GAZA, ON N’OUBLIE PAS

Les bombardements d'Israël ciblent délibérément la population civile

Le 26 décembre prochain une manifestation aura lieu à Bruxelles à l’appel de nombreuses organisations (dont la Plate-forme Charleroi-Palestine) pour commémorer l’agression sauvage de l’armée israélienne contre la population de la Bande de Gaza, un cas pratiquement unique dans l’histoire moderne d’un déchaînement inouï de violence contre des civils désarmés à qui l’agresseur ne laissait même pas la possibilité de fuir.

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En mai 1940, face à l’avancée des armées de l’envahisseur, des dizaines de milliers de Belges et de Français se sont lancés, à pied, sur les routes, surchargés de valises contenant le peu de biens qu’ils espéraient sauver, traînant derrière eux leurs enfants, dans une fuite éperdue pour échapper aux bombes et à l’occupation de cinq ans qui allait suivre.

Ce « luxe » n’a pas été laissé aux gazaouites par Israël quand, le 27 décembre 2008 , son armée « hi-tech » a rompu une fois de plus la trève [1] qui avait été instaurée et globalement respectée pendant des mois, puis lancé un assaut d’une violence inimaginable contre le camp de concentration à ciel ouvert [2] qu’est devenue la Bande de Gaza depuis qu’Israël a modifié les modalités de l’occupation en 2005 (en substituant un contrôle « périphérique » et un blocus à une occupation « classique » devenue économiquement et politiquement non rentable de son point de vue, avec le bénéfice secondaire en termes de propagande de pouvoir prétendre avoir procédé à un « retrait »).

L’offensive israélienne était soi-disant destinée à mettre fin aux tirs de roquettes artisanales « Qassam » visant des localités du sud d’Israël, principalement Sderot [3], une ville fondée en 1951 sur les terres du village palestinien de Najd, dont les troupes sionistes avaient expulsé les habitants en direction de Gaza en 1948.

Elle a duré jusqu’au 18 janvier 2009. En fait, constate Henry Siegman (directeur du « U.S. Middle East Project » à New York), « on ne peut pas dire qu’Israël a lancé son attaque pour protéger ses citoyens contre les roquettes. Il l’a fait pour protéger son droit de poursuivre l’étranglement de la population de Gaza » :

C’est Israël, et non le Hamas qui a violé la trêve : le Hamas s’était engagé à arrêter les tirs de roquettes sur Israël ; en échange, Israël devait relâcher l’étranglement de Gaza. En réalité, durant la trêve, il a resserré davantage.

Ceci a été confirmé non seulement par tous les observateurs neutres et ONG présents sur place, mais encore par le brigadier général de réserve Shmouel Zakai, un ancien commandant de la division Gaza de l’armée israélienne. Dans une interview accordée au quotidien Haaretz le 22 décembre [2008]  il accusait le gouvernement israélien d’avoir commis « une erreur centrale » durant la tahdiyeh, la période de six mois de trêve relative, en ne « profitant pas de l’accalmie pour améliorer la situation de misère économique des Palestiniens de la bande de Gaza, mais au contraire l’aggravant nettement […]. Si l’on instaure une tahdiyeh et que l’on maintient en même temps la pression économique sur la bande de Gaza, disait le général Zakai, il est évident que Hamas cherchera à obtenir une tahdiyeh améliorée et que le chemin pour y arriver consiste à reprendre les tirs de Qassam […]. Vous ne pouvez pas juste flanquer des coups, laisser les Palestiniens de Gaza dans la détresse économique où ils sont, et espérer que Hamas restera assis à ne rien faire ». (de plus larges extraits de cet article ICI)

Les dégâts occasionnés par la chute d'un missile Qassam sur Sderot
Les dégâts occasionnés par la chute d’une roquette tirée depuis Gaza sur Sderot

En 23 ans, ces tirs – une des dernières possibilités existant pour les résistants palestiniens de Gaza de manifester la permanence de leur combat contre l’occupant –  ont rarement fait des victimes (14 victimes en 10 ans, selon les chiffres du gouvernement israélien cités par Wikipedia), et les dégâts provoqués sont la plupart du temps insignifiants (quand les « Qassam », qui ne sont la plupart du temps que des bricolages et en tous cas ne sont jamais guidés, ne tombent pas, comme c’est très souvent le cas, dans le désert, voire à l’intérieur même de la Bande de Gaza).

Au cours de cette agression, l’armée israélienne a délibérément ciblé la population civile – sur un total de 1417 victimes, 926 sont des civils, parmi les quels 40% sont des enfants et des femmes – et commis d’innombrables actes barbares, allant de l’utilisation d’enfants comme « boucliers humains » à l’utilisation massive d’obus au phosphore blanc pour bombarder des zones qui comptent parmi les plus densément peuplées de la planète. Des milliers d’habitations et d’édifices publics ont été détruits (les écoles de l’ONU et les dépôts de vivres faisant l’objet d’un acharnement particulier), et Israël a ensuite tout fait pour empêcher leur reconstruction et maintenant un blocus absolu sur les matériaux de construction.

