BDS : la « collusion scélérate » du régime de Sarkozy avec Israël

En France, une série de procès commandités par la Garde des Sceaux (ministre de la Justice) de Sarkozy, Michèle Alliot-Marie est engagée depuis quelques mois contre plusieurs militants associatifs du mouvement de solidarité avec la Palestine.

L’indignation légitime devant la poursuite de l’occupation et de la colonisation par Israël, devant le siège illégal de la population de Gaza par l’armée israélienne depuis 5 ans, devant les innombrables violations du droit international, de traités signés, le non respect des décisions de la Cour Internationale de Justice, a culminé avec la violente attaque militaire de la population de Gaza en 2009.

M. Alliot-Marie à un dîner du CRIF de Bordeaux-Aquitaine, auquel assistait aussi Alain Juppé, en février 2010.

Les associations du mouvement de solidarité français ont alors répondu à l’appel BDS lancé par la société civile palestinienne en 2005.

La complicité des gouvernements européens, et tout particulièrement du gouvernement français, qui tout en refusant d’appliquer les sanctions requises par les accords européens, renforcent leurs liens commerciaux industriels militaires, culturels avec la puissance occupante, place aujourd’hui tous les citoyens devant leurs responsabilités:

  • exiger que le droit s’applique à Israël comme à tout autre État, faire pression ici sur nos gouvernements pour obtenir qu’ils appliquent le droit avec les sanctions prévues par la législation européenne,
  • arrêter de consommer des produits israéliens entrant en toute illégalité en Europe, et bénéficiant de tarifs douaniers préférentiels indus

sont aujourd’hui une revendication politique légitime et citoyenne.

Rien n’est fait par le gouvernement français – pas plus que par le gouvernement belge – pour appliquer et faire appliquer le droit.

France Israël: une collusion scélérate.

Au contraire force est de constater que toute évolution de la situation vers des conditions réelles de paix juste et durable se heurte aujourd’hui à une intolérable collusion du gouvernement français avec le régime colonial et d’apartheid israélien et ses supplétifs en France.

L’appel au boycott citoyen des productions agricoles industrielles culturelles et militaires issues de ce régime jusqu’à ce qu’il respecte le droit, tous les droits auxquels se réfèrent les nations démocratiques, n’a à l’évidence rien à voir avec les poursuites intentées contre les militants pour « incitation à la haine raciale ».

Nombre des associations impliquées dans le BDS ont connu l’époque du Boycott de l’Afrique du Sud en France, et à cette époque aucun militant n’avait été poursuivi. Pourquoi aujourd’hui et avec Israël ?  Le boycott de l’Afrique du Sud a aidé cet État à changer de nature, et à devenir celui de tous ses citoyens.

Incitation à la haine raciale ? Plutôt collusion scélérate du gouvernement français avec le régime israélien.

Les plaintes et les pressions sont aujourd’hui à la fois impulsées par les Parquets sur ordre de la Garde des Sceaux, et le fait d’associations juives communautaires, ailleurs on dirait communautaristes, constituées lors de la deuxième Intifada pour défendre la politique israélienne en France, dont le BNVCA dirigé par Sami Ghozlan, membre du comité directeur du CRIF, et « Avocats sans frontières » constituée par William Goldnadel élu cette année au comité directeur du CRIF.

Sarkozy et ses amis ne sont pas les seuls à se précipiter ventre à terre quand le CRIF les siffle...
Sarkozy et ses amis ne sont pas les seuls à se précipiter ventre à terre quand le CRIF les siffle…

Cette « association » est responsable d’in­nom­brables procès – pratiquement tous perdus ! – intentés à des intellectuels et journalistes français comme Daniel Mermet, Edgar Morin, Eric Hazan, procès dont le but était précis : museler toute critique d’Israël au moment où il frappait avec le plus de violence la popu­lation palestinienne occupée. Et l’outil utilisé chaque fois identique : critiquer le régime colonial israélien équivaut à de l’antisé­mitisme.

Scandaleux glissement, (sémantique aurait dit un autre de ces missi dominici Alain Finkielkraut) qui produit ce qu’il prétend chercher à éviter, ce que Daniel Bensaïd avait appelé une action de « pompier pyro­mane ».

Esther Benbassa résumait ainsi la nouvelle définition de l’antisémite imposée par ces serviteurs d’Israël, qui venaient d’obtenir la condamnation pour antisémitisme d’Edgar Morin (condamnation par la suite annulée par la Cour de Cassation – NDLR) :

« Le nouvel antisémite » n’est plus celui qui hait le juif, mais le juif démocrate incapable de fermer les yeux sur le sort quotidien des Palestiniens placés sous occupation israélienne. Curieux renversement augmentant sensiblement le nombre d’intellectuels antisémites en Israël même ! Car il ne manque pas là-bas de juifs clamant haut et fort, dans les médias, leur rejet des décisions de leur gouvernement et n’hésitant pas à prendre des risques pour créer des passerelles de rapprochement avec les Palestiniens…» (Le Monde Diplomatique: Edgar Morin juste d’Israël ?) .

