Des colons agressent des enfants palestiniens à Hebron

Colons juifs à Hébron.

Mercredi 6 avril, un jardin d’enfants de la Vieille Ville de Hébron a été attaqué par des colons israéliens. Quatre colons sont arrivés au jardin d’enfants avec des chiens, menaçant les enfants de derrière la clôture. Les enfants de cinq ans ont été effrayés par les aboiements des chiens et les vociférations des colons et, après cette agression, un grand nombre d’entre eux ont été en état de choc.

La Société du Croissant Rouge palestinien a été appelée immédiatement, mais les soldats israéliens qui contrôlent la zone ont arrêté l’ambulance. Docteurs et infirmières ont été forcés de se rendre au jardin d’enfants à pied, retardant ainsi l’assistance aux enfants.

Le jardin d’enfants est situé dans les parages de la mosquée Ibrahimi, dans la zone H2 de Hébron et à proximité immédiate des barrières électriques sous contrôle de l’armée. L’accord de Hébron, un protocole signé en 1997 entre le président de l’OLP de l’époque, Yasser Arafat, et le Premier ministre d’Israël, Benjamin Netanyahu, a divisé la ville en deux secteurs : la zone H1, sous le contrôle de l’Autorité palestinienne, et la zone H2, sous celui de l’armée israélienne.

Colons juifs à Hébron.
Colons juifs à Hébron.

Dans la zone H2, qui recouvre environ 35 % de la superficie de Hébron, y compris la Vieille Ville, vivent 15.000 Palestiniens et 500 colons israéliens, ces derniers étant répartis en cinq petites implantations. Pour garder la zone, il y a 2.000 soldats israéliens, lesquels ne font qu’ajouter à la violence quotidienne des colons contre les résidents palestiniens. L’armée occupe les toits et les étages supérieurs de plusieurs maisons palestiniennes afin d’y construire des tours de contrôles, forçant ainsi les habitants à quitter leurs propres foyers. 

La fermeture de l’artère principale de la ville, Shuhada Street, et l’installation des cinq colonies assurent la partition de Hébron : les colonies de Tel Rumeida, Beit Hadassan, Shallah Compound, Beit Romano et Avraham Avinu coupent la ville du nord au sud, empêchant ainsi des dizaines de milliers de Palestiniens de mener une existence quotidienne normale.

Cette attaque contre les enfants du jardin d’enfants n’est qu’une violence parmi tant d’autres commises par les colons juifs : cibler et menacer les enfants est l’une des méthodes des colons pour tenter d’affaiblir la résistance palestinienne. Le but est de forcer les familles qui vivent toujours dans la Vieille Ville à quitter leurs maisons.

En raison des violences israéliennes permanentes, la Vieille Ville qui, dans le passé, était le cœur économique de tout le district, est devenue une « ville fantôme ». L’objectif de la séparation a été atteint par les colons et les militaires grâce aux check-points, aux clôtures électrifiées et aux murailles. Les véhicules palestiniens n’ont pas le droit d’entrer dans la zone H2 et, dans plusieurs cas, les piétons ne peuvent déambuler dans les rues de la Vieille Ville.

En empêchant la population d’utiliser les principales liaisons de transport, les autorités israéliennes bloquent le développement économique de la ville. Le blocage de Shuhada Street (malgré un règlement de la Cour suprême israélienne stipulant que les Palestiniens ont le droit de l’utiliser) prive les Palestiniens de leur liberté de mouvement. Et, ainsi, de nombreux Palestiniens sont obligés de faire plusieurs kilomètres de plus pour se rendre dans certains quartiers de Hébron, en raison des check-points et du blocage de certaines rues. Qui plus est, l’armée israélienne continue à imposer le blocage des rares magasins palestiniens qui sont toujours ouverts dans la zone H2 : ces ordres, certifiés nécessaires pour la sécurité, se traduisent par la disparition de toute activité commerciale.

L’un des effets de ce régime d’apartheid est la ségrégation physique des Palestiniens, qui sont soumis aux violences et aux privations par les colons israéliens. L’armée intervient souvent au nom des colons, apportant ainsi un surcroît de douleur aux familles palestiniennes.

Au fil des années, les attaques des colons ont été de plus en plus violentes. Jets de pierres, passages à tabac, empoisonnement de l’eau et razzias dans les maisons constituent quelques-unes des tactiques israéliennes destinées à terroriser les habitants palestiniens. Chaque jour, les colons, qui ont occupé les étages supérieurs des édifices palestiniens, jettent immondices, pierres et bouteilles contre les façades des magasins et appartements situés en dessous. Les propriétaires palestiniens sont obligés de construire des clôtures afin de s’abriter de ces projectiles. Les vols, les actes de vandalisme et l’occupation des maisons palestiniennes forcent bon nombre de résidents à quitter la Vieille Ville : colons et soldats accomplissent de la sorte le « transfert en toute quiétude » des Palestiniens hors de la zone H2. Un rapport rédigé en décembre 2006 par l’organisation israélienne des droits de l’homme B’Tselem montrait qu’à l’époque déjà, pas moins d’un millier de maisons palestiniennes (soit plus de 40 % des immeubles du centre de Hébron) de la zone H2 avaient été abandonnées par leurs habitants.

À Hébron, les droits à la sécurité, à la liberté de mouvement, à la santé et à la propriété privée sont violés quotidiennement par les colons, aidés en cela par l’armée. Les soldats imposent de longs couvre-feux et se livrent chaque jour à d’humiliantes brimades, commettent des arrestations, des fouilles corporelles arbitraires et des perquisitions non autorisées dans les maisons. Toutes ces mesures de harcèlement constituent des violations du droit international, des droits de l’homme et même parfois de la législation israélienne.

Le droit des Palestiniens à la santé subit également les effets d’un tel traitement. Comme ç’a été le cas lors de l’attaque des colons contre le jardin d’enfants mercredi dernier, les ambulances et les équipes médicales ont souvent les pires difficultés à atteindre les personnes qui ont été molestées par les colons ou les militaires. Des équipes de la Société du Croissant Rouge palestinien ont souvent passé plus de temps à apporter de l’aide que cela n’était en réalité nécessaire.

Malgré la violence des colons et les perpétuelles brimades de l’armée, les Palestiniens qui vivent à Hébron continent de résister. Après les fermetures du principal marché maraîcher de Hébron et de sa gare routière, les résidents palestiniens de la zone H2 ont préféré d’autres solutions, au lieu d’installer un nouveau marché et une nouvelle gare routière. Car construire de nouvelles structures signifie qu’on accepte l’occupation de Hébron et la colonisation de la Vieille Ville. Ainsi, les Palestiniens ont donc décidé de vendre et acheter leurs légumes dans la rue même et d’utiliser certaines rues de la zone H1 comme « gare routière ».
C’est de cette façon que la résistance populaire combat la « normalisation » de la partition de la ville.

Source : AIC – Alternative Information Centre – Jérusalem

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