Les bombardements d'Israël ciblent délibérément la population civile
Les bombardements d’Israël ciblent délibérément la population civile

Une équipe d’enquêteurs mandatés par l’ONU, placés sous la direction d’un magistrat sud-africain – juif et sioniste proclamé – M. Richard Goldstone [4], a conclu qu’Israël s’est livré à « une attaque délibérément disproportionnée conçue pour punir, humilier et terroriser une population civile, diminuer drastiquement sa capacité économique locale de travailler et de pourvoir à ses propres besoins, et lui imposer avec toujours plus de force une impression de dépendance et de vulnérabilité… ».

En quelques lignes, c’est toute l’ignominie non seulement de l’agression contre la population de Gaza, mais de toute la politique israélienne vis-à-vis du peuple palestinien, depuis plus de 40 ans, qui est ainsi résumée. Car même quand les bombes et les obus s’arrêtent (temporairement) de tomber, il n’en reste pas moins que toute la politique israélienne vise à maintenir les Palestiniens, à Gaza comme en Cisjordanie, dans un état de relatif sous-déve­lop­pement économique (qui ne doit pas dépasser un stade où ils restent un marché captif de 4 millions de consom­mateurs pour les producteurs israéliens). Ainsi, l’organisation Human Right Watch vient de publier un rapport qui souligne que :

Les politiques israéliennes en Cisjordanie sont sévèrement discriminatoires à l’encontre des résidents palestiniens, les privant de produits de première nécessité tout en permettant aux colonies juives de jouir d’un confort de luxe. Le rapport recense des pratiques discriminatoires non justifiées par des motifs sécuritaires [5] ou d’un autre type, et demande à Israël non seulement de démanteler les colonies de peuplement conformément à ses obligations légales internationales, mais aussi de mettre fin aux violations des droits des Palestiniens.

Un des chars qu'Israël se prépare à déployer à la "frontière" de Gaza, selon Haaretz
Un des chars qu’Israël se prépare à déployer à la « frontière » de Gaza, selon Haaretz

Le rapport est à consulter ICI [en]. Son titre – « Separate and Unequal » – confirme que c’est bien un système d’apartheid qu’Israël a mis en place, avec ce que cela suppose d’oppression quotidienne et de discriminations racistes.

La presse israélienne annonce que l’armée va masser aux abords de la « frontière » avec Gaza des chars d’assaut encore plus monstrueux que ceux qu’on a l’habitude de voir à l’œuvre (une « frontière » qui, selon la définition israélienne classique, ne s’impose qu’à ceux qui sont enfermés à l’intérieur puisque l’armée d’occupation, elle, la franchit à sa guise tandis que les gazaouites qui s’en approchent de moins d’un kilomètre se font tirer dessus).

En effet, selon les services secrets iraéliens les Palestiniens de Gaza ont sensiblement amélioré leur armement anti-chars. Or, les seules guerres qu’apprécient vraiment les militaires israéliens sont celles où ils s’attaquent à des adversaires qui n’ont aucun moyen de leur résister, que ce soit sur terre, en mer ou dans les airs, alors qu’ils disposent eux-mêmes des technologies les plus meurtrières, généreusement financées par les États-Unis.

Alors, non, ce n’est vraiment pas le moment d’oublier…

L.D.


[1] La première violation grave de la trêve remontait au mois précédent, quand l’armée israélienne avait pénétré à Gaza et avait assassiné quatre militants du Hamas
[2] selon la formule utilisée notamment par le cardinal Renato Martino, ministre de la Justice et de la Paix du Vatican, maintenue en dépit des protestations sionistes.
[3] Sderot est ce qu’Israël appelle une « ville de développement », ce qui signifie concrètement qu’elle a été implantée « au milieu de nulle part », sans aucune perspective réelle de développement, et dans le seul but d’occuper le territoire volé aux Palestiniens. La population (19.000 hab.) est principalement composée de juifs pauvres ayant immigré du Maroc, de l’ex-URSS, du Kurdistan, et plus récemment d’Éthiopie, et qui n’ont pas réellement choisi de vivre là, mais qui n’ont pas eu d’autre choix que de s’installer dans le logement qui leur a été attribué. Une partie importante de la population de Sderot vit sous le seuil de pauvreté.
Cela explique que jusqu’en 2008 la sécurité de Sderot et de ses habitants ne suscitait en Israël qu’une relative indifférence. Cela a changé quand le gouvernement israélien a compris qu’il pouvait en faire un instrument de sa propagande. Un Qassam ayant touché deux frères, Rami et Osher Touitou (de dernier ayant été amputé d’une jambe), la propagande gouvernementale s’est emparée de ce drame pour faire de ces deux enfants le symbole des victimes du Hamas. Osher, signale Wikipedia, a vu défiler dans sa chambre d’hôpital des milliers de visiteurs, dont certaines personnalités politiques et religieuses, y compris le premier ministre israélien, et il a même rencontré le président américain Obama !.
[4] qui a été aussitôt la cible d’une campagne internationale de diffamation et bien entendu accusé d’antisémitisme.
[5] considérations « sécuritaires » qui sont invoquées à tout propos et hors de propos, pour limiter la liberté de se déplacer, de se loger, d’exercer une activité (surtout si elle peut concurrencer des industries ou des commerces israéliens) NDLR

 

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