La guerre d’Israël contre le peuple palestinien à Gaza

Bombardement sur Rafah, au sud de Gaza, le 11 juillet. Correspondant l'ocal d'Assawra.

Israël s’en prend aux civils palestiniens et les frappe durement. Même parler de « guerre » risque d’entraîner une confusion. Ceci n’a rien d’une confrontation ou d’un conflit, ni d’un cycle de représailles ou d’un conflit tribal. Il s’agit d’une révolte anticolonialiste.

Israël est en guerre contre le peuple palestinien. Plus exactement, Israël écrit un nouveau chapitre violent de sa guerre en cours contre le peuple palestinien, une histoire d’horreur étalée sur plusieurs décennies et dont, détail terrifiant, bien des pages n’ont pas encore été écrites.

En ce moment (1), l’armée israélienne a tué 100 Palestiniens, et en a blessé 680 autres, estime-t-on, et les chiffres ne cessent de s’alourdir. Jeudi à 15 h 00, heure locale, l’OCHA (Bureau de coordination des affaires humanitaires), un organe des Nations unies, rapportait que 58 civils se trouvaient parmi les morts, y compris 11 femmes et 21 enfants.

Le gros titre du Daily Telegraph d’aujourd’hui indique : « Half of Gaza’s dead ‘are women and children » (La moitié des morts de Gaza sont des femmes et des enfants).

L’OCHA a également renseigné 70 bâtiments détruits, avec 342 unités de logement détruites ou gravement endommagées un peu partout. Jeudi, un haut responsable des FDI [l’armée israéliene – NDLR] resté anonyme a déclaré dans les médias israéliens que les frappes contre la bande de Gaza avaient lieu au rythme d’une attaque toutes les quatre minutes et demie. La source a également affirmé que lorsque « les résidents de Gaza verront l’ampleur des dégâts dans l’ensemble de la bande », les choses « parleront d’elles-mêmes ».

Il s’agit donc d’un châtiment collectif, dans ce cas, emballé et vendu comme « autodéfense ».

Bombardement sur Rafah, au sud de Gaza, le 11 juillet. Correspondant l'ocal d'Assawra.
Bombardement sur Rafah, au sud de Gaza, le 11 juillet. Correspondant l’ocal d’Assawra.

Israël est en guerre avec les Palestiniens depuis que les villes et les villages ont été « épurés » lors de la Nakba (dont de nombreux réfugiés résident actuellement dans les camps bombardés de Gaza). Cette dernière attaque ne diffère en rien des précédentes.

Des comptes rendus plus précis et plus complets des dévastations apparaîtront en temps voulu. Pour l’instant, il y a déjà bien des choses que nous savons. En gros, au cours des 48 heures initiales, Israël a largué, estime-t-on, 800 tonnes d’explosifs sur une zone des dimensions de Detroit. Des jeunes qui regardaient un match de la Coupe du monde dans un café du littoral, ont été tués par une frappe aérienne. Des familles ont été détruites : les familles Kawareh, Hamad, al-Nawasra, al-Haj, al-Ghannam.

Des enfants en bas âge ont été tués quand des missiles ont frappé leur maison : ainsi, Mohammad Khalaf Odeh al-Nawasra et Ranim Jawdat Abdul-Karim Abdul-Ghafoor, tous deux âgés d’un an. Vendredi matin, le haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, Madame Navi Pillay, a déclaré qu’il y avait des « rapports particulièrement dérangeants » à propos de « pertes civiles, dont des enfants », en raison des « frappes israéliennes contre des maisons ».

De tels rapports, a ajouté Madame Pillay, « permettent de douter sérieusement » qu’Israël se conforme aux « lois humanitaires internationales ». L’ONG israélienne B’Tselem a déjà insisté sur le fait que l’armée israélienne « reconnaissait elle-même » qu’elle menait des attaques « ciblant illégalement des maisons qui n’avaient rien de cibles militaires ».

