Gaza : Netanyahou en-dessous de la ligne de flottaison

Quand cela les arrange – mais seulement quand cela les arrange – les dirigeants israéliens ne dédaignent pas de s’adresser à l’ONU, dont en temps ordinaires Israël méprise totalement les décisions, pour tenter de défendre ce qu’ils prétendent être leur droit.

C’est ainsi que Benjamin Netanyahou, si on en croit la presse israélienne, vient de lancer un appel au secrétaire général de l’ONU pour lui demander de faire en sorte d’empêcher la future « flottille de la liberté pour Gaza« , qui doit prendre la mer en mai et à laquelle participeront des Belges, d’appareiller comme prévu en direction de Gaza.

Une constante, dans le discours de Netanyahou est le recours aux mensonges les plus éhontés. Ainsi, en s’adressant à Ban Ki-moon, il prétend qu’il n’y a aucune raison de vouloir faire entrer des marchandises à Gaza par voie maritime, puisque selon lui « tous les types de marchandises » peuvent y être importés par voie terrestre.

Non seulement c’est évidemment faux, car s’il y a un très relatif allègement du blocus terrestre, maritime et aérien illégal qu’Israël impose depuis 2006 sur le territoire de la Bande de Gaza, le principe demeure et l’amélioration des conditions de vie des habitants est très relative. Et en tout état de cause, il ne s’agit pas uniquement de la liberté du commerce, mais surtout de celle des humains.

De ce point de vue, la situation reste inacceptable, et cela ne concerne d’ailleurs pas qu’Israël. Ainsi, une équipe de médecins français conduite par le Pr Oberlin, qui se rend régulièrement à Gaza depuis plusieur années pour y opérer des malades, a été confrontée récemment à une situation plus difficile que jamais. L’équipe médicale française a été obligée d’entrer dans la Bande de Gaza en passant par un tunnel clandestin.

Il a témoigné auprès de « CAPJPO – Europalestine » :

Vous revenez d’une mission médicale à Gaza après avoir été bloqués pendant trois jours à Rafah par les autorités égyptiennes. On aurait pu penser qu’après la révolution égyptienne qui a chassé Moubarak et d’autres dirigeants de la dictature, la situation à l’entrée de la bande de Gaza par l’Egypte aurait été radicalement modifiée. Qu’en est-il ?

Pr. Oberlin : En réalité la situation s’est aggravée. Les personnes titulaires d’un passeport non palestinien ne peuvent plus entrer depuis la révolution en Égypte, alors qu’ils le pouvaient auparavant dans une certaine mesure. En particulier certaines missions médicales ont pu passer au cours des derniers mois. Nous avions choisi de passer cette fois-ci par l’Egypte pour nous rendre à Gaza, car un membre de notre équipe, chirurgien anglais d’origine irakienne, est régulièrement bloqué par les autorités israélienne (12h à 5 jours) quand nous passons par Erez (comme tous les membres de nos équipe au patronyme arabe). Nous avons attendu deux jours entiers à Rafah côté égyptien.

Au cours de cette attente, nous n’avons vu entrer aucun camion de marchandise, et simplement vu entrer et sortir quelques dizaines de Palestiniens. Il faut rappeler que le passeport palestinien est délivré avec l’autorisation d’Israël, raison pour laquelle les Palestiniens l’appellent plus justement « document israélien ».

Nous avons été le témoin du refus d’entrer d’une mère de famille : née au Qatar de parents Gazaouis, ayant vécu elle même 6 ans à Gaza où elle s’est mariée à un Gazaoui, elle vit avec sa famille en Allemagne (titulaire d’un passeport allemand). Depuis 1995 elle demande un passeport palestinien, sans succès. Venue en famille en visite à Gaza, le père et les enfants ont été autorisés à entrer, et elle refoulée. Pour notre part un signalement avait été fait depuis plusieurs mois à l’ambassade d’Egypte à Paris, à l’autorité palestinienne au Caire, au consulat de France au Caire, etc.. On nous a dit que le ministre des affaires étrangères égyptien nous voyait d’un bon œil, mais que le pouvoir étant pour l’instant aux militaires, il ne pouvait rien faire ! (…)

Mais ce que nous avons constaté est que les passages par les tunnels ne sont nullement entravés, au point que le cours du ciment et du fer à béton dans la bande de Gaza a chuté jusqu’à atteindre pratiquement le prix israélien (du temps où le ciment était disponible par Israël) : Gaza est devenue un immense chantier : rues en voie d’élargissement, traçage de nouvelles routes, maisons en construction. La bande de Gaza est méconnaissable. Mais le blocus côté israélien persiste. Par exemple Israël ne laisse entrer que 40 voitures neuves par semaine, alors que, selon les importateurs, 2500 ont été achetées par des Gazaouis, payées, et sont en attente (rémunérée !) au port d’Ashdod en Israël !

Le troisième jour d’attente, nous avons sollicité le ministère de la santé de Gaza qui a fait organiser par les services de sécurité du ministère de l’intérieur un passage dans la journée par les tunnels. Nous avons été ainsi accueillis très officiellement à Gaza.

La mission s’est bien passée : une soixantaine de consultants et 20 interventions chirurgicales à l’hôpital Nasser de Khan Younis. Le Dr Mohamed Rantissi a été aidé sur des interventions difficiles ou nouvelles pour lui, de sorte qu’il continue à progresser. Il opère actuellement 200 patients par an, dans un domaine de la chirurgie réparatrice qui n’était pas pratiqué à Gaza avant sa formation. Il a mis en route, à la demande du ministère de la santé, une formation au laboratoire de microchirurgie de 9 chirurgiens palestiniens. De plus 4 de nos anciens élèves, plus jeunes, suivent maintenant la filière de formation spécialisée en chirurgie orthopédique qui a vu le jour à Gaza depuis peu. Ce sont donc 4 chirurgiens qui, à terme auront à la fois une diplôme en chirurgie orthopédique et un diplôme en microchirurgie et chirurgie de la main. La seule originalité est qu’ils auront acquis l’hyper spécialité avant la spécialité ! Il était en tous cas indispensable, compte tenu du siège, que certaines formations spécialisées démarrent à Gaza, et il faut reconnaitre que les Gazaouis l’ont fait !
(Lire la suite sur le site de CAPJPO-Europalestine)

La problématique du blocus, comme le montre ce témoignage, ne se résume pas à la libre circulation des tomates, et par ailleurs si Gaza est enfin en pleine reconstruction, ce n’est pas grâce à Israël mais à cause des destructions massives opérées par son armée en janvier 2009.

En réalité, ce qui préoccupe Netanyahou, c’est l’éventuelle importation d’armes dans la Bande de Gaza, et prétend que l’armée israélienne a intercepté des dizaines de tonnes d’armements et d’explosifs en provenant d’Iran. Il précise même que le matériel était accompagné de brochures de « mode d’emploi » en farsi (langue en usage en Iran)… ce qui à n’en pas douter eut été extrêmement utile pour des utilisateurs palestiniens !

Selon lui – qui s’y connaît en extrémistes, puisqu’ils composent son gouvernement – la « flottille de la liberté » est organisée par « des organisations islamistes extrémises qui ne cherchent qu’à accentuer les tensions« . Chose qu’Israël, qui bombarde, qui assassine, qui kidnappe, qui mutile, qui occupe et qui humilie quotidiennement tout un peuple ne ferait jamais, bien entendu.

L.D.

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