Les garçons d’Hares : cinq ados palestiniens condamnés à quinze ans de prison en Israël

Les « Hares Boys » – cinq adolescents palestiniens accusés d’avoir lancé des pierres sur une route réservée aux colons – ont été condamnés à 15 ans de prison chacun dans les prisons de l’occupation israélienne le 28 janvier, à l’issue d’une négociation avec l’accusation (procédure dite, en anglais de “plea bargain”,  c’est-à-dire de “plaider coupable” qui permet d’espérer obtenir une peine quelque peu réduite à condition que l’accusé[e] reconnaisse les faits qui lui sont reprochés par l’accusation [1]). qui a mis un terme à leur procès devant un tribunal militaire, procès qui s’est étendu sur quelques années.

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Muhammad Suleiman, Tamer Souf, Ammar Souf, Ali Shamlawi et Muhammad Kleib ont été condamnés par le tribunal militaire israélien après que leurs familles ont payé – chacune – une amende de 30 000 shekels. La campagne « Free the Hares Boys » (Libérez les jeunes de Hares) a fait remarquer que les fonds qui ont servi à payer les amendes ont été collectés avec le soutien de gens du monde entier qui ont contribué à soutenir les familles de ces garçons. S’ils n’avaient pas été en mesure de payer ces amendes, de plus longues peines de prison auraient été prononcées.

Les ados – âgés de 16 et 17 ans quand ils avaient été arrêtés le 15 mars 2013 – étaient accusés par les forces israéliennes d’occupation d’avoir lancé des pierres sur une route réservée aux colons passant à proximité de leur village. Ces mêmes troupes avaient effectué un raid dans leur village et avaient manifestement ciblé les jeunes en question en procédant à des arrestations massives. Deux véhicules appartenant à des colons avaient eu un accident et l’un des passagers de ces véhicules avait été grièvement blessé, puis était mort de pneumonie deux ans plus tard.

Comme l’a fait remarquer la campagne « Free the Hares Boys » en 2013, « si les garçons sont condamnés, cette affaire va constituer un important précédent qui permettra à l’armée israélienne d’accuser tout enfant ou jeune palestinien de meurtre dans des cas de jet de pierre ».

Jeudi, la « Free the Hares Boys Campaign » a publié une réponse à leur condamnation :

Le jour où la justice est morte

C’est désormais officiel : Les cinq jeunes du village de Hares seront détenus dans une prison de l’occupation sioniste pendant 15 ans. Ils pourront de nouveau recouvrer la liberté et embrasser leurs mères en 2028.

Tout cela, sans la moindre preuve réelle de leur présumée culpabilité, en dehors d’« aveux » signés sous la torture alors que ces ados n’avaient que 16 ans, qu’ils avaient été embarqués au milieu de la nuit, qu’on les avait privés de l’accès à un avocat et que des hommes armés en uniforme les avaient battus et violentés.

Tout cela, après trois années d’allers et retours entre les prisons sionistes et le tribunal militaire, où les séances se déroulent en hébreu – langue qu’aucun des ados ne parle – et où les trois individus occupant les sièges des juges sont des gens de l’armée. De cette même armée, précisément, qui occupe la Palestine depuis des décennies.

Tout cela, après trois années ou presque de protestations, de manifestations, de requêtes, de pétitions et d’autres formes de solidarité émanant de braves gens du monde entier croyant encore en la justice.

Mohammed Kleib, Mohammed Suleiman, Ali Shamlawi, Tamer Souf et Ammar Souf. Cinq fringants adolescents qui aimaient jouer au foot et qui s’apprêtaient à passer leurs examens terminaux.

Les vies de ces garçons leur ont été ravies. Cinq tragédies, cinq familles qui ont perdu leurs fils dans un système sioniste qui cherche à détruire la Palestine et les Palestiniens. Garçon après garçon, mère après mère, famille après famille.

Merci à tous. Merci de croire en la justice. Merci de combattre en son nom. Merci de vous dresser contre les crimes sionistes.

Peut-être la justice a-t-elle encore une chance.

Et rappelez-vous : personne ne sera vraiment libre, tant qu’ils ne le seront pas.


[1] il ne faut jamais perdre de vue que cette négociation entre les avocats des accusés et l’accusation n’est – comme il se doit entre opprimés et oppresseurs – en aucun cas loyale et menée entre parties sur un pied d’égalité : l’accusation a la possibilité de maintenir un accusé en en “détention administrative” pour une durée illimitée, sans même avoir à lui notifier formellement de quoi il est accusé sur base de “preuves” qui restent secrètes. Il est donc strictement impossible d’organiser la défense. La reconnaissance de culpabilité est donc obtenue par un chantage qui est une forme de violence particulièrement odieuse. – NDLR

Publié le 29 janvier 2016 par Samidoun

Traduction pour ce site : Jean-Marie Flémal

 

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