi être utilisé pour introduire des terroristes à l’intérieur du pays« .

Tu l’as dit, bouffi ! Mais comme on constate qu’il n’y a pas de bombes qui sautent à tous les coins de rues, ne doit-on pas en conclure que soit tout ce dispositif est une manifestation de paranoïa délirante – du type de celle qu’on a vue  récemment à l’œuvre lors de l’opération « Bienvenue en Palestine » – soit que les buts réels sont différents. Les deux explications ne s’excluent d’ailleurs nullement, elles se complètent au contraire.

Print Friendly, PDF & Email