Israël met un bébé palestinien de deux ans et demi en garde à vue à Jérusalem

Nous avons rendu compte, il y a peu, de la condamnation à quatre mois et demi de prison d’une fillette palestinienne de 12 ans. Les Israéliens ne pouvaient laisser longtemps ce record invaincu.

Dimanche dernier, rapporte  Nir Hasson dans Haaretz, une famille palestinienne de Jérusalem a été arrêtée avec brutalité à son domicile, et un enfant de 2 ans ½ a été dans un premier temps malmené, puis mis en détention avec sa famille – tous embarqués sans chaussures et en pyjama – dans un commissariat, où il est resté environ 4 heures. Le motif avancé par l’État voyou pour de déploiement de force et cette violence ordinaire : un gamin de 16 ans était recherché pour avoir prétendument jeté des pierres.

Les précédents détenteurs du record, en ce qui concerne la mise en garde à vue, étaient à notre connaissance deux gamins de Hébron, respectivement âgés de 7 ans ½ et de 8 ans.

L’affaire se passe dans le quartier de Issawiya, à Jérusalem-Est. Les forces d’insécurité israéliennes ont envahi le domicile familial vers deux heures du matin, dimanche, et ont exigé de voir les papiers d’identité de tous les membres de la famille.

Nous n’avons pas compris ce qu’ils voulaient”, explique Tahrir, la mère de famille. “Ils étaient couverts de la tête aux pieds, on ne pouvait voir que leurs yeux. Ils ont frappé mon mari et l’ont jeté à terre et ont cogné la tête de mon fils de 20 ans à plusieurs reprises contre une porte

Ensuite, ils ont sorti le petit garçon de son lit, et l’ont aussi jeté au sol. Ma fille, qui a 15 ans, a essayé de prendre une photo, mais un policier lui a arraché l’appareil photo des mains et l’a fracassé sur le sol. Ils m’ont aspergée de gaz au poivre”. La mère de famille, raconte Nir Hasson, dit qu’elle a tenté de sortir avec le bébé dans les bras, mais elle a été poursuivie et jetée à terre à son tour, avec le garçonnet sous elle. Elle est – selon son récit – restée dans cette position pendant une vingtaine de minutes, avec le bébé sous elle, tandis d’un des agresseurs israéliens la maintenait en lui appuyant violemment sur le dos avec un genou.

Toute la famille fut emmenée dans un poste de la police des frontières, dans le quartier de Sheikh Jarrah. Tous étaient pieds nus et en pyjama. Tous ont été menottés, sauf la mère de famille, qui portait le jeune enfant dans ses bras.  Mais en revanche, ses jambes ont été entravées.

Ils ont mis notre fils aîné sur le sol, dans la position de la prière, avec les mains liées dans le dos, et ils l’ont maintenu dans cette position pendant trois heures. Le bébé a commencé à pleurer parce qu’il avait reçu du gaz au poivre dans les yeux. Il a aussi l’habitude de recevoir un biberon de lait durant la nuit, et ils le réclamait”, témoigne encore Tahrir.

Vers 6 heures du matin, après près de 4 heures passées au poste de police, l’enfant a été remis à son grand-père, qui est retourné avec lui à la maison. “Même pendant la première intifada les gens [arrêtés par les Israéliens] étaient autorisés à s’habiller avant qu’on les emmène”, dit-il en faisant référence au premier soulèvement de la population  palestinienne qui avait commencé en 1987.

Tahrir a été libérée après 12 heures, et le reste de la famille à 17 heures. Le garçon de 16 ans suspecté de jet de pierres a été conduit devant un juge qui a ordonné qu’il reste détenu jusque mercredi.

La famille a déposé une plainte. On sait toutefois que l’énorme majorité des plaintes introduites par des Palestiniens est vouée à un “classement vertical” par la Justice de l’occupant. Dans ce cas, la police a affirmé que les membres de la famille avaient attaqué les policiers venus pour “arrêter des suspects” (Des sauvages, on vous dit ! Quand des types masqués et armée défoncent votre porte à 2 heures du matin le savoir-vivre le plus élémentaire commande de leur offrir des gâteaux et du thé, n’est-ce pas ?)

L.D.


 

Source : Haaretz
Traduction et adaptation : Luc Delval