Bain de sang à Gaza – un témoignage d’Inge Neefs

Ambulance in front of Al-Shifa Hospital. Photo: Rose Mishaan)

Griet en IngeInge Neefs (à droite sur la photo) est une des quatre filles belges présentes sur la Flottille fin mai 2010, et elle travaille depuis plusieurs mois à Gaza dans le cadre de l’association ISM (International Solidarity Movement). Voici ce qu’elle écrit le 11 avril sur son site http://ingeinhetbeloofdeland.wordpress.com

Nous vivons en ce début avril l’opération la plus meurtrière contre la population de Gaza depuis le massacre de janvier 2009. 

Le jeudi 7 avril dans l’après-midi, les attaques de l’armée israélienne se sont précipitées : en moins de 72 heures, l’offensive meurtrière a coûté la vie à 18 personnes. La plupart d’entre elles sont des civils. Parmi elles : une mère, sa fille, ses deux enfants, deux hommes plus âgés et quatre membres de la Brigade Al-Qassam. Plus de 60 personnes ont été blessées depuis jeudi. Plusieurs d’entre elles sont toujours entre la vie et la mort.

Entre jeudi après-midi et samedi soir, Gaza a subi des attaques de drones, d’hélicoptères Apache, d’avions de combat F-16 et E-15, d’artillerie de marine dans le Sud et de chars le long de la frontière.

Jeudi après-midi, vers 16 heures, l’armée israélienne a commencé à tirer sur les environs de l’aéroport détruit, au sud-est de Rafah. Des troupes se sont positionnées le long de la frontière et ont tiré une dizaine de grenades d’artillerie, pendant que des hélicoptères Apache ouvraient à leur tour le feu à l’aide de leurs mitrailleuses. Quelques-unes des grenades ont explosé à proximité de trois civils palestiniens qui se trouvaient dans les parages de l’aéroport. Deux d’entre eux, Mohammed Eyada Eid el-Mahmoum (25 ans) et Khaled Ismail Hamdan el-Dabari (17 ans), ont été tués sur le coup, tandis que le troisième, Saleh Jarmi Ateya al-Tarabin (38 ans), décédait le soir même à l’hôpital.

Les troupes israéliennes ont maintenu sous leur feu quelques civils palestiniens qui tentaient de sauver les blessés ; Musaab Mohammed Ubeid Sawwaf (20 ans) a été tué alors que 14 autres civils, dont cinq enfants et un paramédical de l’ambulance, étaient blessés.

Salama El-Dabari est assis sous l’auvent de plastique de la tente, pleurant la mort de son neveu de 17 ans, Khaled Ismail Hamdan el-Dabari, tout en expliquant ce qui s’est passé à un volontaire de l’ISM : « Khaled suivait l’ambulance sur sa mobylette afin d’aider les infirmiers à évacuer les blessés. Dès que les ambulances sont arrivées sur place, un hélicoptère Apache a recommencé à bombarder le secteur. Khaled s’est retrouvé coincé sous sa mobylette, qui avait pris feu au cours du bombardement. Les ambulances n’étaient pas en mesure de l’évacuer immédiatement. Le lendemain matin, on a retrouvé son corps : couvert de brûlures, avec des plaies ouvertes à la tête, un trou dans le ventre, des balles dans les jambes et sans mains. Son père, mon frère, le cherchait mais nous n’avons pas voulu qu’il découvre son fils ainsi et nous l’avons donc renvoyé chez lui, à la maison, avant de pouvoir évacuer le corps de Khaled. »

Salama enchaîne sur l’injustice de tout ce conflit et dit ceci : « Voyez, nous les Palestiniens, nous sommes un peuple pacifique qui tente de sortir de l’occupation afin de pouvoir vivre dans la liberté. Mais nous n’avons pas de force militaire de quelque importance : nous n’avons pas de drones, ni de F-16, nous n’avons rien de tout cet armement moderne d’Israël. Aucune comparaison n’est possible. C’est sans espoir. Personne ne veut rendre justice aux Palestiniens et à leur lutte. »

Ambulance in front of Al-Shifa Hospital. Photo: Rose Mishaan)
Ambulance in front of Al-Shifa Hospital. Photo: Rose Mishaan)

Le jeune Abdel Hadi Jumma el-Sufi (21 ans) est l’un des blessés et il se trouve pour l’instant à l’hôpital Shifa, à Gaza même. Il attend l’opération qui doit extraire les éclats de grenade de ses jambes, de ses poumons et de sa nuque. Abdel regarde d’un air absent le plafond de sa chambre d’hôpital tout en se repassant le déroulement des événements meurtriers qu’il vient de vivre.
« L’un des hommes a été touché dès le début de l’attaque. Donc, mes amis et moi, nous nous sommes dépêchés pour l’approcher et pour l’évacuer. L’homme était mort. Les chars ont continué à nous harceler et ils ont tué un deuxième homme. Nous sommes parvenus à évacuer avec l’ambulance les deux corps et un autre homme, grièvement touché. Un homme est resté à l’arrière, nous n’avons pu arriver à lui à cause de la pluie de balles. Je pense qu’il était encore en vie mais, le matin, l’ambulance a évacué un quatrième corps des lieux. »

Mahdi Joma’a Abu Athra, 20 ans, est plus mal en point encore : le médecin de l’hôpital Europe de Khan Younis parle de lui comme d’un corps déjà mort maintenu en vie artificiellement par des appareils médicaux. Ses oncles sont assis autour de son lit d’hôpital et racontent que, quelques mois plus tôt, Mahdi s’est marié et que sa femme est enceinte, aujourd’hui. Il est toutefois peu probable que Mahdi voie jamais son premier né.

L’un de ses oncles éclate brusquement : « Comment se fait-il que l’Occident est si intéressé à défendre les droits de l’homme en Libye, alors qu’il ne fait strictement rien pour les Palestiniens ? Vous autres, qui venez ici en solidarité avec nous, vous devriez adresser un message clair à vos pays : nous n’attaquons pas Israël, c’est Israël qui nous attaque ! Ce sont eux les terroristes et les criminels ! Nos roquettes sont des feux d’artifice, comparées aux armes d’Israël ! Ils ont des équipements militaires les plus sophistiqués et les plus efficaces qui soient : ils peuvent atteindre leur cible avec une extrême précision. Quand ils tuent des civils, c’est précisément parce qu’ils ont la ferme intention de tuer des civils ! »

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