Helen Thomas contrainte à la démission : fallait pas l’inviter…

h_thomasLa journaliste américaine Helen Thomas, célèbre correspondante accréditée à la Maison-Blanche, a été contrainte de démissionner après avoir déclaré, fin mai, que “Les Juifs israéliens devraient quitter la Palestine et retourner chez eux”, c’est-à-dire “en Allemagne et en Pologne ou en Amérique ou n’importe où ailleurs”. Et d’ajouter : “ces gens [les Palestiniens] sont occupés, et c’est leur terre, pas l’Allemagne ou la Pologne”.

Une tempête de protestations et d’invectives s’est instantanément abattue sur le crâne de la journaliste, Obama lui-même ayant proclamé ces propos “offensants et répréhensibles”.

L’intéressée devait prendre la parole dans des écoles ou des universités : toutes lui ont instantanément claqué la porte au nez. Ses excuses n’y ont rien fait.

La vigueur des réactions suscitées par les propos – il est vrai assez surprenants dans le chef d’une “vieille routière” juive du journalisme de cour à Washington – contraste de manière saisissante avec ce qui s’était passé lors de quelques unes de ses précédentes sorties qui ne visaient pas exactement à faire plaisir à l’establishment de Washington.

Quelques exemples.

En mai 2010, Helen Thomas s’adresse au Président Obama et lui demande : «Quand allez-vous vous retirer d’Afghanistan ? Pourquoi est-ce que nous continuons à tuer et à être tués là-bas ? C’est quoi la vraie raison ? Et ne nous servez pas ce bushisme éculé : “si nous n’allons pas là-bas c’est eux qui viendront ici”».

Au porte-parole Robert Gibbs : “Quelle différence y a-t-il entre votre politique étrangère et celle de Bush ?

A G.W. Bush, en 2006 : “Votre décision d’envahir l’Irak a causé la mort de milliers d’Américains et d’Irakiens. Toutes les justifications données – publiquement du moins – se sont avérées mensongères”.

Au porte-parole de Bush, Ari fleischer, en janvier 2003 : “Lors d’un briefing de presse précédent, Ari, vous avez déclaré que le Président déplore la perte de vies innocentes. Est-ce que ça s’applique à toutes les vies innocentes dans le monde ? Si oui, dans ce cas, pourquoi veut-il lancer des bombes sur des Irakiens innocents ?

Dans une interview par téléphone en avril 2004 :  “Blair et Bush ont prouvé leur manque de crédibilité. Normalement,  dans un tel cas, un gouvernement doit tomber. J’ai couvert les mandats de deux Présidents, Lyndon B. Johnson et Richard Nixon*, qui n’étaient plus en état de convaincre, de persuader et donc de gouverner, une fois que le peuple avait décidé qu’ils n’étaient pas crédibles. Mais maintenant nous semblons être plus tolérants vis-à-vis de ce qui, je pense, ne devrait pas être toléré”.

Dans le journal “The Nation”, en 2006, dans un article intitulé “Les chiens de garde de la presse” : “Deux des journaux les plus prestigieux du pays, le New York Times et le Washington Post, ont battu le tambour en faveur de la guerre en Irak. Ils ont avalé sans se poser de questions les preuves falsifiées concernant les soi-disant armes de destruction massive, les justifications douteuses de la Maison-Blanche qui ont coûté tant de vies humaines, pour ne pas parler de l’argent gaspillé.”

On le voit, Helen Thomas n’avait pas sa langue dans sa poche, et ni les va-t-en-guerre ni les béni-oui-oui n’avaient sa sympathie. Mais cela ne l’empêchait pas d’être célèbre et respectée.

Depuis le jour où – en tant que Juive – elle s’en est prise au sionisme, elle n’est plus que célèbre.

L.D.


* Johnson (qui avait succédé à Kennedy après l’assassinat de celui-ci) a renoncé à briguer un deuxième mandat après qu’il ait été prouvé qu’il mentait à propos de la guerre du Vietnam. Nixon a démissionné après avoir été pris en flagrant délit de mensonge à propos du « Watergate ».

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