Un journaliste prisonnier et gréviste de la faim traité de force par Israël

Palestinians call for the release of journalist Muhammad al-Qiq outside Ofer military prison near the West Bank city of Ramallah on 17 January. Shadi Hatem APA images

Après 56 jours de grève de la faim, le journaliste palestinien Muhammed al-Qiq est dans un état préoccupant, caractérisé par des pertes de conscience intermittentes et des vomissements acides répétés remontant de son estomac vide. Il ne peut plus se déplacer sans assistance, et son audition et sa vue ont faibli.

Palestinians call for the release of journalist Muhammad al-Qiq outside Ofer military prison near the West Bank city of Ramallah on 17 January. Shadi Hatem APA images
Des Palestiniens manifestent pour la libération du journaliste Muhammad al-Qiq devant la prison militaire de Ofer, non loins de Ramallah, le 17 janvier. (Shadi Hatem APA images)

Journaliste, âgé de 33 ans, travaillant pour le compte de l’agence saoudienne de presse Al Majd, al-Qiq a été arrêté le 21 novembre en pleine nuit à son domicile, à Ramallah (Cisjordanie), par des soldats israéliens. Son habitation a été mise à sac et il a été conduit, les yeux bandés, dans une colonie juive voisine, où il a été contraint d’attendre à l’extérieur pendant 20 heures.

Dès le début des interrogatoires qui ont suivi, il a été soumis à la torture, selon Addameer. Il a été placé chaque jour dans une position douloureuse pendant sept heures. Il a été menacé de violences à caractère sexuel. Après plus de trois semaines d’interrogatoires, il a été enfermé à l’isolement complet à la prison de Megiddo, et placé en “détention administrative”.

Il a entamé une grève de la faim pour protester contre sa détention sans mise en accusation ni jugement, sous le régime de la “détention administrative” ordonnée par un tribunal militaire israélien, à la fin de l’année dernière. La “détention administrative” est un héritage juridique du mandat britannique sur la Palestine utilisé par Israël pour maintenir en détention sans limite de temps des Palestiniens, sur base de “preuves” qui sont gardées secrètes. L’accusé n’a par conséquent aucune possibilité de se défendre.

Le 16 janvier, une cour militaire israélienne a rejeté la demande de mise en liberté de al-Qiq. Le juge n’a tenu aucun compte de l’état critique dans lequel il se trouve, non plus – selon le groupe de défense des droits humains Adameer – que du fait qu’il est journaliste. L’accusation a déclaré détenir des preuves, secrètes, que al-Qiq a utilisé son métier de journaliste comme couverture dans le but de se livre à la “provocation” contre Israël.

al-Qiq est l’auteur d’articles d’opinion pour des médias arabes et palestiniens, dans lesquels il a exprimé un soutien à la résistance populaire et à l’escalade dans le confrontation des Palestiniens avec Israël.

Traitement médical forcé

En riposte à sa grève de la faim, l’administration des prisons israéliennes (IPS) a refusé que la famille de al-Qiq – qui réside dans la région de Hébron, en Cisjordanie occupée – lui rende visite à l’hôpital où il est détenu.

L’administration a aussi multiplié les obstacles pour que l’organisation “Physicians for Humans Rights – Israel” (PHR – Médecins pour les Droits Humains) puisse déléguer un médecin indépendant au chevet de al-Qiq et pour procéder à une évaluation des conséquences à long terme de la grève de la faim pour la santé du journaliste.

L’avocat Samer Sam’an, délégué par PHR, et Addameer, qui ont rendu visite à al-Qiq lundi, ont rapporté que l’hôpital lui a administré contre sa volonté un traitement pendant quatre jours consécutifs, ce qui est une violation de l’éthique médicale, laquelle exige que le patient donne un “consentement éclairé” à son traitement. “Dans l’éthique médicale, c’est l’équivalent de l’administration forcée”, affirme Amany Dayif, de PHR.

Le 10 janvier, les gardes de la prison présents au centre médical HaEmek, un hôpital civil, ont attaché al-Qiq sur son lit, pendant qu’une équipe médicale lui a installé une perfusion intraveineuse afin de lui administrer une solution contenant des sels et des minéraux. al-Qiq a été maintenu sanglé sur son lit d’hôpital pendant quatre jours, alors qu’il réclamait sans cesse que la perfusion soit retirée.

Amany Dayif affirme que l’administration de sels et de minéraux en intraveineuse peut aggraver les risques pour la vie du gréviste de la faim. C’est seulement le cinquième jour que l’hôpital a enfin fait enlever la perfusion et a permis à al-Qiq de quitter son lit pour utiliser les toilettes et prendre une douche.

Sam’an fait également état d’une forte pression du personnel de l’hôpital sur al-Qiq pour qu’il renonce à sa grève de la faim, allant jusqu’à lui apporter de la nourriture au chevet de son lit. Ceci a pris fin après une intervention de l’avocat du journaliste.

La semaine dernière, un représentant de l’Autorité Palestinienne a affirmé que Israël est en train de former une équipe médicale dans le but d’alimenter de force le journaliste. Le parlement israélien a légalisé l’alimentation forcée des prisonniers l’année dernière. PHR estime cependant qu’il n’existe aucune menace imminente à ce sujet. L’hôpital a indiqué à PHR que l’alimentation forcée n’est pas envisagée, et qu’elle violerait l’éthique de l’établissement. PHR souligne néanmoins qu’il y a une contradiction dans l’attitude du centre HaEmek, qui viole l’éthique en administrant un traitement de force et en exerçant des pressions sur le patient pour qu’il arrête sa grève de la faim, mais s’y refuserait pour pratiquer l’alimentation forcée.
La “déclaration de Malte” de l’Association Médicale Mondiale interdit l’application de traitements contre la volonté du patient et les pressions tendant à amener un gréviste de la faim à mettre fin à sa grève. Le “protocole d’Istambul” des Nations-Unies met l’accent sur l’obligation pour les médecins d’obtenir le “consentement éclairé” du patient avant d’entreprendre un quelconque traitement.

Dans le passé, al-Qiq a déjà été arrêté par l’occupant à quatre reprises depuis 2003. En 2008, il a été condamné à 16 mois de prison pour des accusations relatives à son militantisme quand il était étudiant à l’université de Birzeit.

Addameer considère que sa détention fait partie d’une “punition collective” prenant la forme d’une vague d’arrestations systématiques de Palestiniens depuis le début de l’insurrection en Cisjordanie et à Jérusalem, en octobre 2015.


Source : Electronic Intifada : “Israel forcibly treated hunger-striking journalist
Traduction et adaptation : Luc Delval

charlotte silverCharlotte Silver est une journaliste indépendante et écrit régulièrement pour The Electronic Intifada.

Elle est basée à Oakland, Californie, et elle écrit depuis la Palestine depuis 2010.

Pour la suivre sur Twitter : @CharESilver