Après les militants pro-BDS étrangers, le gouvernement israélien s’en prend à ses propres ressortissants favorables au boycott

Le maccarthysme israélien connait de jour en jour de nouveaux développements, et les militants pro-BDS dans le monde, s’ils en sont des cibles privilégiées, n’en ont pas l’exclusivité : les Israéliens sont également visés par leur propre gouvernement, qui s’alarme de les voir de plus en plus nombreux à soutenir le boycott.

Le Ministre israélien des “Affaires stratégiques” Gilad Erdan – dont Jan Jambon, le ministre de l’Intérieur belge (N-VA, droite extrême) paraît apprécier beaucoup la compagnie (voir photo ci-dessous : un tweet remontant à novembre 2016) – qui avait déjà mis sur pied une “unité de renseignement” chargée de collecter des informations sur les militants BDS étrangers, veut désormais en faire autant pour ficher les militants israéliens.

C’est ce qu’indique Barak Ravid, dans Haaretz ce 21 mars.

Erdan veut créer une base de données des citoyens israéliens qui sont “impliqués dans la promotion et le soutien au boycott, au désinves­tisse­ment et aux sanctions contre Israël ou les colo­nies” juives en Cisjor­danie.

Des hauts fonctionnaires israéliens ont fait remarquer que l’Attorney Général Avichai Mendel­blit est fermement opposé à ce projet de Erdan, car il estime que le Ministre des “Affaires stratégiques” ne dispose d’aucune compé­tence légale pour collecter des informations sur des citoyens israéliens.

Il y a semble-t-il plusieurs mois qu’Erdan – qui est responsable de la coordination des efforts du gouvernement israélien pour riposter à la campagne BDS – tente de faire progresser son idée. Il s’en est notamment entretenu avec son collègue du Ministère de la Justice.  Selon des hauts fonctionnaires anonymes cités par Haaretz, la base de données rêvée par Erdan serait principalement alimentée par des informations provenant de “sources publiques” telles que Twitter et Facebook. Cela n’empêche que l’Attorney General adjoint Avi Licht a fait circuler un avis juridique dans lequel il estime qu’une telle collecte d’informations sur les opinions de citoyens israéliens, fussent-elles uniquement puisées à des sources publiques, serait illégale.

Néanmoins, au cours d’une réunion du “cabinet de sécurité” du gouvernement Netanyahou, il y a quelques jours, Erdan a souligné – selon Haaretz – que “beaucoup de citoyens israéliens sont impliqués dans le soutien et l’encouragement des boycotts visant Israël et coopèrent avec les militants BDS étrangers contre lequels son ministère doit agir”.

Un haut fonctionnaire qui a assisté à cette réunion affirme que Erdan a souligné que l’intention n’est pas de rassembler massivement des informations sur un très grand nombre de personnes, mais de cibler “les militants BDS importants”, c’est-à-dire à son avis “quelques douzaines de personnes”. Mais Mandelbilt a rappelé au gouvernement, y compris à Netanyahou, que la seule organisation officielle habilitée à collecter ce type d’informations sur des Israéliens et le Shin Bet, et que “le mise en place d’une base de données dans laquelle seraient collectées des informations [de cette nature] sur des citoyens israéliens mettrait en péril leur droit à la vie privée”. Mais certains ministres s’étonnent que l’Attorney général soit aussi catégoriquement opposé au projet et “ne voient pas quel est le problème que pose la collecte d’informations qui sont déjà publiques”.

Cette dernière initiative en date de Erdan s’inscrit dans une série déjà longue de mesures contre les militants BDS, à commencer par la constitution de fichiers sur les militants BDS dans le monde (en premier lieu les États-Unis, vu l’importance stratégique de ce pays pour Israël), afin de faciliter leur expulsion d’Israël s’ils s’y rendent et éventuellement d’engager des actions judiciaires contre eux.

En décembre, Erdan avait suggéré à son collègue du Ministère des Finances de créer une base de données pour créer une liste noire d’entreprises et d’organisations favorables au boycott des colonies juives de Cisjordanie, afin de les écarter des appels d’offres lancés par les pouvoirs publics israéliens. Erdan a également joué un rôle actif pour l’adoption de la plus récente loi pour interdire l’accès aux territoires contrôlés par Israël à toute personne qui soutient le boycott.

 

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