BDS : comment l’éthique vient aux grands groupes capitalistes

Le groupe anglo-danois G4S (anciennement Group 4 Securicor), leader mondial des services dans le domaine de la sécurité qui occupe 625.000 salariés dans 110 pays, a annoncé il y a peu qu’il a décidé de mettre fin à une partie de ses activités au profit des colonies juives de Cisjordanie et des troupes d’occupation israéliennes, afin de mieux se conformer à son propre code éthique.

Certes, dans le communique de presse qui a annoncé cette décision, la direction du groupe a cru pouvoir réaffirmer que les activités en question ne sont « ni discriminatoires ni controversées« . On se demande comment une société peut fournir des services et des équipements à une armée d’occupation – tels que par exemple des scanners pour bagages ou des scanners corporels utilisés dans les checkpoints, ou les prisons – ou encore assurer le gardiennage de colonies illégales * sans que cela puisse être considéré comme « discriminatoire ».

Le groupe G4S a sollicité les services d’un professeur de droit, Hjalte Rasmussen, de l’université de Copenhague, pour faire une étude sur la légalité de ses activités en Cisjordanie. Celui-ci a conclu qu’aucune de ces activités n’était contraires au droit international, ce qui est pour le moins acrobatique, puisque l’illégalité de l’occupation elle-même est patente et constamment réaffirmée par l’ONU.

Quoi qu’il en soit, après avoir analysé ces conclusions, G4S a fait savoir qu’il ne suffisait pas d’apprécier simplement la légalité de ses activités, mais que c’était aussi une question d’éthique : « L’évaluation juridique est nécessaire, mais ne suffit pas », a dit Soren Lundsberg au centre de recherche indépendant DanWatch en février dernier.

Ainsi donc, la direction du groupe G4S vient d’être soudainement illuminée par la nécessité de s’imposer des normes éthiques un peu plus exigeantes (mais un peu seulement).  Comment ne pas s’en réjouir ? Mais aussi comment ne pas se demander ce qui a bien pu favoriser cette prise de conscience subite et assez exceptionnelle… ?

On peut vraisemblablement voir un lien de cause à effet avec la décision qu’avait prise en février le conseil municipal de Copenhague, par 27 voix contre 12, de mettre fin à toutes les relations contractuelles de la municipalité avec G4S en raison de son implication dans l’occupation et la colonisation illégale de la Palestine par Israël, et donc dans son implication directe dans des activités qui – de l’avis pratiquement unanime de toute la « communauté internationale » – constituent des obstacles à la recherche de la paix.

G4S a donc perdu, entre autres contrats avec la municipalité de Copenhague, le gardiennage des bâtiments de l’université de la ville, ce qui représentait évidemment un volume d’affaires non négligeable, même pour un groupe de cette importance.

Voilà comment l’éthique vient, petit à petit, aux capitalistes : quand ils réalisent de manière tangible qu’il y a un prix à payer pour la violer avec constance, et que vu l’ampleur que prend dans le monde entier la campagne BDS l’exemple de la ville de Copenhague risquait d’être suivi par beaucoup d’autres.

Qu’en conclure, sinon que G4S n’ayant pas annoncé l’arrêt total de ses activités en Israël, la pression doit être maintenue et accentuée… Allons, c’est le premier pas qui est le plus dur… encore un effort, G4S…


* rappelons une fois de plus que TOUTES les colonies israéliennes en Cisjordanie sont illégales, quand bien même le gouvernement israélien soutient le contraire et les multiplie activement en permanence.

 

Print Friendly, PDF & Email