Israël envisage de désigner les produits des pays de l’U.E. par un étiquetage spécial

Jamais à court d’idées idiotes, le gouvernement Netanyahou, après avoir «suspendu le rôle de l’Europe dans le processus de paix» (en oubliant un petit détail : il n’y a PAS actuellement de processus de paix [1]), n’ira pourtant pas jusqu’à suivre les recommandations farfelues de son ancien ambassadeur à Washington, Michaël Oren.

Mais, si l’audace fait un peu défaut, l’inspiration est la même :  Israël veut punir l’Union Européenne d’avoir eu l’audace de réclamer un étiquetage honnête des produits provenant des colonies juives de Cisjordanie.

Il examinera donc, lors de sa réunion de cabinet hebdomadaire du dimanche, un projet de loi tendant à exiger un étiquetage spécifique des produits importés de pays qui auront décidé d’étiqueter les produits des colonies conformément aux lignes directrices de l’U.E.. La réponse de l’étiqueteur à l’étiqueteuse, en quelque sorte.

«L’État d’Israël est susceptible de faire face à une vague de boycotts par les pays européens en raison des pressions pro-palestiniennes», écrivent les auteurs du projet de loi dans l’exposé des motifs. «L’État doit se montrer fort et se défendre pour empêcher une telle situation. Cette loi ne prétend pas apporter toute la solution, mais c’est une tentative de définir une politique de fermeté pour faire face à ceux qui tentent de nuire à son statut et à sa puissance.»

Notons en premier lieu que le “raisonnement” s’appuie sur des prémisses totalement faux : Israël risque non pas “une vague de boycotts PAR les pays européens” mais bien “DANS” les pays européens : les États européens et leur Union refusant de prendre leurs responsabilités, c’est d’un mouvement citoyen qu’il s’agit, et le boycott des produits israéliens exprime le rejet profond dont la politique israélienne est l’objet dans les profondeurs des sociétés européennes.

Quand on sait – c’est eux qui le disent – que pour les excités fascisants qui dirigent Israël l’étiquetage correct des produits équivaut à un appel au boycott, il faut donc en déduire que le gouvernement israélien appelle, explicitement mais sans avoir le courage de le dire à haute voix, les consommateurs israéliens à boycotter les produits des pays de l’U.E.[2]

La députée à la Knesset Shuli Moalem-Reafeli (du parti Habayit Hayehudi), co-signataire du projet de loi, affirme que cet étiquetage “donnera au consommateur israélien la possibilité de choisir s’il est intéressé par l’achat d’un produit de ce pays. Cette mesure pourrait dissuader des pays de modifier l’étiquetage de produits provenant d’Israël”. Imparable ! 

Acheter les produits israéliens… c'est financer l'apartheid
Acheter les produits israéliens… c’est financer l’apartheid

De même, quand les lignes directrices de l’U.E. concernant l’étiquetage des produits provenant non pas d’Israël (comme certains propagandistes sionistes essaient de le faire croire pour tenter d’accréditer la thèse d’une décision d’inspiration antisémite – air connu !) mais des territoires palestiniens occupés où sont illégalement implantées des entreprises israéliennes, les consommateurs européens pourront choisir en toute clarté s’ils veulent ou non se rendre complices de cette violation du droit international et par suite des droits humains des Palestiniens.

Ils ne devront cependant pas perdre de vue que c’est toute l’économie et toutes les institutions israéliennes qui contribuent à intensifier la colonisation et à maintenir l’occupation militaire, et non seulement les colonies qui sont implantées en Cisjordanie et sur le Golan, tantôt par des flux d’argent et tantôt (notamment en ce qui concerne les universités) par leur profonde implication dans le complexe militaro-industriel.

Ce sera d’ailleurs le seul “mérite” des décisions de l’U.E., dont il faut rappeler une fois de plus qu’elles ne contribuent nullement, au contraire, à mettre les pays européens en conformité avec leurs obligations internationales. Pour ce faire la seule mesure cohérente serait l’interdiction pure et simple des produits des colonies israéliennes sur le marché de l’U.E., pour les raisons déjà développées ici par des juristes éminents. Au lieu de quoi, l’U.E. attribue paradoxalement une sorte de sceau de légitimité à des produits provenant d’activités illégales.

Quoiqu’il en soit, l’enfermement mental des dirigeants israélien est tel qu’ils s’imaginent que les gouvernements européens veulent boycotter Israël, alors que hélas même ceux que l’attitude israélienne exaspère au plus haut point, et qui ont du mal à le cacher, ne s’y sont toujours pas résolus. L’habituelle arrogance israélienne finira peut-être par leur dérouiller la comprenette…

L.D.


[1] en supposant qu’il y ait jamais eu un “processus de paix”, ce qui est très douteux, le seul rôle qui y ait jamais été concédé à l’Europe était de déverser des milliards pour que l’occupation se perpétue le plus paisiblement possible, en permettant à Israël de ne pas en supporter toute la charge financière comme le droit international le lui imposerait si la complicité des États occidentaux ne l’en préservait pas. – L.D.
[2] La balance commerciale des échanges belgo-israéliens est excédentaire en faveur de la Belgique. En 2007, les exportations de la Belgique vers Israël ont atteint 2.9 milliards €, les importations en provenance d’Israël s’élevèrent à 2.6 milliards €. Les principaux produits exportés par la Belgique sont les produits chimiques et pharmaceutiques, les matières plastiques. les machines et appareils, du matériel de transport, les métaux communs, les produits alimentaires, les produits du règne végétal.

Voir sur le site de Haaretz l’article de Jonathan Lits.

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