BDS : Israël a engagé une guerre de propagande sur le net

Des cadets en formation dans l'unité de Cyber Défense de l'armée israélienne, le 10 juin 2013 (Crédit : Unité de porte-parole de Tsahal)

Israël se sert de son expertise dans le domaine de la cyber-sécurité pour tenter de contrer l’influence crois­sante du mouvement mondial BDS, a rapporté l’agence Associated Press. La volonté du gouvernement proto-fasciste de Tel Aviv est de mener une guerre sur le web et sur les réseaux sociaux, et pour cela il a commencé à payer des internautes chargés d’intervenir en faveur d’Israël sur tous les forums en ligne, Facebook, Twitter,…

Le mouvement BDS s’est développé au point de devenir un réseau mondial de milliers de bénévoles, parmi lesquels de nombreux étudiants, des groupes religieux et des Juifs libéraux révoltés par les politiques israéliennes, la violation constante du droit international, l’oppression quotidienne imposée à la population palestinienne, les meurtres de masse périodiquement commis sous couvert de “légitime défense”, la négation des droits nationaux palestiniens, le racisme croissant de la société israélienne, etc. Ces militants exercent notamment des pressions importantes sur des artistes et des institutions académiques afin qu’ils rompent leurs liens avec Israël.

Des cadets en formation dans l'unité de Cyber Défense de l'armée israélienne, le 10 juin 2013  (Crédit : Unité de porte-parole de Tsahal)
Des cadets en formation dans l’unité de “Cyber guerre” de l’armée israélienne (juin 2013)

Le gouvernement israélien a donc récemment alloué  pour cette année près de 23 millions d’Euros pour lutter contre ce qu’il considère comme des efforts de « déligitimation » du “droit de l’État juif à exister”. Une partie des fonds a été allouée à des entreprises high tech israéliennes, dont beaucoup sont dirigées par d’anciens officiers du rensei­gne­ment militaire, pour mener des initiatives en ligne visant à recueillir des renseignements sur les groupes d’activistes et contrer leurs efforts.

Selon Israël, le mouvement BDS trouve ses racines dans l’antisémitisme et ne cherche pas à faire changer la politique israélienne, mais à “en finir avec l’État juif”. Autrement dit, soit vous achetez des pommes de terres et des herbes aromatiques israéliennes, soit vous être un nazi qui prépare un “nouvel holocauste”…

Je veux créer une communauté de combattants”, a déclaré Sima Vaknin-Gil, la directrice générale du ministère israélien des Affaires stratégiques et des Relations publiques, aux développeurs de technologie israéliens lors d’un récent forum consacré à cette question.

Parmi les représentants du gouvernement impliqués dans ces efforts, on retrouve des (ex-)agents des services secrets israéliens, notamment Sima Shine, une ancienne haute responsable du Mossad, et Vaknin-Gil, qui a récemment quitté son poste de cheffe de la censure militaire, en charge de faire de la discrétion sur les secrets d’État.

Israël s’est imposé comme un leader mondial dans l’innovation cyber-technologique, avec l’émergence d’unités de renseignement de sécurité,  aussi secrètes que dotées de moyens importants. Ces unités sont considérées comme étant derrière certaines des cyber-attaques les plus sophistiquées du monde, parmi lesquelles le virus Stuxnet qui a attaqué les équipements de l’énergie nucléaire iranien lors de la dernière décennie.

Il s’agit d’une variété de virus qui s’attaque non pas au PC de “monsieur-tout-le-monde” aux équipements de contrôle des installations industrielles, et qui permettent pas exemple de saboter des centrales électriques (le cas échéant nucléaires), des équipements hospitaliers ou de télécommuication, ou d’autres systèmes critiques. La défaillance simultanée, provoquée par un tel virus, d’un certain nombre d’installations pourrait par exemple semer un chaos total et durable dans un pays entier, voire plusieurs.

Le gouvernement israélien a bien été obligé de constater que s’il dispose d’un important réservoir de compétences technologiques, en revanche la plupart du temps ses manœuvres échouent lamentablement lorsqu’il s’agit d’améliorer son image auprès des populations partout dans le monde.

La complicité des gouvernements de la “communauté internationale” reste certes pour l’essentiel acquise à Israël, ainsi que celle d’une grande partie des médias “mainstream”, mais elle pourrait se révéler de plus en plus fragile à mesure que la défiance gagne du terrain dans les opinions publiques, en particulier aux États-Unis. Un certain nombre des étudiants qui votent pour BDS dans les universités américaines, comme à Berkeley récemment, seront demain au cœur des élites dirigeantes…

Vaknin-Gil a déclaré que son ministère encourage les initiatives visant à mettre en lumière le financement des militants anti-israéliens et à “freiner leurs activités”, ainsi que des campagnes pour “inonder internet” avec un contenu qui donnerait un visage positif d’Israël (ce ne sera pas facile). Vaknin-Gil a affirmé que le gouvernement israélien ne financera toutefois pas d’opérations “contraires à l’éthique ou illégales”. Qui d’ailleurs pourrait soupçonner Israël de ne pas se conformer strictement et en toutes circonstances à la morale et à la loi ?