Il s’agit bien aujourd’hui d’étendre cette infamante accusation d’antisémitisme non pas aux citoyens de toutes origines qui haïssent les juifs, mais à tous ceux qui refusent de fermer les yeux sur l’étranglement, et le démantèlement de la Palestine.

Le gouvernement français qui choisit de criminaliser cet appel citoyen et politique au boycott du régime israélien d’occupation et de colonisation pour le respect et l’application du droit, traite en criminels les réfugiés dits sans papiers et traduit en justice ceux qui leur manifestent une solidarité d’être humain. L’Europe entière (à part Berlusconi !) le condamne aujourd’hui pour ses circulaires discriminantes et sa politique raciste contre les Roms.

Ses ministres tiennent des propos islamophobes et anti-arabes (le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a été condamné pour « injure raciale » en juin 2010, ce qui n’empêche pas qu’il reste à soin poste), et proposent des lois et des enquêtes sur l’identité nationale chargées de semer haine et division.

Par le refus des sanctions, la complicité du silence et aujourd’hui la répression de la solidarité civile il cautionne la politique du pire israélienne en garantissant à cet Etat de faire la chasse aux boycotteurs. Daniel Shek, l’ambassadeur d’Israël en France le confirmait ainsi il y a quelques mois :

« Nous encourageons des organisations à porter plainte contre les organisateurs du boycott. Nous conduisons des activités politiques à l’ambassade en liaison directe avec des ministres, des organisations, des étudiants et des consommateurs, qui se réveillent ».
The Marker, Tel-Aviv, 27 janvier 2010. cité dans Le monde diplomatique de février 2010 (Boycott: la contre-offensive d’Israël et de ses amis, par Dominique Vidal).

Pourtant le bilan est simple et les faits vérifiables:

Aucun produit israélien n’entre légalement en Europe aujourd’hui, au regard des accords d’association signés entre Israël et l’Europe:

  • Ceux des colonies, puisque fabriqués hors du territoire israélien tel que défini dans ces accords (la ligne verte qui correspond au partage onusien de 1949 seule « frontière » reconnue à ce jour) et fruits de l’exploitation d’une terre et de ressources volées avec le travail salarié de Palestiniens sans droits.
  • Ceux d’Israël même, puisque en violation de l’article 2 de l’accord d’association qui conditionne la totalité de l’accord au respect des droits humains.
  • Toutes les universités israéliennes sont directement impliquées dans l’occupation : presque partout des bourses spéciales sont accordées aux soldats de l’opération « plomb durci » par exemple; formations d’officiers (Haïfa), recherche en armement (Technion), des hauts gradés de l’armée sont membres des directoires d’universités (Jérusalem), des bases militaire sont installées sur les campus (Haïfa), des bâtiments de l’université de Jérusalem s’édifient sur des terres confisquées de Jérusalem-Est.
    Tout cela pendant que la coopération universitaire croît et multiplie avec la France, où des universités frileuses ne parviennent à envisager une aide au système universitaire palestinien que doublée d’une aide à ces mêmes universités israéliennes: on finance la victime et le bourreau à la fois, pour s’en «laver les mains» sans se mouiller.
  • La coopération internationale, est conçue de la même manière dans nombre de municipalités et conseils régionaux : pour aider un paysan palestinien de Hébron, persécuté par des colons, il faut aider une coopérative israélienne prospère et tranquille. Pour financer un hôpital à Naplouse, il faut aider celui de Afula, etc…
    Ceux qui s’opposent à ce système pervers sont traités d’antisémites, en tous cas l’argument massue utilisé par les conseils municipaux et régionaux est toujours celui de l’égalité de traitement, afin de démontrer au CRIF qui ne manquera pas d’intervenir, que l’on n’est pas antisémite.
  • Les événements sportifs et culturels, commandités par les ambassade et les institutions israéliennes en France et ailleurs en Europe, sont autant d’opérations de promotion de l’image de marque de la démocratie israélienne chargées de faire oublier les millions de Palestiniens qui vivent sous la botte et sans droits, à Gaza, en Cisjordanie, expulsés de Jérusalem, en exil dans des camps de réfugiés, où discriminés et de plus en plus violemment réprimés en Israël même.
  • L’ONU a voté , et la France aussi, le rapport Goldstone qui accuse clairement Israël de crimes de guerre à Gaza, or ces criminels de guerre peuvent être accueillis sans problème en France et nombre d’entre eux poursuivis internationalement sont régulièrement et cordialement reçus à Paris.
  • Un rapport de l’ONU vient de condamner Israël pour son attaque illégale de la flottille humanitaire vers Gaza et la violence de son intervention qui a fait 12 morts militants internationaux de la solidarité. Rien.

