«Il est temps que la KU Leuven définisse une politique des droits de l’homme»

Les adversaires de Law-Train plaident pour une limitation de la liberté académique.

Après les nombreuses protestations soulevées plus tôt par le projet Law-Train, dans lequel la KU Leuven collabore avec Israël, trois professeurs de Louvain (Leuven) préconisent aujourd’hui une politique des droits de l’homme, par analogie avec l’Université de Gand.

Action le 26 septembre 2016 à Leuven. Photo : Anneleen van Kuyck

Via le projet Law-Train, qui concentre ses recherches sur les techniques d’interrogatoire dans les délits relatifs aux stupéfiants, la KU Leuven collabore avec l’Université de Bar Ilan (Israël) et avec la police et les services de sécurité d’Israël. Dans une lettre ouverte, une trentaine d’universitaires ont dénoncé cette collaboration avec un État qui bafoue les droits de l’homme. Au nombre des signataires de cette lettre figurent les professeurs Geertrui Van Overwalle, Bert Cornillie et Reine Meylaerts.

Au début de ce mois, quelques signataires, dont Madame Meylaerts, se sont rendus en Israël et dans les Territoires palestiniens. Avec les acteurs concernés, ils s’y sont entretenus au sujet des pratiques d’interrogatoire auxquelles il est recouru dans le pays.

Pr. Meylaerts, pourquoi vous êtes-vous rendue en Israël et en Palestine ?

Reine Meylaerts

Pr. Meylaerts. « En fait, je savais déjà tout, mais il était quand même important d’aller là-bas et d’entendre de viva voce aussi bien les Israéliens que les Palestiniens. Ce n’est que lorsqu’on entend les personnes mêmes qu’on saisait vraiment de quoi il retourne.

« Ainsi, il y avait un garçon d’une douzaine d’années qui avait jeté des pierres et qui avait été interrogé par la police. Il était tout à fait seul, là-bas, car ses parents ou son avocat ne pouvaient être présents. Manifestement, le garçon était absolument paniqué, ses interrogateurs ne cessaient de lui crier dessus. Il les suppliait d’arrêter mais, en lieu et place, ils le battaient. Finalement, l’adolescent a été condamné à treize ans de prison.

« Durant mon séjour, des professeurs et des ONG, tant israéliens que palestiniens, m’ont suppliée à maintes reprises de faire figurer cette problématique à l’agenda international. »

Pourquoi ce projet est-il important, aussi bien pour l’Université de Bar Ilan que pour la KU Leuven ?

Bert Cornillie

Pr. Cornillie. « Pour Bar Ilan, c’est un projet de prestige dans lequel, d’une part, elle peut gagner beaucoup d’argent et, d’autre part, et c’est peut-être plus important encore, elle peut montrer qu’elle travaille en partenariat avec une grande université européenne. »

Pr. Meylaerts. « Pour les instances israéliennes, une telle collaboration suffit pour pouvoir dire qu’il ne se passe rien. Le fameux  »effet de blanchiment ». » 

Pr.Van Overwalle. « Le recteur se cramponne à une politique de liberté académique et ne voit par conséquent pas le problème, dans cette collaboration. Nous voulons un recteur qui dise qu’il y a des limites à la liberté académique. Et cette limite a été atteinte par Israël, du fait qu’il n’y a plus de respect du tout pour l’État de droit démocratique. »

À terme, dans ce cas, ne faut-il donc plus collaborer non plus avec les États-Unis ? Trump a déjà admis à plusieurs reprises qu’il était favorable à la torture.

Pr. Meylaerts. « Ici, on est à côté de la question. Ce n’est pas parce que nous ne savons pas encore que faire avec d’autres collaborations que nous ne pouvons pas définir les limites dans ce cas-ci. Avec Israël, nous pouvons déjà commencer parce que, à mes yeux, il est clair que les droits de l’homme y sont violés de façon systématique. Ce n’est pas encore le cas aux États-Unis. »

Pr. Van Overwalle. « Il y a suffisamment de rapports qui montrent clairement qu’en Israël, les droits de l’homme sont violés de façon systématique et institutionnalisée. »

Est-ce la politique, ici, qui est faillible, dans ce cas ? En effet, le projet est passé par la commission éthique…

Geertrui Van Overwalle

Pr. Van Overwalle. « Ces commissions sont orientées sur des thèmes. Elles examinent s’il y a des problèmes avec le projet même. Il ne s’agit toutefois pas du contexte constitutionnel dans lequel cette recherche a lieu. »

Pr. Meylaerts. « Il est temps que la KU Leuven définisse une politique des droits de l’homme, par analogie avec l’Université de Gand. Pour moi, c’est le prolongement logique au niveau interne de la politique menée à l’extérieur avec, par exemple, les récents doctorats honoris causa. Si, à l’extérieur, on veut jouer le rôle d’un phare dans la société, il faut aussi prolonger la chose au niveau interne. »


Publié le 20 février 2017 sur VETO
Traduction : Jean-Marie Flémal

Signez la pétition : « Stop à la coopération belge avec la police israélienne ».

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