La Cour suprême, les vétérans massacreurs de Jénine et le cinéaste arabe (fable morale)

Le Caterpillar D-9 version militaire à l'oeuvre

Le site ultra-sioniste « israël7.com » fulmine : « La Cour suprême [israélienne] soutient la propagande palestinienne« .

D’emblée on s’en réjouit, mais de quoi s’agit-il ?
Selon « Israël7.com » :

Les juges de la Cour Suprême ont pris une bien triste décision dans une affaire scandaleuse qui traîne depuis cinq ans.

Ils ont déboutés les cinq réservistes de Tsahal qui avaient porté plainte pour diffamation contre le réalisateur arabe israélien Mohamed Bakri, auteur du film de propagande « Jenine, Jenine ».

Ce film, officiellement financé en partie par l’AP, se voulait « décrire » l’Opération antiterroriste « Rempart » menée en 2002 par Tsahal dans une partie du camp de Djénine, suite à l’atroce attentat palestinien du Dolphinarium, où 21 adolescents avaient péri.

Bakri qui affirmait lui-même « avoir cru ce qui lui avait été dit sans avoir vérifié la véracité des propos », et « mis en scène les séquences par choix artistique », n’en a pas moins réalisé un véritable film de propagande haineuse présentant les soldats de Tsahal comme des SS, et juxtapositions d’images évocatrices, n’ayant lui-même pas été sur place au moment de l’Opération.

Le « documentaire » ne montrait aucune séquence filmée d’atrocité alléguée, mais superposait des visages de soldats aux déclarations d’un « témoins oculaires ». Son film dévastateur a bien entendu rencontré un succès phénoménal à l’étranger, étant même nominé au Festival de Berlin.

La Cour Suprême avait déjà annulé la décision de l’Office Cinématographique israélien d’interdire la projection du film dans les salles du pays. Plusieurs procès ont eu alors lieu, intentés par des réservistes, durant lesquels Bakri était soutenu par une grand partie des milieux artistiques israéliens contre Tsahal, et c’est la Cour Suprême qui a été finalement saisie par les soldats.

Une fois de plus, la Cour Suprême a utilisé les subtilités du raisonnement juridique pour prendre une décision non seulement immorale mais également politique, car ce jugement fera jurisprudence et constituera une brèche pour tous ceux qui veulent salir Tsahal : « Les effets du film sont certes pénibles dus à la puissance de la calomnie, mais la loi nous enjoint à débouter les plaignants pour diffamation, car la diffamation ne peut concerner que des individus et non des catégories d’individus, comme les réservistes de Tsahal en l’occur­rence ».

C’est le juge Yoram Dantziger qui a fait le commentaire le plus hallucinant au verdict qu’il a émis en même temps que Myriam Naor et Itshak Amit : « Les scènes du film étant exagérées ou semblant improbables, le spectateur moyen aura de lui-même fait la part des choses et mis en doute la véracité des déclarations ». C’est ce qu’on a vu à l’étranger…

Avec un telle Cour Suprême, les ennemis d’Israël ont encore de beaux jours devant eux. »

Le Caterpillar D-9 version militaire à l'oeuvre
Le Caterpillar D-9 version militaire à l’oeuvre

« Israël7.com » a raison : on ne stigmatisera jamais assez durement la propension des juges à « utiliser les subtilités du raisonnement juridique« . Aucun des contributeurs au site en question ne risque d’encourir le même reproche. Qu’elles soient juridiques ou pas, les subtilités ce n’est pas leur fort.

Quoi qu’il en soit, tous les soldats israéliens ayant participé à l’opération de destruction du camp de réfugiés de Jénine n’ont pas eu les pudeurs de ceux qui ont attaqué le cinéaste en justice, et certains ont fièrement revendiqué leur participation à un massacre de civils.

En 2003, dans son livre « A tombeau ouvert » *, Michel Warschawski reproduisait le témoignage de l’un d’entre eux, Moshé Nissim, qui avait  conduit pendant 72 heures d’affilée l’immense bulldozer Caterpillar  D-9 qui a détruit tout le centre du camp de réfugiés :

« Difficile ? Vous voulez rire. Je voulais tout raser. Lorsque les officiers me donnaient l’ordre de détruire une maison, j’en profitais pour en détruire plusieurs autres…

Croyez-moi, on n’en a pas détruit assez. Pendant trois jours j’ai rasé, rasé. Toute la place. Je mettais à bas chaque maison d’où ont tirait. Pour les mettre à bas, il fallait en détruire chaque fois plusieurs autres. Les soldats avertissaient avec un haut-parleur les habitants pour qu’ils quittent la maison avant que j’intervienne.

Mais je n’ai laissé à personne la chance de sortir. Je n’attendais pas… Je donnais à la maison un coup très fort pour qu’elle s’écroule le plus rapidement possible.

D’autres ont peut-être été moins radicaux, ou du moins c’est ce qu’ils disent. Ne croyez pas leurs histoires… Il y avait beaucoup de gens dans les maisons quand on a commencé à les détruire… Je n’ai pas vu de maisons tomber sur des gens vivants, mais si tel a été le cas, je m’en fiche. Je suis certain que des gens sont morts dans ces maisons, mais c’était difficile à voir, car il y avait des tonnes de poussière et on a beaucoup travaillé la nuit.

J’avais du plaisir à voir les maisons s’écrouler, parce que je sais qu’ils [les palestiniens] se moquent de la mort, mais la destruction d’une maison leur fait plus de mal. S’il y a une chose qui me fait mal à moi, c’est qu’on n’a pas détruit tout le camp…

J’ai eu une très grande satisfaction, un vrai plaisir. Je n’arrivais pas à m’arrêter. Je voulais continuer à travailler tout le temps, sans arrêt… Après la fin des combats, on a reçu l’ordre de sortir le D-9, l’armée ne voulait pas que les journalistes et photographes nous voient à l’oeuvre… Je me suis battu contre eux [les officiers] pour qu’il me laissent continuer à détruire.

J’ai eu un grand plaisir à Jénine. Des tonnes de plaisir. C’était comme s’il avait concentré tous ces 18 ans où je n’ai rien fait [à l’armée] en trois jours. Les soldats sont venus me voir et ils m’ont dit « merci, le Kurde, merci » ».

« Vous savez comment j’ai tenu 75 heures d’affilée ? Je ne suis pas descendu du D-9. Je n’avais aucun problème de fatigue, parce que je n’ai pas arrêté de boire du whisky… J’en avais pris dans mon sac. Tout le monde avait pris des vêtements, mais moi et je savais ce qui nous attendait. J’ai pris du whisky et des pistaches. Jénine m’a aidé à oublier mes soucis… ».

Morale de cette fable : rien de tel qu’un bon massacre de civils pour remettre d’aplomb le soldat de « Tsahal » fatigué des « subtilités juridiques » !


* Ed. La Fabrique

 

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