« Aliya » : les dernières réserves… ?

Un de ces jours en uniforme avec une mitraillette Uzi au checkpoint de Qalandiyah... ?

Le gouvernement israélien a approuvé à l’unanimité, dimanche, un plan visant à organiser l’immigration de 7.846 personnes de la communauté éthiopienne des “Falashmura” en quatre ans.

Mais comme avec le gouvernement Netanyahou les considérations ethnico-raciales sont toujours au rendez-vous, contrairement aux 15.000 « Falashas« , dont Israël avait mis en scène avec fracas l’exfiltration en 1991, ils ne seront pas admis au titre de la “loi du retour” israélienne – qui donne à tout juif, où qu’il se trouve, de s’installer en Palestine et d’obtenir la nationalité israélienne – mais “seulement” de la législation sur la “réunification des familles”.

Une fois en Israël, ils devront donc d’abord se convertir au judaïsme en respectant les exigences du grand rabbinat, après quoi ils pourront demander leur naturalisation. Ensuite, peut-être, on pourra rencontrer au checkpoint de Qualandiyah le jeune homme que l’on voit sur la photo ci-dessus, en uniforme de l’armée israélienne et armé d’une mitraillette, et le voir réclamer avec mépris et brutalité leur “ID” à des automobilistes Palestiniens nés à Naplouse, Al-Khalil (Hébron) ou Bethléem, et leur refuser le passage.

Qui sont ces “Falashmura” ? Ils font partie de la “communauté juive” d’Éthiopie… dont la moitié des quelque 100.000 membres sont en fait des chrétiens, supposés avoir “une ascendance juive” remontant au XIXème siècle, et auxquels certains groupe de pression chrétiens fondamentalistes américains accordent une attention particulière, tout comme le parti ultra orthodoxe sépharade Shas qui espère convertir ces nouveaux adeptes du judaïsme en électeurs fidèles.

Selon l’anthropologue Lisa Antéby-Yémini, cité par le site du “Centre Communautaire Laïc Juif”,  « une fois converti *, un Falashmura a le droit, grâce au système de réunification familiale, de faire venir tous ses enfants issus de plusieurs mariages. Concrètement, chaque Falashmura fait venir en moyenne 22 personnes dont la plupart n’ont aucune ascendance juive. Nombre de responsables juifs éthiopiens de la première vague de migration étaient et restent opposés à l’arrivée des Falashmura. Selon eux, ce sont des opportunistes qui se sont convertis au christia­nisme au 19e siècle pour avoir une vie meilleure et qui, maintenant, se convertissent au judaïsme afin de pouvoir émigrer en Israël et bénéficier de toutes les aides gouvernementales. Pour certains, l’arrivée massive des Falashmura a signé l’échec de l’immigration juive éthiopienne, d’autant que les Falashmura ont en partie pris l’ascendant dans la communauté ».

Un de ces jours en uniforme avec une mitraillette Uzi au checkpoint de Qalandiyah... ?
Un de ces jours en uniforme avec une mitraillette Uzi au checkpoint de Qalandiyah…?

Sous l’influence du Shas, le gouvernement israélien les accueille donc, mais avec parcimonie : ce n’est pas le “matériel humain”  idéal (pour utiliser la terminologie des sionistes à l’époque des persécutions nazies en Europe, où il s’agissait pour eux d’opérer une forme tri entre les “juifs utiles” qu’il fallait arracher en priorité aux griffes d’Hitler et les autres), mais faute de mieux ils représentent quand même un réservoir d’immigration utile.

En effet, il n’existe plus de par le monde de grand “réservoir” de juifs susceptibles de faire leur “aliya”, comme ce fut le cas naguère avec l’URSS (dont la majorité des citoyens juifs choisirent, quand ils en eurent la possibilité, et malgré les pressions extrêmes auxquelles ils furent soumis, de ne pas s’installer en Israël). Quant au flux d’immigration venant des pays développés, il est pour le moins faiblard en dépit des avantages offerts aux candidats (faute de pouvoir compter sur leur idéalisme sioniste, Israël “achète” ses immigrants juifs).

Or, on sait que la hantise majeure des dirigeants israéliens est d’assurer durablement la supériorité démographique de la population juive, dont la croissance démographie est faible. L’immigration des Falashmura permet donc d’y suppléer quelque peu (si on tient compte du coefficient multiplicateur évoqué par Lisa Antéby-Yémini, l’immigration de 7.846 personne permettrait un accroissement de population de 172.600 personnes à terme), et apportera un réservoir de main d’œuvre à bon marché et de miliciens auxquels l’armée israélienne réservera le plus souvent les tâches les moins gratifiantes.

En circulant en Cisjordanie occupée, on constate souvent en effet que les soldats qui passent des heures et des heures à contrôler les papiers des passagers des véhicules palestiniens sont des “éthiopiens”, des “misrahim” issus d’une civilisation paisiblement enracinée depuis des millénaires en Orient, et que le sionisme inventé par des juifs ashkénazes soumis aux persécutions de l’antisémitisme européen a réussi à éradiquer en deux ou trois générations.

L.D.                     


* détail capital (souligné par nous) qui confirme le caractère profondément discriminatoire et anti-démocratique de tout le processus.

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