La cour suprême israélienne contre la ségrégation à l’école… mais entre Juifs seulement

Un grand jour pour les droits de l’homme en Israël ? La Cour suprême a prononcé un arrêt, aussitôt qualifié d’historique, pour mettre fin à la ségrégation dans l’enseignement. Si elle ne cesse pas immédiatement, les responsables sont menacés d’une peine d’emprisonnement.

Mais attention, pas d’emballement : la ségrégation dont il est question n’est pas celle qui frappe les enfants de la minorité arabe-israélienne. Et moins encore celle dont les enfants palestiniens sont les victimes.

L’État israélien dépense en moyenne 1.100 dollars (USD) par an pour chaque élève juif, contre 190 dollars (USD) pour les élèves arabes de nationalité israélienne. Si on fait la comparaison entre ces derniers et les élèves des écoles qui pour être religieuses n’en sont pas moins gérées par l’État (ou chaque élève coûte plus de 1700 $), l’écart est de un à neuf ! * Et ne parlons pas des gosses de la minorité bédouine, dont beaucoup n’ont tout simplement pas d’école où aller.

Mais ce n’est pas de tout cela que s’est préoccupée la Cour suprême.

La ségrégation contre laquelle elle vient de se prononcer avec énergie est celui qui règne dans une école de la colonie de Immanuel, en Cisjordanie, où des parents juifs ashkénazes refusent que leur progéniture côtoie à l’école des chérubins tout aussi juifs, mais appartenant à la minorité sépharade. Environ 70 enfants ashkenazes ont donc cessé de fréquenter l’école depuis plusieurs mois. Des militants juifs ultra-orthodoxes ont dans certains cas empêché physiquement des enfants d’y entrer.

Les ashkénazes orthodoxes ont créé un programme d’éducation séparé, réservé aux “enfants purs”, selon les termes d’une mère ashkénaze (rapportés par Haaretz).

Selon ces parents, les enfants des « Mizrahim » ont une mauvaise influence sur les leurs, notamment parce que “ils ont la télévision à la maison, alors que dans les familles ashkénazes de la colonie, au lieu de regarder la télé le soir on apprend le Yiddish…

Il vaut mieux pour tout le monde d’avoir des programmes d’études distincts. De cette façon, chaque élève conserve son identité – comme vous le feriez pas jouer Mizrahi et la musique classique sur la même émission de radio”, dit un de ces théoriciens de cet apartheid entre juifs, cité par Haaretz.

Si les enfants concernés n’ont pas réintégré l’école mercredi, leurs parents seront emprisonnés pour deux semaines, a décidé la Cour suprême.

Des dizaines de manifestants haredis ont manifesté devant le palais de justice en criant «Dieu est notre Seigneur». Les manifestants ont publié une déclaration selon laquelle les parents refusent de se conformer à la décision du tribunal car “ils ne trahissent pas leur position religieuse”.

L’avocat des parents concernés a pour sa part déclaré que s’agissant d’un différend de nature religieuse, c’est la position des rabbins qui doit l’emporter sur celle des tribunaux.


* voir Jonathan Cook : Israeli School Apartheid – août 2009

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