Dans une situation de détérioration des droits humains, les femmes palestiniennes attendent la justice, mais qui leur répondra ?

Bethlehem checkpoint; last Friday of Ramadan, 26.08.2011

pchr_logoEn 1999, l’ONU a désigné le 25 novembre de chaque année comme Journée internationale des Nations unies pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Cette désignation fait partie des efforts de l’ONU pour réfréner la violence contre les femmes dans le monde entier.

Ces dernières années, les femmes palestiniennes ont de plus en plus été soumises à la violence en raison des conditions exceptionnelles dans lesquelles elles vivent. Elles ont subi des violations des droits de l’homme de la part des forces d’occupation israéliennes, qui leur ont fait endurer des conditions de vie très dures et, par ailleurs, elles ont également dû endurer la violence pratiquée à leur égard par la société.

Cette année, la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes tombe à un moment où la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, et tout particulièrement dans la bande de Gaza, se dégrade de plus en plus. Israël a maintenu ses mesures punitives contre la population civile palestinienne, et spécialement sa politique d’enfermement et de restriction du droit à la liberté de mouvement, ce qui a eu un grave impact sur les femmes palestiniennes qui sont également soumises à des violences domestiques.

Le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza et toujours en cours depuis sept années d’affilée a abouti à des conditions de vie très pénibles pour la population de la bande de Gaza, y compris pour les femmes. Les autorités israéliennes ont maintenu la fermeture de tous les passages frontaliers de la bande de Gaza, sapant ainsi les droits économiques, sociaux et culturels d’environ 1,6 million de Palestiniens et leur refusant par la même occasion la satisfaction de leurs besoins élémentaires. Le blocus a abouti à la détérioration des conditions économique dans la bande de Gaza et, par conséquent, le taux de pauvreté parmi les familles palestiniennes a grimpé à 38,8 %, y compris les 21,1 % de familles qui vivent dans une extrême pauvreté, selon les données pour 2013 du Bureau central palestinien de statistique.

L’actuelle détérioration des conditions économiques et sociales prive les femmes palestiniennes de leurs divers droits, y compris le droit à des conditions de vie adéquates, et elle complique leur existence du fait qu’elles sont particulièrement vulnérables à cette dégradation de la situation des droits de l’homme. Par conséquent, la vie sociale des femmes en a été marquée et la violence domestique à leur égard a connu une recrudescence.

Les souffrances des femmes palestiniennes du fait des violations des droits de l’homme par Israël ne se limitent pas à la confrontation aux impacts tragiques de l’embargo, puisqu’elles subissent également homicides, blessures, emprisonnements et démolitions de maisons. D’après les rapports du CPDH (Centre palestinien des droits de l’homme), cette année, Lubna Muneer al-Hantash, 21 ans, a été tuée par les forces israéliennes et c’est un crime qui montre bien le mépris de ces dernières envers l’existence des civils palestiniens. Le 23 janvier 2013, les forces israéliennes postées à un check-point militaire près du collège al-‘Arroub à Hébron, ont ouvert le feu sur des véhicules civils palestiniens, tuant Lubna Muneer al-Hantash de plusieurs balles dans la tête et dans la poitrine.

Le 27 septembre 2013, Randa Abdul Hafez al-Qassir, 49 ans, de Rafah, est morte des blessures qu’elle avait subies le 1er mai 2001, alors qu’elle était près de sa maison, et qui l’avaient maintenue depuis dans un état de paralysie.

Selon les information du CPDH, 11 femmes palestiniennes ont été blessées par les forces israéliennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza depuis le début de l’année 2013.

Au niveau de la violence domestique contre les femmes, 9 femmes palestiniennes ont été tuées en Cisjordanie et dans la bande de Gaza depuis le début de l’année 2013. Trois de ces femmes ont été tuées ai nom du prétendu « honneur familial », alors que les six autres l’ont été lors d’incidents relatifs au phénomène de l’usage inapproprié d’armes et au chaos sécuritaire.

Les femmes palestiniennes ont continué à souffrir des restrictions imposées par la société et au sujet desquelles le CPDH n’a cessé de réitérer ses inquiétudes. Par exemple, certaines dispositions de la Loi n° 1 de 2013 concernant l’éducation cherchent à imposer une ségrégation entre les deux sexes dans les écoles, y compris l’interdiction de présence d’enseignants masculins dans les écoles de filles.

En outre, certaines lois domestiques qui présentent de nombreux défauts et qui enfreignent les normes internationales en matière de droits de l’homme – et particulièrement celles qui se rapportent à l’âge minimal du mariage – sont toujours en vigueur. Le mariage de deux mineurs d’âge dans le nord de la bande de Gaza a tout récemment attiré l’attention sur les défauts inhérents aux lois en question et sur la nécessité de les amender afin de les conformer aux normes internationales en matière de droits de l’homme.

A la lumière des souffrances continuelles des femmes palestiniennes, le CPDH insiste sur le fait que la population de la bande de Gaza, et particulièrement les femmes et les enfants, ont instamment besoin du soutien de la communauté internationale, qui a plusieurs obligations, y compris celle de forcer les forces d’occupation israéliennes de respecter les droits de l’homme et de mettre un terme aux mesures qui détruisent ou violent ces droits. Le CPDH demande également que soit mis un terme à la scission politique entre les Palestiniens et que soit activé le Conseil législatif palestinien dans une volonté de faire un pas en avant pour aborder la violence domestique contre les femmes et pour assurer la cohérence des lois relatives aux femmes vis-à-vis des normes internationales à ce propos.

Dans ce contexte, le CPDH :

  1. Demande à la communauté internationale d’entreprendre rapidement une action pour mettre Israël sous pression afin qu’il respecte les droits de l’homme, qu’il s’engage pareille à respecter les lois humanitaires internationales et qu’il mette un terme aux violations dont souffrent les civils palestiniens, particulièrement l’embargo imposé à la bande de Gaza, qui les prive, y compris les femmes, de leurs droits pourtant garantis par les lois internationales.
  2. Demande aux deux gouvernements palestiniens à Gaza et à Ramallah d’entreprendre les actions nécessaires pour faire cesser les violences domestiques et de poursuivre les coupables de crimes contre les femmes.
  3. Demande au deux parties de la scission politique de prendre en considération les intérêts de la population palestinienne, de mettre immédiatement un terme à la scission et d’activer la législation afin de voter ou d’amender les lois relatives aux femmes, afin que ces mêmes lois soient en conformité avec les normes internationales en la matière.

Publié le 25 novembre par le CPDH.
Traduction : JM Flémal.

 

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