La construction de colonies doublement illégales est financée en sous-main par l’État israélien

Il y a en Cisjordanie et sur le plateau du Golan deux types de colonies israéliennes : les illégales, et celles qui sont doublement illégales. Explication : toutes les colonies juives en territoire palestinien sont illégales au regard du droit international tel qu’il découle des conventions de Genève et de La Haye ainsi que des décisions du Conseil de Sécurité de l’ONU; mais en outre certaines d’entre elles le sont aussi en regard du droit israélien car elles n’ont pas été autorisées par les autorités d’occupation. C’est ce que les Israéliens appellent “les avant-postes”, qui sont donc doublement illégaux.

On sait depuis bien longtemps que cette double illégalité n’empêche pas ces “avant-postes” de bénéficier de la protection de l’armée d’occupation, d’être raccordées aux réseaux de distribution d’eau, d’électricité (ce que les Palestiniens, à qui l’occupant interdit le plus souvent de construire quoi que ce soit, n’obtiennent pas facilement), de disposer de raccordements au réseau routier de bien meilleure qualité que le réseau auquel les Palestiniens sont confinés, etc…

Mais cela va plus loin encore. La presse israélienne a révélé récemment que l’État israélien a consenti un prêt de plus de 1 million de dollars à l’association “Amana” (dont il a déjà été question ici) afin de construire des “avant-postes” doublement illégaux sur des terres appartenant à des Palestiniens.

Un dessin de Plantu qui date de 2014, hélas toujours d’actualité : la “nakba” par le béton se poursuit et la soi-disant “communauté internationale” feint hypocritement de ne pas le comprendre

Amana a utilisé cet argent pour construire Amona et Migron, qui ont depuis lors été évacués à la suite d’arrêts de la Haute Cour de Justice israélienne… Pour Amona, c’est tout récent et cette évacuation a fait l’objet d’une mise en scène médiatique grandiloquente, théâtralisant la “détresse” des colons juifs évacués… ce qui donné au gouvernement Netanyahou le prétexte pour décréter la création d’une nouvelle colonie, stratégiquement positionnée de manière à fragmenter encore un peu plus le territoire palestinien, et d’une capacité dix fois supérieure à celle de l’“avant-poste” qu’il s’agit soi-disant de remplacer.

L’administration israélienne prétend maintenant, contre toute évidence, qu’elle a été trompée par l’association en question, qui aurait fait de fausses déclarations en prétendant qu’elle disposait des droits sur les terres qu’elle convoitait, qui appartenaient en fait à des personnes privées palestiniennes.

Or, Amana – qui fut fondée en 1989 par le mouvement des colonies du Gush Emunim –  est parfaitement connue des autorités israéliennes.

Il y a bien longtemps qu’il a été établi que la quasi-totalité des documents produits par le mouvement des colons de Cisjordanie pour faire valoir de prétendus droits de propriété sur des terres palestiniennes sont des faux. Une enquête officielle portant sur 15 cas concernant des acquisitions immobilières prétendument faire par la compagnie “Al-Watan” (une entreprise gérée par un militant pro-colonisation nommé Ze’ev Hever et qui appartient à Amana),  avait révélé que dans 14 de ces dossiers les titres de propriété étaient falsifiés.

Il y a quelques années, par exemple, alors que les autorités d’occupation cherchaient à faire évacuer des “avant-postes (doublement) illégaux” de la région de Binyamin, les représentants d’Al-Watan avaient exhibé des documents supposés démontrer qu’il avaient acheté les terres sur lesquelles ils avaient installé leurs colons à des Palestiniens.

Dans la plupart des cas ces documents étaient des faux, écrivait Chaim Levinson dans Haaretz en février 2016. La police procéda donc à une enquête, mais le directeur de Al-WatanZe’ev Hever, ne fut jamais interrogé. Les enquêteurs ont préféré concentrer leur attention sur une chaîne d’hommes de paille utilisés pour masquer les opérations frauduleuses.

Une valise de billets donnée… aussitôt reprise

Le reporter Raviv Drucker, d’une émission de reportage d’une chaîne télé israélienne, avait notamment identifié deux Palestiniens qui ont agi comme hommes de paille pour Al-Watan. Les hommes de la paille achètent les terres des personnes qui utilisaient des documents falsifiés supposés être ceux des véritables propriétaires fonciers (dont beaucoup ne sont plus en vie ou sont exilés) et les transfèrent ensuite à Amana en faisant à nouveau des faux.L’un d’entre eux, Akram, a avoué devant la caméra de Raviv Drucker avoir signé des documents de cette nature concernant de nombreux lots de terres, notamment pour Amona.

Autant de biens fonciers palestiniens qui ont fictivement changé de mains au bénéfice des colons.

Selon les hommes de paille palestiniens, lors de la passation officielle de l’acte de vente, un avocat israélien (dont le nom a été tenu secret par ordre de la Justice) leur avait très cérémonieusement remis une valise contenant l’équivalent de 126.400 dollars US, supposés représenter le prix de la vente. Mais à la sortie l’avocat leur a repris la valise et l’argent…

En échange de sa participation à ces manœuvres frauduleuses, Akram avait aussi reçu la promesse d’obtenir un permis de circuler et de travailler en Israël, où vivent ses enfants, qu’il ne peut aller voir sans risquer la prison. Il attend semble-t-il encore (2016).

Voilà à quel genre de personnages l’État israélien – la “seule démocratie… blah blah blah…” – fournit des sommes considérables pour mener à bien le grignotage du peu qu’il reste du territoire palestinien, et le nettoyage ethnique qui en est le but ultime.

L.D.            

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