La grève de la faim massive des prisonniers palestiniens se termine après un accord

Communiqué diffusé par l’association de défense des prisonniers, Addameer :

Ramallah, 15 mai 2012 – Après près d’un mois de jeûne complet, quelque 2.000 prisonniers politiques palestiniens ont mis un terme la nuit dernière à leur grève de la faim massive après qu’un accord s’est dégagé avec les Services carcéraux israéliens (IPS) sur la concrétisation de certaines revendications fondamentales. Addameer applaudit à ce succès du mouvement des prisonniers et ne peut qu’espérer qu’Israël opère les changements de mesures de toute bonne foi. Addameer félicite tout particulièrement ces personnes qui se sont engagées dans une grève de la faim à durée indéterminée depuis plus de deux mois, faisant preuve d’une détermination remarquable dans la lutte pour l’obtention de leurs droits les plus fondamentaux.

Les revendications exprimées lors de la grève de la faim collective lancée le 17 avril, comprenaient l’arrêt du recours abusif par les IPS à l’isolement pour des raisons de « sécurité », mesure qui, actuellement, affecte 19 prisonniers, dont certains ont passé 10 ans en isolement, ainsi que l’abrogation d’une série de mesures punitives prises contre des prisonniers palestiniens à la suite de la capture du soldat israélien Gilad Shalit, y compris le refus depuis 2007 des visites familiales à tous les prisonniers originaires de Gaza et l’accès à l’enseignement universitaire depuis juin 2011. Les prisonniers réclamaient également la fin de la pratique israélienne consistant à détenir des Palestiniens en détention administrative, sans accusation ni procès. Huit prisonniers, y compris cinq détenus administratifs, avaient déjà entamé leur grève de la faim à la fin du mois de février.

Les détails de l’accord signé la nuit dernière par le comité de prisonniers représentant les grévistes de la faim ont été transmis aujourd’hui à l’avocat d’Addameer, Fares Ziad, lors de sa visite à Ahed Abu Gholmeh, membre du comité, et à l’avocat d’Addameer, Mahmoud Hassan, lors de sa visite à Ahmad Sa’adat, à la clinique médicale de la prison de Ramleh, lequel Ahmad Sa’adat a fait savoir qu’on le lui avait dit hier au soir, lorsque des membres du comité étaient venus à Ramleh pour annoncer la fin de la grève de la faim.

Selon Ahed Abu Gholmeh, les neuf membres du comité de la grève de la faim ont rencontré hier une commission composée de fonctionnaires des IPS et d’officiers des renseignements israéliens et ils ont défini les dispositions de leur accord. L’accord écrit comprenait cinq dispositions principales : les prisonniers mettraient un terme à leur grève de la faim suite à la signature de l’accord ; il sera mis un terme à la pratique de la mise en isolement à long terme des prisonniers pour des raisons de « sécurité », et les 19 prisonniers quitteront l’isolement dans les 72 heures ; les visites familiales pour les membres de la famille au premier degré aux prisonniers de la bande de Gaza et pour les familles de Cisjordanie qui se sont vus refuser le droit de visite pour de vagues « raisons de sécurité » seront rétablies avant un mois : l’agence israélienne de renseignement garantit qu’une commission sera constituée afin de faciliter les rencontres entre les IPS et les prisonniers dans le but d’améliorer leurs conditions quotidiennes : il n’y aura pas de nouveaux ordres ni de renouvellements de détention administrative pour les 308 Palestiniens actuellement détenus sous ce régime, à moins que les dossiers secrets, sur lesquels s’appuie la détention administrative, ne contiennent des informations « très sérieuses ».

Pour les cinq détenus administratifs en grève de la faim prolongée, y compris Bilal Diab et Thaer Halahleh, qui se sont engagés dans une grève de la faim prodigieuse de 77 jours, leurs ordres de détention administrative ne seront pas renouvelés et ils seront relâchés après expiration de leurs actuels ordres de détention. Ces cinq hommes ont été transférés dans des hôpitaux publics afin de recevoir les soins de santé adéquats durant leur très difficile période de rétablissement. En ce qui concerne la pratique israélienne de la détention administrative dans son ensemble, Ahmad Sa’adat a fait remarquer en outre que l’accord comprend des limitations à la généralisation de son application. Addameer s’inquiète de ce que les dispositions de l’accord pourraient résoudre explicitement le recours à la légère et passablement problématique à la détention administrative qui, telle qu’elle est pratiquée, constitue une stricte violation de la législation internationale.

Addameer a observé qu’Israël s’est toujours gardé de respecter les accords qu’il conclut avec les Palestiniens concernant les problèmes des prisonniers. Pour cette raison, il sera essentiel pour toutes les personnes qui soutiennent les prisonniers politiques palestiniens de contrôler activement les événements au cours des quelques prochains mois afin de s’assurer que cet accord sera pleinement appliqué. En tant qu’organisation engagée dans l’application des normes internationales des droits des prisonniers, Addameer continuera également à surveiller étroitement les conditions de détention à l’intérieur des prisons israéliennes afin de s’assurer que ces conditions se plient aux droits de l’homme internationaux et aux lois humanitaires.

Le jour de la commémoration du 64e anniversaire de la Nakba palestinienne, il est regrettable qu’il ait fallu quasiment la mort massive par inanition de prisonniers politiques palestiniens pour attirer l’attention sur ce qu’ils endurent et il est par conséquent impératif de tirer parti de cette occasion non seulement pour applaudir ce qu’ils ont obtenu, mais aussi pour faire progresser les efforts de pression en leur nom et réclamer une solution juste et définitive de leur cas. Addameer transmet son extrême gratitude aux dévoués militants et institutions, y compris les membres de la société civile et de la communauté diplomatique qui ont soutenu les prisonniers palestiniens dans leur campagne pour leur dignité.

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