Des mois après le cessez-le-feu à Gaza, les séquelles psychologiques demeurent

LONDRES (AlertNet) – À Gaza, des civils ont toujours du mal à dormir, manger ou se rendre à l’école, deux mois après les tirs de roquettes et frappes aériennes qui ont touché le territoire palestinien à la fin de l’an dernier, expliquent les organisations d’aide et les travailleurs médicaux.

Dessin d'enfant révélateur du traumatisme subi
Dessin d’enfant révélateur du traumatisme subi

Le nombre de personnes traitées pour traumatisme psychologique et stress post-traumatique a doublé après le conflit qui a tué 170 Palestiniens et 6 Israéliens en novembre, selon l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency – Office de secours et de travaux des Nations unies).

La crise la plus récente dans un conflit resté non résolu depuis que le groupe islamiste Hamas a repris la bande de Gaza en 2007 a semé une crainte persistante, particulièrement parmi les enfants, affirme d’Unicef.

Le petit Mohammed Saleh, trois ans, ne cesse plus de s’agripper à ses parents depuis les bombardements de novembre et, la nuit, il devient catatonique s’il entend le moindre bruit, explique son père.

« Il hurle, hurle, hurle et son corps se raidit comme du bois », a déclaré son père, comme l’a fait savoir l’UNRWA à AlertNet.

« Il mouille ses draps, il se bouche les oreilles, il tressaute chaque fois qu’il entend claquer une porte, il ne peut dormir plus d’une heure complète », a également déclaré le père du garçonnet, qui vit à Jabalia, dans le nord de Gaza. « Pendant la guerre, il était très attaché à moi-même et à sa mère et, aujourd’hui, il se cramponne à nous constamment. »

Gaza_vue_par_enfant_07Dans les deux mois qui ont précédé les hostilités en novembre, aucun enfant n’a été traité pour un traumatisme psychologique. Après, il y a eu une énorme demande en ce sens et, aujourd’hui, 42 pour 100 des sujets en traitement ont moins de neuf ans, affirme l’UNRWA.

« Les enfants sont toujours vulnérables (…) mais il est très inhabituel de voir ce genre de pic après un bref laps de temps », a déclaré à l’adresse d’AlertNet Akihiro Seita, directeur du programme de santé de l’UNRWA dans la région, alors qu’il se trouvait en Jordanie.

Les enfants à Gaza avaient le sommeil très perturbé, ils pleuraient plus et semblaient hébétés et hagards, après le conflit, dans un environnement déjà très instable où les enfants sont exposés à la violence dans leur existence quotidienne, a expliqué l’Unicef, qui a effectué une évaluation psychologique rapide quatre jours après le cessez-le-feu.

Ces symptômes étaient particulièrement présents chez les enfants de Gaza City et du Nord de Gaza, deux zones où, en même temps que la ville plus au sud de Khan Younis, les enfants ont été témoins d’une violence bien plus accrue.

Le taux de traumatisme psychologique a augmenté parmi les résidents de tous âges et des dizaines d’entre eux ont du être traités suite aux chocs subis.

« Depuis la guerre, nous avons perdu l’appétit, nous ne mangeons pas comme d’habitude. Je prenais soin de moi-même et de ma façon de l’habiller, mais plus maintenant. (…) J’ai des craintes et des angoisses en permanence et je ne dors plus », a déclaré Amani Bassam el Kelani, 24 ans, à l’adresse de l’UNRWA, qui a retransmis ses propos à AlertNet.

Des séquelles physiques et mentales

Dans les quatre jours qui ont suivi la guerre, l’Unicef a constaté que 14 pour 100 des enfants examinés avaient été blessés physiquement.

David Ligneau, chef de mission dans les Territoires palestiniens pour Handicap International, a insisté sur l’importance des traitements psychologiques aussi bien que physiques pour les enfants blessés et leurs familles, et il a cité l’exemple d’une gamine à qui on a dû amputer la main.

« Il était important de s’assurer que la famille puisse coopérer, dans cette situation, d’aider la famille à travailler avec la fille et de s’assurer aussi que cette fille ait accès à ses services de santé mentale », a expliqué Ligneau


Publié sur Alertnet le 4 février 2013.
Traduction pour ce site : JM Flémal.

Depuis le 21 novembre 2012, Israël a rompu le cessez-le-feu à de nombreuses reprises.

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