Apartheid post mortem : body bag noir, c’est un arabe (donc terroriste), body bag blanc, c’est un Juif…

Le Jerusalem Post d’aujourd’hui décrit la mise à mort d’un homme par deux soldats de l’armée israélienne après, selon les dires de ces soldats, qu’il ait eu une conduite erratique et qu’il ait tenté de leur arracher un de leurs fusils. quand il a été abattu par l’armée, dit l’article, il fut « considéré comme un terroriste arabe« .

Israeli policemen check the body of a Palestinian man, who attempted to stab paramilitary police and was shot dead according to an Israeli police spokeswoman, at an entrance to Jerusalem's walled Old City

Mais il est apparu qu’il ne s’agissait pas d’un « terroriste arabe » mais bien d’un Juif israélien. Et dès qu’on l’a appris, l’appellation « terroriste arabe » a été officiellement annulée :

«Ce n’est qu’après que l’homme ait été neutralisé qu’il est apparu qu’il s’agissait d’un Juif de Jérusalem, a conclu la police…

Le Président du service de secours ZAKA, Yehuda Meshi Zahav, qui s’est rendu sur place, a dit que lui aussi a initialement pensé que le suspect était un terroriste arabe. “Quand je suis arrivé sur les lieux de l’attaque terroriste présumée avec l’équipe du ZAKA, cela avait l’air d’être une attaque terroriste ‘classique’, une tentative de poignardage, et le terroriste avait été arrêté”, explique-t-il.

Je voulais envelopper le corps dans sac noir [réservé aux “terroristes”]. Après qu’on m’ait demandé de m’occuper du corps, je me suis rendu compté que c’était un Juif, et que c’est par erreur qu’on parlait d’un terroriste. J’ai immédiatement averti la police, et on a remplacé le sac noir par un body bag blanc du ZAKA.»

Cette histoire a été relevée par Remi Brulin, le chercheur de la NYU (New York University) dont les travaux sont consacrés au « discours sur le terrorisme » et ont amplement démontré que le terme est un « concept vide » qui, depuis l’origine, est utilisé à des fins de propagande. Il est difficile d’imaginer un incident qui puisse plus irréfutablement démontrer cela que cette phrase : « Je voulais envelopper le corps d’un sac noir [réservé aux “terroristes”]. Après qu’on m’ait demandé de m’occuper du corps, je me suis rendu compté que c’était un Juif, et que c’est par erreur qu’on parlait d’un terroriste. J’ai immédiatement averti la police, et on a remplacé le sac noir par un body bag blanc du ZAKA. »

Quand ils pensaient qu’il s’agissait d’un Arabe palestinien, il a été étiqueté « terroriste » et à la seconde où ils ont réalisé qu’il était un Juif israélien, l’étiquette a été instantanément arrachée pour cette unique raison, alors que les faits dont il s’était rendu coupable étaient les mêmes. Cela résumé parfaitement le caractère infiniment maléable du concept de « terrorisme » et son utilisation à des fins de propagande. Comme l’avait déclaré Rudy Giuliani [1] en 2007, comme on lui demandait si le waterboarding (noyade simulée au cours d’un interrogatoire) était de la torture : « Ça dépend de qui le fait »


[1] ancien maire Républicain de New York. Il a été l’un des favoris pour l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de 2008 avant de se retirer et d’apporter son soutien au sénateur John McCain. – NDLR

Source : The Intercept
Traduction : Luc Delval – Le titre est de la rédaction du site.

Glenn_GreenwaldGlenn Greenwald Glenn Greenwald est un journaliste politique, avocat, blogueur et écrivain étatsunien.
À partir de 2013, il commence à publier les révélations d’Edward Snowden sur les programmes de surveillance de masse des citoyens, entreprises et États du monde entier par la NSA.

Il est actif sur Twitter : @ggreenwald

Print Friendly, PDF & Email