L’U.E. durcirait le ton vis-à-vis d’Israël, mais sans aller ni jusqu’à la cohérence ni jusqu’au réalisme

L’Union Européenne (U.E.) publiera-t-elle lundi, à l’issue de la réunion mensuelle du conseil des Ministres des Affaires étrangères des 28, une nouvelle résolution “dure” concernant les colonies israéliennes en Cisjordanie et sur le plateau du Golan ? C’est ce que semble craindre le gouvernement israélien, et qu’il tente d’empêcher au prix d’une activité diplomatique que le quotidien israélien Haaretz qualifie de “frénétique.

On se souviendra de l’échec cuisant des efforts israéliens pour tenter de bloquer l’adoption et la publication des “lignes directrices” de l’U.E. concernant l’étiquetage des produits provenant des colonies juives établies dans les territoires palestiniens occupés.

Le projet de résolution qui pourrait être adopté par les Ministres des Affaires étrangères de l’U.E. s’annonçait jusqu’il ya peu, écrit Haaretz, “plutôt modéré”, mais le texte est devenu “progressivement de plus en plus dur pour Israël”, notamment sous l’impulsion de la Suède et de l’Irlande et malgré les réticences de l’Allemagne, selon les confidences à Haaretz des diplomates israéliens qui suivent l’affaire de très très près.

Les diplomates israéliens se lamentent, car «les amis d’Israël ne sont pas en mesure de résister» à la pression des autres pays de l’U.E.. Cela semble indiquer que Netanyahou et la bande d’illuminés radicalisés avec qui il gouverne sont parvenus à exaspérer jusqu’aux plus complaisants et aux plus “judéophiles” des dirigeants européens.

EU foreign police chief Federica Mogherini with Slovakia's FM Miroslav Lajcak, Irish FM Charles Flanagan and Belgium's FM Didier Reynders at EU foreign ministers meeting. December 14, 2015.(AP)
Federica Mogherini en compagne du Ministres des Affaires étrangères de Slovaquie Miroslav Lajcak, de Didier Reynders et du Ministre irlandais Charles Flanagan, en décembre 2015.(AP)

Va-t-on pour autant vers la seule décision cohérente qui mettrait l’U.E. en conformité avec ses obligations juridiques, à savoir l’interdiction pure et simple des produits des colonies sur le marché européen ?

C’est extrêmement peu probable. La résolution pourrait, selon Haaretz, contenir les points principaux suivants  :

  • la réaffirmation de la position de principe constante des pays européens : «l’Union Européenne continuera à faire une distinction explicite et sans équivoque entre Israël  et tous les territoires occupés en 1967». C’est bien le moins.
  • la confirmation  que les accords conclus entre Israël et l’Union Européenne «ne sont applicables qu’à l’État d’Israël», à l’exclusion des colonies. Entre autres choses, l’escroquerie douanière consistant à faire passer pour “made in Israël” des produits des colonies devrait donc enfin prendre fin.
  • l’affirmation de l’engagement de tous les États membres de l’U.E. en ce qui concerne la mise en œuvre effective et complète des réglementations et des accords applicables aux produits des colonies. Il s’agit notamment des récentes “lignes directrices” concernant l’étiquetage, qui n’auront d’effet concert que pour autant qu’elles soient transcrites dans le droit interne de chaque État membre. Les États membres s’engageraient donc, les uns envers les autres, à le faire (des réticences avaient été exprimées à ce propos notamment au sein du parti d’Angela Merckel).
  • L’U.E. réaffirmerait que ses décisions sur l’étiquetage n’ont pas le caractère de sanctions.
    Elle a toujours dit qu’il s’agissait d’une “décision purement technique”, ce qui est à la fois absurde et ridicule : rien de ce qui concerne Israël et la Palestine n’est “purement technique”, et si tel était exceptionnellement le cas il faudrait s’inquiéter qu’une “décision purement technique” aussi simple ait nécessité trois ans de tractations… Mais on est prié de faire semblant d’y croire.
  • L’U.E. se déclarerait opposée à l’idée d’un boycott d’Israël, et réaffirmerait sa volonté de «protéger la viabilité de la “solutions à 2 États”», qui sur le terrain est devenue impraticable, qui est juridiquement aberrante (notamment car elle néglige les droits des réfugiés palestiniens) et dont les dirigeants israéliens ne cessent de répéter sur tous les tons qu’ils n’en veulent à aucun prix. Mais on feindra donc de l’ignorer encore un peu.
    L’U.E. est pourtant bien obligée de constater que la “solutions à 2 États” est “constamment érodée par de nouveaux faits sur le terrain” (la poursuite constante de la colonisation), mais elle ne semble toujours pas décidée à en tirer les conclusions qui s’imposent : l’autisme qui lui tient lieu de politique serait donc une fois de plus confirmé. On achète du temps, en attendant le pire.
  • L’Union Européenne appuierait la proposition de la France – dont il faut rappeler que le Premier ministre ne manque pas une occasion de manifester qu’il est “lié de manière éternelle” à Israël, et dont le Président a donné à ses rapport amicaux avec Netanyahou un affichage public écœurant – de constituer un “groupe de soutien” chargé de promouvoir le “processus de paix” qui n’existe que dans ses rêves et pour la relance de “négociations multilatérales entre Israël, les Palestiniens et les États arabes”. En d’autres termes, on met autour d’une table une demi-douzaine de représentants de gouvernements hostiles aux Palestiniens, et on parle de “paix” avec un gouvernement israélien fascisant ? Brillante idée…
  • Les pays européens appelleraient Israël à faire “un usage proportionné” de la force, alors que la puissance occupante a, en droit international, une obligation de protéger la population du territoire occupé (dont d’ailleurs elles est supposée depuis novembre 1967 retirer ses troupes), et non d’user à son égard de violence, “proportionnée” (à quoi ?) ou pas.

Suite au prochain numéro de clown…

L.D.

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