Amnesty demande une enquête sur les abus contre les grévistes de la faim palestiniens

En réponse à l’accord qui voit 2.000 Palestiniens détenus dans des prisons israéliennes suspendre une longue grève de la faim après qu’Israël a accepté plusieurs mesures destinées à améliorer les conditions de détention, Ann Harrison, directrice adjointe d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, a déclaré :

« Nous espérons que ces engagements se traduiront, de la part des autorités israéliennes, par une nouvelle approche s’appuyant sur le respects des droits de l’homme des prisonniers.

« Toutefois, 2.000 prisonniers et détenus ne devraient pas exposer leur santé afin de garantir que l’on respecte leurs droits de l’homme, droits que les autorités israéliennes ne cessent de violer depuis des années.

« Ces violations répétées par les Services carcéraux israéliens (IPS) à l’encontre des prisonniers en grève de la faim requièrent une enquête complète, indépendante et impartiale, et les responsables de ces violations doivent être amenés à rendre des comptes.

« Une tel confinement prolongé en isolement – s’appuyant sur des informations non divulguées aux prisonniers et à leurs avocats – est une violation de leur droit à un procès dans les règles et constitue un traitement cruel, inhumain et dégradant.

« Les personnes qui ont été en grève de la faim entre 5 et 11 semaines au centre médical des IPS de Ramleh doivent être transférées immédiatement vers un hôpital civil jusqu’à ce que leurs vies ne soient plus en danger et elles doivent être traitées humainement à tout moment.

« Les engagements signalés d’Israël vis-à-vis de l’accord, de ne pas renouveler les ordres de détention des actuels détenus administratifs à moins que ne soient présentés de nouveaux renseignements et informations importants, ne satisfont pas à ces recommandations, mais devraient – en cas d’application – constituer une première étape vers l’observance par Israël de ses obligations internationales en matière de droits de l’homme. »

Amnesty et les organisations locales des droits de l’homme ont répertorié des violations répétées de la part des IPS à l’égard des détenus en grève de la faim depuis que le détenu administratif Khader Adnan a entamé une grève de la faim en décembre 2011. Ces violations comprennent le fait de punir des détenus en grève de la faim d’enfermement en isolement et de leur imposer des amendes punitives, de leur refuser des soins médicaux urgents, d’empêcher l’accès aux détenus à des médecins et avocats indépendants, d’interdire les visites familiales, de se livrer sur les personne des détenus à des agressions physiques et de leur administrer des soins, y compris des injections, de force et contre leur volonté.

Amnesty est également préoccupé par le fait que, ces dernières semaines, les forces et la police israéliennes ont recouru à un usage excessif de la violence contre des protestataires non violents manifestant en solidarité avec les prisonniers et grève de la faim, et ce, aussi bien en Cisjordanie qu’en Israël même.

En ce qui concerne l’accord négocié avec l’Égypte, Israël a accepté de mettre un terme à l’enfermement solitaire de 19 prisonniers – détenus en isolement durant des périodes allant jusqu’à 10 ans – et de lever l’interdiction des visites des proches pour les prisonniers de la bande de Gaza, entre autres. Les prisonniers sont censés être transférés à la fin de cette semaine dans des cellules où ils seront en contact avec d’autres détenus. Amnesty a réclamé à plusieurs reprises une reprise des visites familiales pour les prisonniers de Gaza, visites qui avaient été complètement suspendues en juin 2007.

Contexte :

La détention administrative est une procédure sous laquelle les détenus sont gardés, sur ordre militaire et sans mise en  accusation ou procès, durant des périodes allant jusqu’à six mois et renouvelables indéfiniment.

S’appuyant sur des réglementations décidées à l’origine sous le Mandat britannique, Israël recourt à cette mesure contre ses citoyens depuis 1948 et, depuis 1967, contre des milliers de Palestiniens des territoires palestiniens occupés. Les ordres s’appuient sur des informations secrètes qui ne sont pas révélées aux détenus ou à leurs avocats, refusant ainsi aux détenus la possibilité d’exercer efficacement leur droit à de préparer leur défense juridique.

Fin avril 2012, quelque 308 Palestiniens étaient détenus en détention administrative, selon les statistiques des IPS. Certains sont détenus en qualité de prisonniers d’opinion, d’autres sont détenus en isolement en raison de leur exercice pacifique de leurs droits à la liberté d’expression, d’association ou d’assemblée.

Depuis de nombreuses années, Amnesty insiste auprès d’Israël pour qu’un terme soit mis à cette pratique et pour que soient libérés les détenus administratifs, à moins qu’ils ne soient accusés d’un délit criminel reconnaissable et promptement jugés en fonction des normes internationales.

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