Sachez donc que les trolls sionistes que vous croisez sur Facebook ou ailleurs sont souvent des salariés qu’Israël paie pour répandre sa propagande.

Omar Barghouti, co-fondateur du mouvement BDS, et ancien étudiant à l’université de Tel Aviv, a affirmé que certaines pages de sites web liés au BDS ont mystérieusement disparu de la Toile. « Nous présumons qu’il s’agit d’un cyber-sabotage conduit par Israël, mais nous sommes ravis de voir que son impact négatif sur le mouvement mondial BDS a été piteux jusqu’à présent« , a-t-il ajouté.

De nombreux activistes qui mènent des campagnes anti-israéliennes sur les réseaux sociaux sont “des férus de technologie, souvent des musulmans de deuxième et troisième génération vivant en Europe et aux États-Unis, et qui ont des griefs contre l’Occident contre lequel ils mènent aussi des campagnes en ligne”, a déclaré Elad Ratson, en charge de cette question au sein du ministère israélien des Affaires étrangères. Il s’agit là d’un des thèmes classiques de la propagande de ce que le philosophe israélien Ivan Segré a judicieusement appelé “la réaction philosémite”.

Après les attentats du 11 septembre 2001, est apparu en France et en Europe un courant idéologique renouant explicitement avec le mot d’ordre d’une « défense de l’Occident» tel que l’extrême droite avait pu en élaborer le contenu et la forme dans l’entre-deux­-guerres, affirmant alors sa parenté idéologique avec le fascisme italien et l’antisé­mitisme allemand.

La particularité de cet avatar contemporain, c’est, d’une part, qu’il se présente comme une « défense de la démocratie» contre le « totalitarisme» (communiste ou islamique) et, d’autre part, qu’il s’organise, chez certains idéologues français et israéliens, autour des deux mots d’ordre que sont « la défense du sionisme» et la « lutte contre l’antisémitisme », supposés ne faire qu’un.

Par cet artifice de hasbara, le gouvernement israélien et ses relais européens, notamment dans la diaspora juive, tentent de faire infuser dans la culture contemporaine une équation particulièrement vicieuse et mensongère :

opposition à la politique d’Israël = antisémitisme = opposition aux valeur de l’Occident
 = ennemis de la liberté = islamisme = terrorisme

Ou, en raccourci : BDS = terrorisme antisémite…

Ivan Segré a démontré dans ses ouvrages [1] que, par-delà ce rhabillage rhétorique, le contenu idéologique de la propagande à laquelle Israël a accroché son wagon demeure pour l’essentiel inchangé, constituant l’invariant d’un discours réactionnaire, en ce sens qu’il ne repose sur aucun contenu de pensée, sinon la peur, notamment du « musulman », du « progressiste » ou des « jeunes » des quartiers populaires.

Les responsables israéliens ont récemment fait pression sur Facebook et son patron Mark Zuckerberg pour supprimer des pages qui, selon eux, incitent à la violence contre les Israéliens. Ratson a expliqué que les géants des réseaux sociaux ont commencé à fermer les comptes d’ “utilisateurs incitant à la haine”. Twitter a déclaré avoir fermé depuis mi-2015, plus de 125.000 comptes « proférant des menaces ou faisant l’éloge des actes terroristes, principalement liés à l’État islamique« .

Certaines entreprises de haute technologie israéliennes se sont mises à inventer des algorithmes astucieux qui permettent de “restreindre l’influence de ces militants”. Firewall Israel, une initiative parrainée par l’Institut Reut, un groupe israélien de réflexion, a mis en place une plate-forme en ligne pour aider les militants pro-israéliens à travers le monde à communiquer sur les activités anti-israéliennes qui ont lieu dans leurs communautés. Inspiration, une société d’analyse du renseignement israélienne fondée par Ronen Cohen et Haim Pinto, des anciens officiers du renseignement militaire israélien, ont lancé une initiative technologique il y a quelques mois pour recueillir des renseignements sur les organisations BDS en Europe, en particulier dans les pays scandinaves, aux États-Unis et en Amérique du Sud, a déclaré Cohen.

Il explique que l’initiative vise à “démanteler l’infrastructure des groupes”  qui selon lui sont responsables de “l’incitation à la haine et de l’antisémitisme contre Israël”. Finalement, explique-t-il, “ces opérations ne sont pas très différentes de celles, dont vous entendez parler dans les journaux, menées en Syrie ou au Liban”.

L.D.               


 [1] Ivan Segré a publié aux Nouvelles Éditions Lignes :
– “La réaction philosémite, ou la trahison des clercs” (2009)
– “Qu’appelle-t-on penser Auschwitz ?” (préface d’Alain Badiou – 2009)
– “L’intellectuel compulsif – La réaction philosémite 2”, dans lequel il décortique notamment avec une précision chirurgicale et humour le discours de Alain Finkielkraut (l’intellectuel compulsif) (2015)

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