Contre BDS, l’Union Européenne adopte sans vergogne l’habituelle chutzpah israélienne

Le haut représentant de l’Union européenne à Tel Aviv encourage explicitement l’importation sur le marché européen des produits fabriqués dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. On peut penser que l’ambassadeur de l’U.E. est gagné par la chutzpah ambiante et, par une sorte de mimétisme, a décidé d’affirmer ouvertement avec aplomb ce que tout le monde pouvait observer, mais sans forcément le comprendre : l’Europe tourne délibérément le dos à ses obligations juridiques, qui lui commandent d’interdire purement et simplement ces produits sur son marché, pour les raisons déjà expliquées en détail ici.

Prenant la parole à Jérusalem lundi, l’ambassadeur de l’UE, Lars Faaborg-Andersen, a déclaré que « les produits des colonies sont les bienvenus sur le marché de l’UE ». Faaborg-Andersen a tenu ces propos lors de la conférence anti-BDS, au cours de laquelle un ministre israélien a préconisé l’élimination physique de militants pro-boycott par les services secrets israéliens.

La seule présence de l’ambassadeur européen à cette conférence était en soi déjà un scandale, car elle revenait à cautionner cette initiative, qui au-delà de la question du boycott était un encouragement à la colonisation des territoires palestiniens, à laquelle officiellement l’U.E. affirme s’opposer (alors que dans le même temps elle la finance largement par toutes sortes de moyens plus ou moins détournés). L’U.E., depuis des années, traite pratiquement Israël comme un État-membre… sans lui imposer les contraintes qui s’appliquent à ceux-ci. C’est donc un statut particulièrement confortable qui est réservé à l’État-voyou, qui peut actionner la pompe à fric européenne sans pratiquement avoir à rendre de comptes, puisque ses violations constantes de l’accord d’association restent sans conséquences pour lui.

Lars Faaborg-Andersen

« Permettez-moi de vous dire quelque chose qui est clair à 100% : l’Union européenne est contre le BDS », a affirmé Faaborg-Andersen. « Notre politique est totalement opposée au BDS, notre politique est une politique d’engagement avec Israël ». Pour la forme, Faaborg-Andersen réitère aussi l’opposition purement verbale de l’U.E. aux colonies, déclarant qu’elles sont « illégales au regard du droit internationale et un obstacle au processus de paix » (l’énoncé de ce genre d’évidences lui avait valu récemment d’être la cible d’une campagne haineuse des colons, qui le comparaient avec Hannibal Lecter, le tueur en série du film “Le Silence des Agneaux”).

Réagissant aux propos de Faaborg-Andersen, Mahmoud Nawajaa, porte-parole du Comité national palestinien de BDS (le BNC), a déclaré : « L’Union européenne a une nouvelle fois abandonné sa propre politique par laquelle elle considère illégales les colonies israéliennes ».

« Cette complicité éhontée de l’UE dans la protection et le maintien du régime israélien d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid, confirme qu’il faut absolument intensifier les campagnes BDS de terrain et des sociétés civiles contre ce régime, et aussi contre les entreprises et institutions impliquées dans ses violations des droits de l’homme », ajoute Nawajaa. « Comme ce fut le cas lors de la lutte contre l’Afrique du Sud de l’apartheid, quand les gouvernements sont incapables de faire respecter la justice, alors les citoyens doivent agir ».

Nawajaa critique également un autre acte de complicité de la part de l’UE, à savoir le refus de gouvernements de ses États-membres, la semaine dernière, de soutenir une résolution du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies visant à créer une base de données sur les entreprises qui font du commerce dans les colonies d’Israël. La résolution a néanmoins été votée avec 32 voix pour et 15 abstentions.

Complicité dans les crimes de guerre

En promouvant les produits des colonies, Faaborg-Andersen, et avec lui l’UE, apportent un soutien actif aux violations constantes des droits de l’homme dont Israël se rend coupable.

Dans un rapport qui fait date, Human Rights Watch a récemment demandé à toutes les entreprises de mettre fin totalement à leurs activités dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est.

« Les entreprises des colonies contribuent inévitablement à la politique israélienne qui dépossède et discrimine durement les Palestiniens, tout en profitant des vols par Israël de la terre des Palestiniens et de leurs autres ressources », affirme Arvind Ganesan, directeur de la division Entreprises et Droits de l’homme de ce groupe basé à New York. « La seule façon pour les entreprises de se conformer aux responsabilités qui sont les leurs en matière des droits de l’homme est d’arrêter de travailler avec et dans les colonies israéliennes ».

Faaborg-Anderen semble également appliquer la politique traditionnelle de l’U.E. qui consiste à dire une chose, mais à faire le contraire. En février, le gouvernement français, qui lui aussi prétend s’opposer fermement aux colonies israéliennes, a conclu un partenariat avec une chaîne de supermarchés qui fait des bénéfices dans les colonies, afin de promouvoir les produits français à l’intérieur des colonies israéliennes.

« L’Europe se rend complice des violations graves par Israël du droit international, et notamment de ses crimes de guerre, en continuant tant son commerce militaire florissant et sa recherche militaire conjointe avec Israël, que son importation des produits des colonies qui résultent du vol par Israël de la terre et des ressources des Palestiniens, une politique à laquelle l’UE dit s’opposer », souligne Nawajaa du BNC. « L’UE a même refusé de suspendre l’accord de libre-échange UE-Israël et ce, en dépit des violations persistantes par Israël de sa clause relative aux droits de l’homme ».

Liberté d’expression

« Quand on combat le BDS, il est important de garder le sens des proportions et de veiller à ne pas lui donner une plate-forme supplémentaire à travers nos efforts pour le combattre », dit Faaborg-Andersen, cité par le Jerusalem Post.

En déniant toute légitimité au BDS, Faaborg-Andersen semble approuver les mesures de répression prises par certains gouvernements européens contre leurs citoyens engagés dans le mouvement pour les droits des Palestiniens.

Cependant, ceux qui sont pour la liberté d’expression quand il s’agit de la Palestine ont trouvé un allié inattendu en la personne de l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Dan Shapiro.

Dans son intervention, Shapiro dénonce le mouvement BDS et révèle : « Nos efforts pour combattre les boycotts sont une question récurrente dans les discussions de travail bilatérales et de haut niveau avec le gouvernement d’Israël ».

« Il est vrai qu’il y a des voix aux États-Unis, sur les campus universitaires et ailleurs, qui font la promotion de la campagne BDS contre Israël » dit Shapiro. « Et dans notre démocratie, leur droit à la liberté d’expression ne peut être réduit ».

« Mais aucun citoyen américain ne doit avoir le moindre doute que la politique du gouvernement des États-Unis est de s’opposer de façon résolue à de telles initiatives », a ajouté l’ambassadeur étatsunien.


Source : The Electronic Intifada
Traduction : JPP pour BDS France – Adaptation : L.D.

 

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