Témoignage sur la collaboration entre les forces israéliennes et celles de l’Autorité palestinienne

Un manifestant éloigne une grenade lacrymogène lors d'un raid israélien sur Bethléem. (Dan Cohen)

Lors du raid de Bethléem, « Israël et l’Autorité palestinienne sont ensemble »

La coordination continue entre les forces de l’armée israélienne et celle de l’Autorité palestinienne a été on ne peut plus évidente lors d’un raid récent effectué sur la ville de Bethléem, en Cisjordanie occupée.

Vendredi 14 mars, vers 19 heures, la police frontalière israélienne a lancé un assaut contre la ville, depuis l’enceinte militaire du Tombeau de Rachel. Il n’a pas été possible de joindre le porte-parole de la police pour des compléments d’information.

Un manifestant éloigne une grenade lacrymogène lors d'un raid israélien sur Bethléem. (Dan Cohen)
Un manifestant éloigne une grenade lacrymogène lors d’un raid israélien sur Bethléem. (Dan Cohen)

L’attaque s’est produite lors de la soirée finale de la conférence du « Christ au Check-point », qui était organisée par des chrétiens palestiniens pour informer les Églises mondiales sur la réalité de l’injustice à laquelle sont confrontées les personnes vivant sous occupation. La conférence avait accueilli plus de 600 personnes et avait été qualifiée de « grave menace à long terme aux yeux de la sécurité israélienne » par le ministre israélien des Affaires étrangères, rapportait Israel Today.

Je suis arrivé après le début de l’attaque. De leurs hôtels, des touristes internationaux observaient les gaz lacrymogènes se répandant dans l’atmosphère. Quelques-uns, curieux, s’étaient aventurés à l’extérieur pendant les moments d’accalmie.

Une quinzaine de jeunes Palestiniens étaient dans une rue près de l’hôtel Continental, le site de la conférence. Ils guettaient derrière les murs et jetaient des pierres. La police frontalière israélienne a tiré plusieurs dizaines de grenades lacrymogènes, dont une a atterri au-dessus de l’entrée de l’hôtel Saint-Michel. Une autre a heurté un bus. Une jeune fille souffrait d’avoir inhalé du gaz et un homme l’a transportée à l’intérieur de ce même hôtel.

J’ai remonté la rue à pied en direction des policiers frontaliers afin de les photographier de côté. L’un des policiers a essayé d’engager la conversation, me demandant : « Vous venez d’où ? » Tout en tirant une grenade lacrymogène, il a crié : « Peace and love ! Je suis le héros du jour ! »

Les forces israéliennes ont également tiré des balles en caoutchouc.

Les soldat israéliens et les officier de l’Autorité palestinienne sont en liaison constante. (Dan Cohen)

Bien que l’attaque israélienne ait été plutôt du même genre que contre les manifestations en Cisjordanie, les événements qui ont suivi mettent particulièrement en évidence la coordination entre l’armée israélienne et l’Autorité palestinienne installée à Ramallah.

Créé par Oslo

L’Autorité palestinienne (AP) a été créée par les accords d’Oslo signés par Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) il y a vingt ans afin de faire fonction de corps gouvernemental provisoire au cours des années terminales des négociations politiques.

La Cisjordanie a été divisée en trois zones : A, B et C. Dans la zone A, qui comprend les grands centres de population, l’AP assume la pleine responsabilité de l’administration civile et de la sécurité. Toutefois, l’armée israélienne effectue régulièrement des incursions dans cette zone A, en violation des accords d’Oslo.

En zone B, la sécurité est partagée entre l’armée israélienne et l’AP, bien que cette dernière soit responsable des services de l’administration civile. En zone C, le gouvernement militaire israélien contrôle les services de l’administration tant militaire que civile.

Les négociations terminales n’ont jamais eu lieu et le statu quo s’est poursuivi, comme l’a révélé clairement le raid sur Bethléem.

n officier de l'Autorité palestinienne adresse des signes à ses hommes tout en téléphonant, sans doute au soldat israélien de la tour de guet. (Dan Cohen)
n officier de l’Autorité palestinienne adresse des signes à ses hommes tout en téléphonant, sans doute au soldat israélien de la tour de guet. (Dan Cohen)

« Que pouvons-nous faire ? »

A 19 h 50, le commandant israélien a ordonné à la police de se retirer dans l’enceinte militaire. A une minute de la fermeture du portail, un véhicule des forces sécuritaires de l’Autorité palestinienne (AP) est arrivé sur place et un officier en est sorti. Il a traversé l’espace directement en face de la tour de guet israélienne. Comme j’étais à quelques mètres à peine de lui, je l’ai observé en train de parler dans son téléphone portable. J’ai ensuite levé les yeux vers la tour de guet et j’ai aperçu un policier israélien occupé lui aussi avec un téléphone portable.

L’officier de l’AP a ensuite écarté son GSM de son visage pour regarder l’écran, comme si la communication avait été interrompue. J’ai regardé le policier israélien dans la tour : il a fait le même geste avec son GSM. L’officier de l‘AP a alors souri et adressé un signe au policier israélien.

Un adolescent qui manifestait a remonté la rue en courant et a jeté des pierres en direction de la tour de guet. A cela, il est typique que l’armée israélienne réagisse avec violence. Au lieu, l’officier de l’AP a isolé le lanceur de pierres et l’a forcé à redescendre la rue.

Au contraire de la police frontalière, un officier de l’AP nous a enjoint, à d’autres journalistes et à moi-même, de ne pas prendre de photos.

Quelques minutes plus tard, d’autres agents de l’AP sont arrivés dans des camions et ont repoussé les manifestants, mettant pour de bon un terme à la manifestation.

Bien que l’AP ait la réputation de se montrer brutale envers les manifestations palestiniennes, cet incident s’est plutôt déroulé sans bavures. Les jeunes manifestants se sont retirés, à la satisfaction des forces de l’AP.

Un jeune manifestant a joint ses deux index en parallèle et a secoué la tête en disant : « Israël et l’AP sont ensemble. Que pouvons-nous faire ? »


Publié sur The Electronic Intifadah le 22 avril 2014.
Traduction : JM Flémal.

Dan Cohen est un journaliste indépendant installé en Palestine.

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