La résistance palestinienne à Gaza « combat pour nous tous », déclare le Dr Mads Gilbert

Le Dr Mads Gilbert: Solidarité avec Gaza !
S’il n’y avait pas de siège, il n’y aurait pas de tunnels ! S’il n’y avait pas d’occupation, il n’y aurait pas de roquettes !

« Le cœur de la terre bat à Gaza, aujourd’hui. Il saigne, mais il bat », déclare le Dr Mads Gilbert.

Le chirurgien urgentiste norvégien est retourné chez lui, dans la ville de Tromsø, le 31 juillet, après avoir passé plusieurs semaines à l’hôpital al-Shifa de Gaza, à soigner les blessés de l’agression israélienne.

Directement après avoir quitté l’aéroport, il a livré un discours spontané face à une large manifestation de solidarité avec Gaza qui se déroulait au même moment.

Tromsø est d’ailleurs jumelée avec la ville de Gaza.
Le journal Nordlys a réalisé cette vidéo, reprenant son discours. Elle est sous-titrée en anglais.

« La résistance du peuple palestinien aujourd’hui à Gaza est admirable, elle est justifiée et c’est un combat pour nous tous. Nous ne voulons pas d’un monde où l’on puisse abuser du pouvoir brutal afin de tuer ceux qui luttent pour la justice », a-t-il déclaré.

Gilbert se demande pourquoi, après tous les massacres, toutes les violations par Israël des lois de protection des civils, il n’y a pas de sanctions contre Israël. Il exige de savoir pourquoi le gouvernement de la Norvège demeure si « silencieux » alors que les Palestiniens sont confrontés à « l’une des forces d’occupation les plus brutales de l’histoire moderne ».

« La solidarité est une arme puissante », déclare Gilbert, en terminant son discours par un appel à tous à s’impliquer dans le mouvement pour les droits des Palestiniens.

« Israël est plus isolé que jamais il le mérite », poursuit-il, en appuyant le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

C’est un puissant discours de 25 minutes.
Nous avons retranscrit les quelques premières minutes, au cours desquelles Gilbert demande à ses compatriotes norvégiens d’imaginer à quoi ressemblerait leur pays s’il n’avait pas lutté pour sa libération de l’occupation allemande : « Je sais que vous applaudissez pour Gaza. Je sais que vous applaudissez pour ceux qui sont là-bas, les héros de Gaza. »

« Ce ne sera pas un appel facile à faire, parce que je suis aujourd’hui entouré de douceur, de chaleur, de sécurité, d’absence de bombes, d’avions de combat, de sang et de mort. Puis tout ce que nous devions garder à l’intérieur de nous-mêmes revient à la surface – pour cette raison, pardonnez-moi si parfois je craque. »

« Quand je suis rentré chez moi et que j’ai retrouvé mes filles Siri et Torbjørn, mon beau-fils et mes petits-enfants Jenny et Torje, je me suis rendu compte de la douceur du pays dans lequel nous vivons ici. »

« C’est si bon, avec cette espèce d’humanité dans toutes les relations, parce qu’en fait, nous avons construit ce pays dans le respect de la diversité, le respect de l’individu, le respect de la dignité humaine. »

« Et imaginez que vous retourniez en 1945. Et je demande instamment d’être bien compris quand je dis que je ne compare pas le régime nazi à Israël. Ce que je ne fais pas. »

« Mais je compare l’occupation à l’occupation. Imaginez qu’en 1945, nous n’ayons pas gagné cette lutte de libération, que nous n’ayons pas chassé l’occupant, que nous n’aurions pu envisager un avenir brillant ou que nous n’aurions pu croire que nos enfants avaient un avenir. Imaginez que l’occupant soit resté dans notre pays, se l’appropriant morceau par morceau, durant des dizaines et des dizaines d’années. Et qu’il nous aurait exilés tous dans des zones très étroites et pauvres. Qu’ils auraient pris les poissons dans la mer, pris les terres, pris l’eau et que nous aurions été de plus en plus enfermés. »

« Et, ici, à Tromsø, nous avons en fait été emprisonnés, à cause de toute cette résistance à l’occupation. Et, ainsi, nous avons été emprisonnés durant sept ans, parce que, lors d’une élection, nous avions choisi les plus déterminés, ceux qui n’allaient jamais accepter l’occupation. »

« Ensuite, après sept années d’enfermement dans notre ville de Tromsø, l’occupant a commencé à nous bombarder dès le jour où nous avons scellé une alliance politique avec ceux d’autres parties enfermées de la Norvège occupée, pour dire que nous, les Norvégiens, nous nous dresserions tous ensemble contre l’occupant. Et, alors, ils se sont mis à nous bombarder. »

« Ils ont bombardé notre hôpital universitaire, puis le centre médical, puis ils ont tué nos ambulanciers, ils ont bombardé des écoles où ceux qui avaient perdu leur maison tentaient de trouver refuge. Puis ils ont coupé le courant et ont bombardé notre centrale électrique. Puis ils ont coupé la distribution d’eau. Qu’aurions-nous fait ? »

« Aurions-nous renoncé, agité le drapeau blanc ? Non. Non. Nous ne l’aurions pas fait. Et c’est ça, la situation à Gaza. »

« Ce n’est pas un combat entre le terrorisme et la démocratie. Hamas n’est pas l’ennemi que combat Israël. Israël mène une guerre contre la volonté de résistance du peuple palestinien. La détermination inflexible de ne pas se soumettre à l’occupation ! »

« C’est la dignité et l’humanité du peuple palestinien qui n’acceptera pas de se faire traiter comme des citoyens de troisième, quatrième ou cinquième rang. »

« En 1938, les nazis ont traité les Juifs d’‘Untermenschen’, de sous-hommes. Aujourd’hui, les Palestiniens de Cisjordanie, de Gaza, de la diaspora sont traités comme des Untermenschen, des sous-hommes que l’on peut bombarder, tuer, massacrer par milliers, sans qu’aucun de ceux qui sont au pouvoir ne réagisse. »

« Ainsi donc, je suis rentré chez moi, dans mon pays libre – et ce pays est libre parce que nous avions un mouvement de résistance, parce que nous avons dit que les nations occupées ont le droit de résister, même par les armes. C’est écrit dans les lois internationales. »

« Vous avez le droit de combattre l’occupant, même avec des armes. On devrait, naturellement, respecter les lois internationales… »

« Personne ne désire être occupé ! »


Publié sur Electronic Intifadah le 8 août 2014.
Traduction pour ce site : JM Flémal.

abunimahAli Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifadaet auteur du livre « One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse »

On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah

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