Israël intensifie la répression contre les médias

Les services de renseignement militaires et intérieurs israéliens n’ont pas perdu de temps pour appliquer une décision prise par le cabinet jeudi dernier en vue d’intensifier considérablement la répression contre les médias palestiniens.

Vendredi, avant l’aube, des agents du Shin Bet, accompagnés de militaires israéliens, ont forcé les portes des bureaux de Palestine Today à Ramallah, confisquant le matériel de la chaîne de télévision avant d’interdire sa fermeture jusqu’à nouvel ordre.

Pendant le raid, les militaires ont brièvement arrêté deux des journalistes de la station, Muhammad Amro et Shbeib Shbeib.

À quelques kilomètres de là, d’autres militaires ont arrêté le directeur de la station d’information, Farouq Alayat, chez lui, à Birzeit. Alayat est toujours détenu à l’heure qu’il est.

Le correspondant Ibrahim Jaradat a été arrêté dimanche à un check-point militaire israélien.

Les forces d’occupation israéliennes ont déclaré que la chaîne était une organisation illégale et que l’armée procédait à sa fermeture sur base des lois d’urgence introduites par les dirigeants coloniaux britanniques de la Palestine en… 1945.

L’armée a dit qu’elle avait entendu la station diffuser des « émissions incitant à la violence » et le Shin Bet a ajouté que « l’incitation au terrorisme servait les intérêts d’organisations terroristes ».

L’armée a prétendu en outre que le média faisait partie du Djihad islamique, un parti politique palestinien interdit par Israël.

Vendredi, l’armée a également fermé la TransMedia Production Company, qui fournit de l’assistance technique à la chaîne.

La mesure a été appliquée après que le cabinet israélien s’était réuni jeudi pour approuver une série de mesures contre les Palestiniens, y compris la fermeture de certains médias.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a sévèrement condamné les fermetures.

« Nous ne pouvons tolérer ces attaques continues de la part des autorités israéliennes en vue de museler la presse palestinienne », a expliqué Jim Boumelha, le président du groupe. Et d’ajouter que les accusations d’incitation et la fermeture des médias ne peuvent avoir lieu sans un procès en bonne et due forme.

« Nous invitons le haut commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme ainsi que le rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression à enquêter sans tarder sur les violations de la presse en Palestine », a encore dit Boumelha.

La branche palestinienne de la FIJ, l’Union palestinienne des journalistes, a déclaré que, depuis 2016, Israël avait commis plus de 40 violations contre des journalistes et des organisations médiatiques.

En réponse à la déclaration de la FIJ, une association représentant des journalistes israéliens s’en est prise vertement au plus grand syndicat de journalistes de la planète.

Haim Shibi, membre du comité des relations étrangères de la Fédération nationale des journalistes israéliens, a accusé Boumelha de « transformer manifestement la FIJ en un outil de propagande anti-israélienne, en dépeignant constamment les FDI [l’armée israélienne] comme une armée qui traque les journalistes, les cible et les assassine ».

Une tendance effrayante

Début février, le secrétaire de l’Association de la presse étrangère, Gila Sugarman, a expliqué que, depuis deux ans, on assistait à un accroissement de la violence physique des forces israéliennes contre les journalistes et leur équipement.

Fin 2014, Reporters Sans Frontières avait catalogué Israël de deuxième pays le plus mortel au monde pour les journalistes, après la Syrie.

En novembre, Israël a fermé trois stations de radio palestiniennes à Hébron pour des périodes de six mois, prétendant là aussi qu’elles se livraient à des « incitations à la violence ».

Un nombre croissant de journalistes palestiniens sont jetés en prison ou accusés d’incitation à la violence.

Le groupement Addameer, qui s’occupe des droits des prisonniers, fait état de ce que sept journalistes palestiniens ont été arrêtés depuis le début de l’année 2016.

Cinq d’entre eux sont toujours en détention : Samer Abu Aisha, Mujahid al-Saadi, Sami Al-Saai, Farouq Alayat et Ibrahim Jaradat. En tout, 22 journalistes palestiniens sont détenus dans des prisons israéliennes, selon Addameer.

Vendredi, affirme-t-on, le Premier ministre Benjamin Netanyahou, qui dirige également le ministère israélien des Communications, a adressé une requête au président français François Hollande pour qu’il oblige la compagnie française Eutelsat et son satellite de cesser de relayeral-Aqsa TV, une chaîne affiliée au Hamas.

Le lendemain, Eutelsat a annoncé qu’il ne diffuserait plus cette station.

Et, pendant que les Palestiniens sentaient le poids de la répression israélienne sur leurs médias, la presse israélienne et étrangère n’était pas à l’abri non plus.

Les journalistes de la plus importante plate-forme israélienne d’information en ligne, Walla, ont déclaré que, vu les intérêts commerciaux de la société, des reportages avaient été préparés et d’autres modifiés afin de maintenir le Premier ministre dans de bonnes dispositions.

Le mois dernier, des membres de l’Association de la presse étrangère ont été convoqués à deux reprises au Parlement israélien en vue d’être interrogés sur leur prétendue partialité.

Début février, plusieurs hommes politiques israéliens ont suggéré que les membres de la presse faisant état de partialité supposée contre Israël devraient bénéficier de moins de droits.

Yisrael Eichler, député de la Knesset et ancien journaliste, a expliqué que « les journalistes objectifs devraient avoir toute liberté d’action, mais que ceux qui  »choisissent un camp dans le conflit » » devraient se voir imposer des limitations d’accès.

Le législateur Michael Oren, ancien ambassadeur d’Israël à Washington, a déclaré de son côté : « Nous ne pouvons ignorer le fait que la presse adopte une position active, partiale et tendancieuse dans sa couverture du conflit et que, partant, elle fait elle aussi partie du jeu. »

 
11 mars, Ramallah, Cisjordanie occupée. Un employé de Palestine Today inspecte les dégâts infligés aux bureaux de la chaîne de télévision, après un raid des forces israéliennes, qui ont saisi du matériel et ordonné la fermeture de la station. (Photo : Shadi Hatem APA images)

Publié le 15 mars 2016 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

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