Il n’est pas étonnant dès lors que le gouvernement israélien soit si embarrassé par la possibilité que des Palestiniens aillent réclamer justice auprès de la Cour pénale internationale. Israël produit à la pelle la même propagande éculée, bien que sous forme infographique brillante. Des « boucliers humains », ne cesse de répéter cette propagande. Pour les FDI, il semble qu’il n’y ait pas de Palestiniens, dans la bande de Gaza : rien que des « terroristes » et des « boucliers humains ».

C’est pourtant l’armée, rappelez-vous, qui a en réalité utilisé des boucliers humains, au sens littéral du terme en se cachant derrière un civil pendant qu’elle fait irruption dans une maison. Des « boucliers humains », prétend Israël, un pays qui a déplacé un demi-million de ses citoyens vers des colonies situées dans un territoire sous occupation militaire.

Mais les FDI [l’armée israélienne – NDLR] téléphonent aux résidents avant de bombarder leur maison, prétendent les propagandistes israéliens, le visage imperturbable (ou tendu par l’angoisse). En effet. Peut-être, pour cette tactique, ont-ils trouvé leur inspiration chez les gens de l’IRA véritable, qui avaient envoyé des « avertissements » téléphoniques avant de faire sauter leur voiture piégée à Omagh.

Opération Bordure protectrice. Opération Pilier défensif. Opération Plomb durci. Aujourd’hui, tout enfant de sept ans dans la bande de Gaza a déjà vécu trois massacres. Les services de secours d’urgence israéliens répertorient les gens en état de choc qu’ils traitent.

Si les Palestiniens faisaient la même chose, ils auraient besoin d’un rouleau de papier reprenant le nom de chaque simple résident de la bande de Gaza. La politique israélienne à l’égard des Palestiniens occupés et sans État est caractérisée de façon habituelle par des punitions collectives. Les exportations en provenance de la bande de Gaza sont presque totalement interdites.

Les forces israéliennes ciblent les fermiers palestiniens, les ramasseurs de ferrailles et de métaux, les protestataires et les pêcheurs palestiniens dans les « Zones d’accès restreint » (ARA – Access Restricted Areas) de Gaza, imposées par les FDI.

Entre le cessez-le-feu de novembre 2012 et février 2014, Israël a tué au moins 8 civils palestiniens dans ces ARA et en a blessé 120 autres – ouvrant le feu près de 150 fois sur des pêcheurs au cours des douze premiers mois qui ont suivi l’opération « Pilier défensif ». Et remarquez que dans la période qui a précédé cette semaine, du 11 juin au 6 juillet, les frappes aériennes israéliennes ont tué 13 Palestiniens, y compris un enfant, en ont blessé 30 et qu’elles ont endommagé 11 écoles et un centre de soins de santé. Le 27 juin, Israël a blessé huit civils à Khan Younis ; les 26 et 28 juin, les forces israéliennes à la barrière de ceinture ont ouvert le feu et blessé trois civils. Tout cela avant « l’escalade », rappelez-vous.

Lorsque les jets israéliens bombardaient les Palestiniens lors du massacre de 2008-2009, les hauts responsables étaient catégoriques, quand aux objectifs qu’ils visaient. Un porte-parole des FDI avait affirmé que « tout ce qui est affilié au Hamas est une cible légitime », et Shimon Peres avait dit que le but d‘Israël était « d’asséner aux gens de Gaza un coup si fort qu’ils allaient en perdre toute envie de tirer sur Israël ». Et, aujourd’hui, c’est la même chose qui se produit, une fois de plus.

Les mises à jour des communiqués de presse et des porte-parole des FDI à propos des « cibles terroristes » cachent une vérité toute simple et brutale. Israël s’en prend aux civils palestiniens et les frappe durement. Même parler de « guerre » risque s’entraîner une confusion. Ceci n’a rien d’une confrontation ou d’un conflit, ni d’un cycle de représailles ou d’un conflit tribal. Il s’agit d’une révolte anticolonialiste.


(1) Article publié sur Middle East Monitor le 11 juillet 2014. Traduction : JM Flémal.  

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