L’écrivain israélien Amos Oz pratique l’auto-boycott

Amos Oz, 76 ans, poète, romancier est essayiste israélien, dont l’œuvre a été couronnée de nombreux prix, qui est aussi professeur de littérature à l’université Ben Gourion de Beer-Sheva et co-fondateur du mouvement “La Paix Maintenant”, compte parmi les intellectuels les plus influents en Israël.

Il est de ces “sionistes de gauche” qui – selon la définition qu’en donne assez justement Henri Goldman sur son blog – «auraient bien voulu le beurre – la création d’un État juif au cœur du Proche-Orient arabe – mais qui refusent obstinément l’argent du beurre – une occupation qui n’en finit plus, la colonisation, la mise en coupe réglée de tout un peuple soumis à l’apartheid sur sa propre terre ainsi que la déchéance éthique d’une société – la sienne – qui se voulait la plus morale du monde au nom de sa propre histoire». L’année dernière, Amos Oz avait créé la polémique en qualifiant de « néo-nazis hébreux » les extrémistes juifs responsables de violences contre des musulmans et des chrétiens.

On conçoit aisément que la politique du gouvernement Netanyahou actuel, le plus à droite de toute l’histoire d’Israël, ne ravit pas Amos Oz, et que la dégradation constante de l’image de son pays à l’étranger a de quoi l’alarmer.

Il a donc fait savoir, il y a quelques jours que désormais il évitera les réceptions officielles régulièrement organisées par les ambassades israéliennes en son honneur, en signe de protestation contre la politique « extrémiste » du gouvernement.

«Quand, de temps en temps, mes livres sont traduits à l’étranger, les éditeurs m’invitent à assister au lancement», a-t-il dit au quotidien israélien Maariv. «Vu l’extrémisme grandissant au sein de la politique actuelle du gouvernement dans divers secteurs, j’ai informé mes hôtes que je préférais ne pas être invité à des événements organisés en mon honneur dans les ambassades israéliennes à l’étranger».

Le ministère israélien des Affaires étrangères a refusé de commenter l’information. «Compte tenu de notre haute estime et respect pour Amos Oz, nous avons choisi de ne pas réagir» a indiqué à l’AFP le porte-parole du ministère Emmanuel Nahshon.

Mais Amos Oz a aussi affirmé – rapportent les médias israéliens –  que malgré sa prise de position contre le gouvernement  Netanyahu il demeure opposé à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). «Je m’oppose fermement au BDS et à l’idée du boycott d’Israël», a dit l’écrivain au Jerusalem Post, soulignant que «[sa] décision est dirigée contre le gouvernement et non contre mon pays».
Le grand écrivain paraît donc ignorer que les ambassades sont supposées représenter des États et non des gouvernements…

Voilà qui une nouvelle fois résume et symbolise formidablement toute l’ambiguïté et les contradictions des “sionistes de gauche”, dont il existe, en dépit de leur rareté croissante, une infinie variété. C’est la “gauche sioniste” qui a été le moteur de la création de l’État d’Israël avant 1948, qui a structuré et organisé la dépossession de la population palestinienne, qui a nié son identité et jusqu’à son existence et réprimé dans le sang ses révoltes, qui a dirigé le nouvel État pratiquement sans partage jusqu’en 1977, qui a donné l’impulsion initiale à la colonisation de la Cisjordanie et de Gaza, etc…

Et c’est elle encore qui se proclame « pour la paix » en brandissant l’étendard de ses valeurs morales, à la manière du braqueur qui proposerait au banquier qu’il tient en respect avec une arme de gros calibre de devenir son copain, de tout oublier du passé, mais à la condition qu’il puisse conserver le butin et qu’on n’en parle plus jamais.

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