Le nouveau tour de passe-passe de Netanyahou

Commentant, dans Haaretz, le projet prêté au premier ministre israélien Benjamin Netanyahou de proposer prochainement un retrait partiel – très partiel, sans remettre en cause ni les colonies juives de Cisjordanie ni même les « avant-postes » [1], sans transfert de population et surtout sans reconnaître la souveraineté palestinienne – Zvi Bar’el l’analyse comme « une proposition apparente d’appliquer un article de plus de l’accord de Wye [River] [2], qu’il a signé en 1998, mais qui n’a jamais été mis en œuvre« .

« C’est une méthode plaisante : aux Palestiniens et aux Américains, il présentera cela comme des concessions sans précédent, et aux Israéliens il expliquera que ce n’est rien d’autre que l’appli­ca­tion d’un accord qui a déjà été signé, que cela ne crée donc aucun précédent et ne comporte aucune concession« , écrit Zvi Bar’el.

Selon lui, Netanyahou « table sur une réaction automatique des Palestiniens, qui réclameraient tout ou rien. Après tout, ils en ont marre des miettes de propositions, des négociations sans but, de l’escroquerie politique israélienne. Ils font pression pour obtenir un État, et Netanyahou espère qu’en se ruant vers cet objectif ils pourraient tomber dans un nouveau piège, rejeter la proposition d’un retrait partiel et faire le jeu d’Israël. Mais que se passera-t-il s’il acceptent le retrait partiel tout en continuant, dans le même temps, leur efforts en faveur de la reconnaissance [par l’ONU] de leur État ?« 

« Il est donc vrai – poursuit-il – que le retrait limité que Netanyahou propose ne résoudra rien. Il n’est pas une réponse à l’aspiration palestinienne à un État souverain, et le sera pas de nature à bloquer la campagne en vue de sa reconnaissance. Mais il contient un élément très important : la destruc­tion de l’axiome qui veut que « nous resterons inébranlables face à quiconque tentera de nous dicter leurs conditions », et nous rendra le Netanyahou «perméable à la pression» qui avait signé l’accord de Wye [River] ».

Mais en l’état actuel des choses, selon Zvi Bar’el, « Netanyahou ressemble à Assad, à Ali Abdullah Saleh et à Kadhafi  et à d’autres qui dénoncent les ingérences étrangères« . Comme eux, il aspire à une « imper­méabilite nationale » à toute pression venant de l’étranger et à la menace des Palestiniens d’établir leur État, et il est vrai que « des pressions qui viendraient de la Maison-Blanche il n’a rien à redouter. Elles sont inexistantes depuis pas mal de temps« 


[1] Les embryons de colonies que son gouvernement lui-même est supposé considérer comme illégaux mais qu’il encourage de fait et que l’armée d’occupation protège contre les propriétaires palestiniens dont les terres sont volées. (NDLR)
[2] signé le 13 octobre 1998, l’accord de Wye River – centré principalement sur les préoccupations sécuritaires de l’occupant – devait permettre à l’Autorité Palestinienne de récupérer 13% supplémentaires du territoire de la Cisjordanie dans les 3 mois.
Le transfert de territoire n’a jamais eu lieu. L’accord fixait la date butoir du 4 mai 1999 pour la conclusion d’un accord sur le « statut définitif » (aucune mention n’est faite d’un État souverain palestinien, bien entendu), des négociations devant reprendre « immédiatement, à un rythme accéléré » et qui plus est « permanent et ininterrompu » !!  On sait ce qu’il en a été.
Mais bien entendu Israël a comme de coutume retenu uniquement ce qui lui convenait de cet accord (comme de tous les autres) et a exigé le respect des dispositions rendant l’A.P. responsable de prendre « toutes les mesures nécessaires pour prévenir les actes de terrorisme, les crimes et les hostilités dirigés contre la partie israélienne, contre les particuliers placés sous l’autorité de la partie israélienne et contre leurs biens » et de réprimer « toute incitation à la violence de la part des organisations, des groupes et des individus relevant de leur juridiction » contre l’occupant. (NDLR)

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