Les immigrés d’URSS, nouveaux cocus du sionisme

Les Israéliens de longue date ont, en moyenne, des revenus supérieurs de 50% à ceux des immigrants venus  de l’ex-URSS. Un quart de siècle après une vague d’immigration massive venant de l’ex-Union Soviétique, l’écart entre les nouveaux venus et les “anciens” demeure énorme.

25 ans après la plus importante vague d’immigration de l’ex-URSS vers Israël, un très important écart subsiste quant à la condition socio-économique entre les “olims”, les nouveaux venus, et les “vétérans” du sionisme, indique un récent rapport du Bureau central des statistiques israélien. Dans les années de 1990 à 2015, il y a eu 754.000 “olims” venus de l’ancienne URSS pour s’installer en Israël, et ils ont représenté 77% du total de l’immigration durant cette période.

Le montant brut moyen des revenus d’un ménage de “vétérans” est de 20.947 shekels, contre seulement 14.074 shekels pour un ménage d’immigrants ex-soviétiques. Et pour ces derniers, 80% seulement des revenus proviennent d’une activité professionnelle, et 15% proviennent d’allocations sociales et d’autres aides.

Les problèmes rencontrés par les “Israéliens russophones” – désignés comme “la génération 1.5” – sont nombreux, et les thèmes abordés lors d’une conférence de 2 jours tenue récemment à la Knesset à leur propos en dresse une manière de catalogue : les pensions auxquelles ont droit ceux qui sont arrivés en Israël à un âge déjà mûr, l’accès aux études supérieures pour les plus jeunes, le mariage et les funérailles civils (qui n’existent pas en Israël), … Et au final cette constatation : ceux qui sont arrivés en Israël alors qu’ils étaient enfants sont proportionnellement plus nombreux à quitter le pays que les “natifs” israéliens.

En raison du fait, qui leur est propre, qu’ils constituent une génération qui a fait son ‘aliya’ très jeune, beaucoup de ces ‘olims’ quittent Israël”, a déclaré un des organisateurs de la conférence à la Knesset, le député Yoel Razvozov, qui reconnait qu’ils sont confrontés à de nombreuses difficultés économiques, concernant le lien entre religion et État, l’éducation, etc… “Pour réussir ici, ils doivent se battre plus dur que les Israéliens nés ici qui ont le même âge. […] La génération 1.5 n’est pas le problème. Le problème c’est la manière dont Israël les pousse dehors”.

Les statistiques officielles montrent que seulement 51,7% des “olims” sont propriétaires de leur logement (contre 73% des “vétérans”). Chez eux il existe aussi une plus forte proportion de familles où trois générations cohabitent sous le même toit. Ils dépendent des allocations versées aux personnes âgées dans une proportion deux fois plus élevée que chez les “vétérans” (7,2% contre 3,2%).

«Nous sommes venus ici comme des enfants et nous passons par les mêmes choses que nos mères et grands-mères continuent supporter» dit Lena Rozovsky, une militante. «Dans la société israélienne, si vous êtes un “russe”, peu importe quel âge vous avez ou depuis combien de temps vous êtes ici, vous êtes toujours  “un russe”. Nous sommes étiquetés avec les stéréotypes qui ont un effet direct sur notre vies. Il ne s’agit pas seulement des insultes qu’on nous lance dans la rue. Il s’agit d’une stigmatisation qui est répandue dans la société, et qui continue de faire partie de la façon dont les personnages de télévision sont créés et comment nous sommes représentés dans la presse. Cela affecte l’attitude générale envers nous.»

Le taux d’agressions sexuelles est 2,5 fois plus élevé contre les jeunes filles et les femmes d’origine russe que parmi les Juives natives d’Israël (38% contre 16%), selon les dernières données de l’étude “Women’s Security Index” réalisée annuellement par une coalition de six organisations féministes.

Les données statistiques officielles montrent aussi que les “olim” sont, dans une large mesure, restés un corps étranger dans la société israélienne : 60% sont restés confinés dans leur milieux socio-culturel, et ils sont également 60% à se marier avec un(e) “olim” venu(e) du même pays qu’eux. La moitié d’entre eux disent que leur cercle d’amis est également de la même origine (contre 16% dans la population juive en général), et 45% affirment que leur maîtrise de l’hébreu est, dans le meilleur des cas, “moyenne”.

Comme l’avaient avant eux expérimenté douloureusement les Juifs dit ”orientaux” ou “sépharades” [1], cantonnés dans des “villes de développement” inhospitalières et victimes de discriminations et de ségrégation, les Juifs émigrés d’URSS forment une nouvelle catégorie de cocus du sionisme, une de plus dans une série déjà bien fournie.


Source : “Veteran Israelis Earn 50% More Than Immigrants From Former Soviet Union” par Lee Yaron, Haaretz le 31 mars 2016

[1] voir par exemple : Haroun Jamous, “Israël et ses juifs – Essai sur les limites du volontarisme”, Ed. Maspéro 1982 et Ella Shohat, “Le sionisme du point de vue de ses victimes juives – Les juifs orientaux en Israël”, La Fabrique Ed.2006. Ou encore Marcel Liebman : “Israël, terre d’asile ou dépotoir ?” dans La Revue Nouvelle – janvier 1981

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