Dirar Abu Sissi : prise d’otage d’Etat

Dirar Abu Sisi

On s’interrogeait un peu sur le sens et la portée de l’enlèvement par les services secrets israélien d’un ingénieur palestinien, Dirar Abu Sisi, résidant à Beit Lahiya, un des responsables de l’unique centrale électrique de la Bande de Gaza. Il a été kidnappé par six agents secrets israéliens alors qu’il se trouvait dans un train en Ukraine.

Dirar Abu Sisi
Dirar Abu Sisi

Les motifs paraissaient assez obscurs, dans la mesure notamment ou l’intéressé n’était pas connu pour ses liens avec le Hamas ou quelque autre mouvement politique ennemi d’Israël.

Quarante jours après son enlèvement, cela commence à devenir plus clair : il s’agit vraisemblablement d’une prise d’otage commanditée par le gouvernement israélien, Abu Sissi étant – du moins certains l’imaginent en Israël – susceptible de servir de monnaie d’échange pour obtenir la libération du soldat Gilad Shalit, et/ou de fournir des informations à propos de la détention de celui-ci.

Gilad Shalit, autour de qui une intense campagne de propagande est menée en permanence (qui contraste singulièrement avec le silence autour du sort de milliers de prisonniers palestiniens arbitrairement emprisonnés dans les geôles de « la seule démocratie… bla bla bla…« ) a été fait prisonnier par un commando palestinien en juin 2006,  alors que, membre de l’armée d’occupation, il était en opération. Depuis, malgré tous leurs efforts, les services israéliens ne sont jamais parvenus à le localiser.

Des négociations ont eu lieu en vue de sa libération, en échange de cette d’un grand nombre de Palestiniens, mais elles n’ont jamais abouti. Plus d’une fois les gouvernements israéliens successifs ont donné l’impression que Shalit leur était plus utile prisonnier que libéré, sa captivité pouvant notamment servir à justifier de nombreuses exactions de l’armée israélienne auprès de l’opinion publique locale.

Aujourd’hui, alors que la presse israélienne signalait récemment que Abu Sissi est questionné à propos de Gilad Shalit par les services secrets, et qu’il affirme ne rien en savoir, le père du soldat israélien a lancé un appel à la famille de l’ingénieur pour qu’elle « fasse pression sur le Hamas » en faveur de sa libération. La famille répond que l’ingénieur kidnappé n’a pas de lien particulier avec le Hamas, et qu’elle ne voit pas bien ce qu’elle peut faire…

Netanyahou et Ehud Barak ont tous deux affirmé publiquement qu’au contraire Abu Sissi détient des informations très importantes à propos du Hamas, et que sa détention est donc parfaitement justifiée.

Pour corser le tout, un site spécialisé dans l’information sur le monde du renseignement, Intelligence Online, basé à Paris, affirme que l’enlèvement de sept Estoniens qui a eu lieu au Liban la semaine dernière est lié à cette sombre affaire : ils auraient été enlevés par un groupe palestinien qui espère s’en servir comme monnaie d’échange pour faire libérer Abu Sissi, mais il y aurait eu erreur sur les personnes, et ceux qui ont été enlevés ne seraient pas « les bons » (lesquels devaient être Ukrainiens et non Estoniens…).

Bref, les mœurs que les services secrets israéliens répandent de par le monde (à commencer par les pays avec lesquels Israël prétend avoir des rapports amicaux) procédant à leur guise ici à quelques assassinats et là à quelques enlèvements, contribuent à le faire ressembler à une jungle, où plus que jamais tous les coups sont permis. Mais bien entendu seuls ceux qui frappent (et frapperont certainement encore) Israël et ses intérêts sont qualifiés de « terroristes« .