Israël voulait redorer son blason avec Ian McEwan, celui-ci assimile le gouvernement israélien au Hamas…

A la mi-janvier, certains sites web sionistes ultras exultaient à l’annonce de l’attribution du « Prix Jérusalem pour la liberté des individus dans la société » à l’écrivain britannique Ian McEwan.

Leur joie était grande : un écrivain reconnu, un des plus importants de sa génération, acceptait sans rechigner qu’on lui attribue « la plus importante récompense littéraire israélienne« , décerné tous les deux ans par le « Jerusalem International Book Fair » et assortie d’un chèque de 10.000 dollars U.S. *

La plupart des grands écrivains, des grands cinéastes, des grands auteurs ou metteurs en scène de théâtre du monde entier auraient sèchement refusé la récompense, en signe de désapprobation contre la politique israélienne, pratiquement unanimement vomie par l’opinion mondiale. A qui, en dehors d’Israël, – pour parler clair – un prix israélien peut-il être décerné sans que les organisateurs prennent le risque que le lauréat le leur flanque théâtra­lement à la gueule, à part évidemment un auteur américain, que l’on choisirait juif pour plus de précautions ?

Ils avaient, à leur grand soulagement trouvé : Ian McEwan ne se faisait pas prier. Ouf, quel soulagement.

Le prix a été remis au récipiendaire ce lundi à Jérusalem, en présence de Shimon Peres et du maire de Jérusalem. Le « tout-Jérusalem » sioniste savourait cet instant rare où il pouvait accabler un grand auteur de sa sollicitude sans se faire insulter en retour.

Patatras, c’est raté : provoquant la consternation de son public d’un soir, Ian McEwan a vivement fustigé la « confiscation de terres et les expulsions de Palestiniens à Jérusalem-Est« .

Il s’est élevé contre la « politique israélienne qui accorde le droit de retour à des juifs et non à des Arabes« , en référence aux réfugiés palestiniens et leurs millions de descendants, auxquels Israël refuse le droit de s’installer sur leurs anciennes terres, au mépris du droit international.

Ian McEwan a expliqué qu’il n’avait pas voulu renoncer à se déplacer à Jérusalem, mais il estimé  qu’il y avait « quelque chose de bizarre dans le fait de recevoir un prix pour la liberté à Jérusalem« , compte tenu du sort des Palestiniens.

Dans son discours, il a stigmatisé le Hamas, qu’il qualifie de « nihiliste« , mais – dit-il – c’est le même nihilisme qui est à l’œuvre du côté israélien – pour ne prendre qu’un exemple, dit-il – lorsque un char de l’armée qui envahit la Bande de Gaza dans les derniers jours de 2008 tire des obus sur la maison du médecin palestinien (travaillant dans un hôpital israélien) Izzeldin Abuelaish et tue ses trois filles.

C’est le même nihilisme dont fait preuve Israël en transformant la Bande de Gaza en « un camp de prisonniers à long terme« . Le même nihilisme qui fait déferler « un tsunami de béton à travers les territoires occupés » avec la construction du Mur de l’apartheid.

Et Ian McEwan de dénoncer « les démolitions de maisons et les expulsions » et la colonisation sans fin qui rend tout accord de paix impossible. Un accord que d’ailleurs, dit-il, la classe politique israélienne, qui manque cruellement de créativité politique, ne semble pas vouloir.

Ian McEwan a fait savoir qu’il fera don des 10.000 dollars du prix à « Combattants pour la Paix », une organisation qui rassemble des ex-soldats israéliens et des excombattants palestiniens, qui militent ensemble pour promouvoir l’idée qu’il ne peut y avoir de solution militaire au conflit israélo-palestinien.


* en 1963, le lauréat fut… Bertrand Russell, celui-là même qui aujourd’hui donne son nom au tribunal d’honneur sur la Palestine.