Belle expérience syndicale de solidarité avec la Palestine

Eddie Whyte (à gauche) a contribué à maintenir l'attention des syndicalistes norvégiens sur la Palestine. (Campagne écossaise de solidarité avec la Palestine)

«Gardez à coup sûr la Palestine à l’ordre du jour », déclare un militant ouvrier norvégien

Eddie Whyte (à gauche) a contribué à maintenir l'attention des syndicalistes norvégiens sur la Palestine. (Campagne écossaise de solidarité avec la Palestine)
Eddie Whyte (à gauche) a contribué à maintenir l’attention des syndicalistes norvégiens sur la Palestine.
(Campagne écossaise de solidarité avec la Palestine)

Au début de cette année,  la Campagne écossaise de solidarité avec la Palestine organisait en marge du Scottish Trade Union Congress (STUC – Congrès des Syndicats écossais) sur la façon dont les militants ouvriers peuvent soutenir la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël. La rencontre a eu lieu juste après que le STUC eut voté pour appuyer la campagne contre G4S, une firme de sécurité qui aide Israël à gérer des prisons dans lesquelles sont détenus des prisonniers politiques palestiniens.

L’un des orateurs du meeting parallèle était Eddie Whyte, un militant syndical de Fagforbundet, le syndicat norvégien des employés municipaux et généraux. Fagforbundet est le plus important syndicat norvégien avec plus de 330 000 membres et quelque 500 branches locales.

Whyte a parlé d’un modèle passionnant et efficace de mise en place d’une solidarité intelligente avec la Palestine qui s’est développé au sein de son syndicat ces dernières années. Dans le cadre d’un projet appelé l’Ambassador Corps for Palestine, des militants syndicaux se rendent en Palestine et contribuent à mettre sur pied des campagnes de solidarité dans leur syndicat et dès leur retour.

Whyte était délégué à la toute récente conférence annuelle de Landsorganisasjonen i Norge (L0), le Congrès norvégien des syndicats qui a adopté une déclaration politique musclée de soutien à la Palestine et de campagnes BDS.

L’interview que voici a eu lieu après la rencontre d’avril.

Michael Deas : Pour commencer, pourriez-vous expliquer votre travail au sein du syndicat norvégien et les problèmes domestiques sur lesquels travaillent les syndicats norvégiens ?

Eddie Whyte : Nous organisons les travailleurs dans les écoles à tous les niveaux – primaire, secondaire, troisième niveau, jardins d’enfants et soins de jour, services de santé et services sociaux. Parmi nos affiliés figurent toutes les équipes employées par les municipalités locales et régionales, les hôpitaux, les transports publics et bien d’autres secteurs encore. Je suis le vice-président du syndicat dans le Comté de Vestfold et je suis membre du comité national du syndicat.

La principales question domestique pour l’instant est sans aucun doute les élections parlementaires nationales en septembre. Après près de huit ans et deux périodes d’une coalition progressiste de centre gauche social-démocrate et écolo, il est impératif que le puissant défi orchestré par les partis de droite soit activement contré.

MD : En quoi consiste l’Ambassador Corps for Palestine (ACP) et comment fonctionne-t-il ? Pourquoi la convergence au niveau local est-elle si importante ?

EW : L’ACP a été lancé voici cinq ans après une proposition adressée à notre conférence nationale. Les syndicats norvégiens ont une longue tradition de solidarité internationales et la Palestine a été une région clé pour nous. Pendant tout un temps, nous avons cherché une façon de mobiliser davantage de nos membres autour de la question palestinienne. Précédemment nous avions envoyé des délégations en Palestine pour des missions d’enquête consistant principalement de responsables et d’employés au niveau national. L’idée sous-tendant le modèle ACP est de diffuser à la fois des informations et des activités en Palestine par le biais du syndicat et ce aux trois niveaux organisationnels : local, régional et national.

Chacune de nos organisations régionales a cette fois élu ou désigné un représentant dont la première  responsabilité est de s’assurer que la Palestine soit reprise à l’agenda syndical dans leurs secteurs géographiques respectifs ou niveaux organisationnels. Ce sont les membres de l’ACP. Cela signifie que tous les secteurs géographiques du pays et tous les niveaux organisationnels sont impliqués dans la planification et la concrétisation de notre travail de solidarité en Palestine.

L’une des tâches de l’ambassadeur consiste à voyager en tant que membre d’une délégation d’enquête en Palestine ou dans les camps de réfugiés au Liban, afin de collecter des informations de première main sur la situation. Il convient toutefois de ne pas insister outre mesure sur l’importance de visiter effectivement la région et d’avoir un aperçu de première main de la situation.

A leur retour en Norvège, les ambassadeurs sont tenus d’adresser un rapport à leur niveaux respectifs, d’assurer une conscientisation permanente sur la Palestine et de faire en sorte que les principales questions figurent en permanence à l’agenda du syndicat.

Ainsi chaque secteur régional dispose aujourd’hui d’une personne qui peut visiter les sections locales et les informer des problèmes. C’est une chose que de recevoir la visite d’un responsable syndical qui vous parler de l’importance de la Palestine et c’en est une autre quand cette personne est un représentant de votre propre secteur syndical. Ce fait même accroît la crédibilité dans une certaine mesure.

MD : Qu’a fait le syndicat pour tenter de mettre un terme au soutien financier norvégien à l’occupation ?