Mais qui est poursuivi et traduit devant des tribunaux, mis en examen pour incitation à la haine raciale ?

Des citoyens qui ne supportent plus, n’admettent plus l’hypocrisie et le mensonge érigés en vérités, le déni de droit en règle générale, et les combattent publiquement avec un outil pacifiste qui a fait ses preuves dans d’autres luttes. Celle des droits civiques aux États-Unis, comme celle contre l’Apartheid sud-africain, et celles des peuples colonisés pour leur indépendance. Il n’est pourtant pas difficile de faire le lien avec cette cause, sauf à refuser l’évidence.

Il s’agit d’informer le public souvent peu méfiant, parce que désinformé, sur les produits israéliens, d’expliquer les conditions de leur production, d’interpeller les distributeurs sur les produits illégaux, il s’agit clairement aussi d’inquiéter Israël, oui de l’inquiéter – quel délit ! – de lui faire sentir qu’il peut avoir à payer le prix de sa politique, par l’isolement et le rejet.

N’est-ce pas le minimum ? Non pas dans un but haineux de destruction mais justement pour l’obliger à infléchir sa politique dans le sens du respect du droit. Quel crime !

Qu’a-t-il à gagner avec sa politique à moyen terme ? N’est-il pas urgent et vital pour les Palestiniens mais aussi pour les Israéliens de sortir de cette impasse tragique ? Qui pourra nous faire croire qu’aujourd’hui la solution est dans les mains des Palestiniens ?

Nous savons tous, le gouvernement français aussi, qu’Israël a le choix entre achever sa destruction de la Palestine et porter le poids de ce qui serait un crime contre l’humanité, pour le reste de son histoire, ou changer de cap radicalement et envisager enfin un juste partage de la terre, de l’eau, des droits, de la vie, avec un peuple qui ne demande que cela.

Se battre pour qu’Israël fasse le bon choix n’est pas un crime ni un délit, quoi qu’il arrive cela apparaîtra comme une action éthique et digne.

Nous devons défendre nos concitoyens attaqués contre l’arbitraire de procès politiques à courte vue, contre une justice instrumentalisée au service d’ un État qui devrait être internationalement poursuivi et sanctionné.

Michèle Sibony
(Union Juive Française pour la Paix)


NOTES DE LA REDACTION :
[1] CRIF = « Conseil Représentatif des Institutions juives de France », devant lequel principaux personnages politiques français – de droite comme de la « gauche » de gouvernement – font des courbettes et rivalisent de servilité. Voir par exemple : http://www.dailymotion.com/video/x4dftd_sarkozy-au-crif_news et admirer la sélectivité des applaudissements qui interrompent le discours, dans lequel Sarkozy se prononce pour un boycott… de l’Iran jusqu’à ce qu’il ait « renoncé au nucléaire militaire » (dont les autorités iraniennes ont toujours nié vouloir se doter) mais ne dit pas un mot de l’armement nucléaire israélien, qui n’est soumis à AUCUN contrôle et qui lui fut fourni à l’origine par la France (voir à ce propos : http://dico.pourlapalestine.be/detail.php?r=135 )
[2] Dans un récent rapport du Alternative Information Center de Jérusalem, consacré à « l’économie de l’occupation » et plus particulièrement à « la complicité des institutions universitaires d’Israël dans l’occupation des territoires palestiniens« ,  Uri Yacobi Keller, relevait par exemple ceci  (p. 6 ) :

Le Technion, l’institution israélienne la plus renommée pour les sciences appliquées telles que l’ingénierie et l’informatique, s’est quasiment enrôlé dans l’armée. Le Technion, comme la plupart des universités israéliennes, est fier de ses projets en R&D conduits pour les forces de sécurité israéliennes. Comme exemple des projets les plus brutaux, il y a le développement du bulldozer «D9 » télécommandé utilisé par l’armée israélienne pour démolir les maisons palestiniennes et la mise au point d’une méthode pour détecter les tunnels souterrains, développée spécifiquement pour assister l’armée israélienne dans son siège continu de la bande de Gaza. L’étendue de la coopération entre le Technion et l’armée israélienne a été démontrée quand le Technion a ouvert un centre pour le développement de l’optoélectronique en complet partenariat avec Elbit, une des plus grosses compagnies privées israéliennes de recherche sur l’armement, aussi lourdement impliquée dans le développement pour l’armée israélienne.

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