EW : Nous avons un dialogue direct avec les hommes politiques du gouvernement norvégien et des réunions ministérielles régulières durant lesquelles on discute des principales questions syndicales. La Palestine est l’une de ces questions. Dans son discours adressé au récent congrès de LO, le ministre norvégien des Affaires étrangères, Espen Bart Eide, a été très clair à propos du soutien gouvernementale à de nombreuses propositions qui devaient être débattues un peu plus tard cette même semaine.

Nous avons aussi un dialogue permanent avec les divers départements gouvernementaux et nous approchons directement ces organisations ou entreprises dont nous savons qu’elles contribuent directement ou indirectement au financement de l’occupation et des violations des droits de l’homme.

Nous avons activement soutenu les campagnes BDS contre le fabricant de cosmétiques Ahava, contre G4S et contre l’accueil par Israël, récemment, du championnat de football des moins de 21 ans de l’UEFA. Nous avons publié un rapport commun avec Norwegian People’s Aid (un groupe qui a des liens avec les syndicats), rapport qui reprend en détail les investissements norvégiens – à la fois gouvernementaux et privés – en Palestine occupée. Il s’agit d’un excellent rapport, très détaillé, citant des noms et expliquant, chiffres à l’appui, la valeur des investissements norvégiens dans l’occupation israélienne.

MD : Durant la rencontre vous avez parlé de développer des façons d’impliquer d’importants nombres de militants syndicaux dans les campagnes BDS. Qu’entendez-vous par là ? Et comment vous y êtes-vous pris pour y arriver ?

EW : La campagne G4S est un bon exemple. Bien sûr, le syndicat au niveau national exerce des pressions sur le siège central de G4S, à la fois en Norvège et au niveau international, mais l’ACP nous permet d’étendre ce travail de campagne tant au niveau régional qu’au niveau local.
Par exemple, nous avons demandé à toutes nos sections locales de contacter leur municipalité locale – dont un nombre considérable de travailleurs sont membres chez nous – et d’insister pour que l’argent des contribuables ne soit pas mal utilisé en aidant une firme qui tire des profits finaciers en contribuant à l’occupation illégale, aux violations des droits de l’homme et l’oppression des Palestiniens. Les syndicats locaux sont également encouragés à faire pression sur les entreprises locales qui ont des contrats avec G4S afin de les conscientiser des activités de la firme en Palestine occupée et de son rôle dans les violations des droits de l’homme.
Nous sommes également parvenus à accroître la conscientisation autour des produits Ahava et de leur connexion directe avec l’occupation illégale de Mitzpe Shalem (une colonie israélienne en Cisjordanie). Il en a résulté que leurs marchandises ont été retirées de la chaîne de magasins Vita, l’une des plus importantes de Norvège. Dans une déclaration faite à l’époque, la compagnie a dit que c’était une décision prise sur le principe de non-contribution aux violations des lois internationales.

MD : Comment, Fagforbundet a-t-il contribué à réunir différentes organisations en Norvège ?

EW : De nombreuses organisations différentes travaillent autour de la Palestine en Norvège et au niveau international. Divers partis politiques, quelques excellents groupes de solidarité, des organisations des droits de l’homme, des groupes écclésiastiques, des groupes de jeunes, des groupes féministes.
Le mouvement syndical peut être l’organisation coordinatrice qui unit ces organisations. Nous avons les ressources et le savoir-faire politique pour que cela fonctionne. En Norvège, par exemple, nous avons d’excellentes relations de travail avec Norwegian People’s Aid, qui est l’organisation humanitaire du mouvement ouvrier pour la solidarité. Une grande partie de notre travail en Palestine consiste en une joint-venture avec la NPA et d’autres organisations.

MD : Partout dans le monde, il y a des syndicalistes qui oeuvrent à mettre sur pied des campagnes de boycott et une solidarité efficace au sein même de leurs syndicats. Quelles sont les choses les plus importantes que vous avez apprises et quels conseils pourriez-vous donner ?

EW : Organisez ! Utilisez votre expérience syndicale et votre capacité d’organisation. L’implication de votre syndicat dans la lutte palestinienne ne devrait pas se limiter à des déclarations lors des congrès annuels et des conférences de solidarité.
En tant que syndicalistes, nous avons une tradition solide pour approuver des mesures et adresser des demandes au niveau national et nous devons absolument continuer à le faire. Il nous faut également déplacer notre centre d’intérêt vers le militantisme actif et utiliser notre expérience de représentants syndicaux pour mobiliser en faveur de la Palestine.
Et nous sommes très forts pour mobiliser nos affiliés sur les questions importantes. Nous devons faire en sorte que la Palestine devienne l’un des sujets les plus importants.
Il nous faut nous assurer que l’organisation syndicale tout entière en soit pleinement conscientisée. Cela veut dire que les représentants syndicaux au niveau national doivent s’assurer que les représentants syndicaux aux niveaux locaux, provinciaux ou régionaux reçoivent les outils nécessaires pour faire en sorte de pouvoir contribuer activement à la construction d’une organisation  qui puisse faire une différence. Faîtes figurer cela à votre agenda syndical en même temps que les autres sujets importants du jour. Et assurez-vous qu’il y reste.


Publié sur The Electronic Intifadah le 26 juin 2013.
Traduction : JM Flémal.

Michael Deas est le coordinateur pour l’Europe du Comité national palestinien BDS, la coalition de la société civile palestinienne qui opère en tant que référence palestinienne du mouvement BDS contre Israël tant que se dernier ne se conformera pas à la législation internationale.

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