Apartheid : nouvelles restrictions aux déplacements des Palestiniens

Au petit matin, les travailleurs palestiniens se pressent pour franchir le checkpoint afin d'aller gagner de quoi survivre…
Il semble que devant les remous suscités par les mesures prises par son ministre de la « Défense », Netanyahou ait « suspendu » cette décision. La nouvelle – relayée avec beaucoup plus d’empressement par certains médias qu’ils n’en avaient mis à informer sur la nouvelle étape en direction d’un apartheid pur et dur qui a été franchie – demande cependant encore confirmation.
Quoi qu’il en soit, c’est l’exacte nature du régime facho-sioniste et de la politique qu’entend mener ce gouvernement que traduit cette affaire. La responsabilité des dirigeants de la soi-disant « communauté internationale » quand ils feignent de croire encore qu’Israël est un partenaire possible pour une paix durable est chaque jour un peu plus écrasante.

Ce 20 mai, l’occupant israélien a mis en place de nouvelles mesures décrétées par le ministre de la « Défense » Moshe Ya’alon, afin qu’Israéliens (entendez : les Juifs) et Palestiniens qui empruntent les services de bus voyagent de manière totalement séparée en Cisjordanie.

Les Palestiniens autorisés à aller travailler en territoire israélien (entendez : entre la mer et le mur, qui est en grande partie construit sur le territoire de la Cisjordanie) en passant par les checkpoints de Rayhan, Hala, Eliyahu et Eyal devront désormais obligatoirement retourner en Cisjordanie en passant par le même « checkpoint » que celui par lequel ils seront passés lors du voyage « aller », et ils ne seront plus autorisés à utiliser les lignes de bus israéliennes.

Au petit matin, les travailleurs palestiniens se pressent pour franchir le checkpoint afin d'aller gagner de quoi survivre…
Au petit matin, les travailleurs palestiniens se pressent pour franchir
le checkpoint afin d’aller gagner de quoi survivre…

Les nouvelles restrictions imposés par « l’Administration civile » (nom donné par l’armée à son organe qui gère la population civile sous l’occupation) pourraient allonger le temps de déplacement quotidien de certains Palestiniens d’environ 2 heures, selon des organisations de défense des droits de l’homme qui ont promis de contester ces nouvelles règles devant la Haute Cour de Justice israélienne.

L’administration militaire a cependant pris quelques précautions juridiques. Initialement, la mesure ne devait concerner que le checkpoint de Eyal, mais l’armée a décidé finalement de l’étendre à trois autres checkpoints en espérant que de cette manière il sera moins difficile de convaincre les juges qu’elle agit bien pour des raisons de « sécurité » et non pour imposer un apartheid sur des bases ethniques. C’est que l’armée elle-même avait estimé dans le passé que les risques pour la sécurité étaient du domaine du fantasme ou du prétexte.

Jusqu’à présent, les Palestiniens qui se rendent au travail en Israël pouvaient retourner chez eux par la route de leur choix. Beaucoup d’entre eux qui, par exemple, passaient par le checkpoint de Eyal avaient l’habitude de regagner la Cisjordanie en empruntant les bus de la compagne AFIK, qui circulent via la route israélienne N5 en direction de la colonie juive de Ariel. Désormais, ils devront obligatoirement repasser par le checkpoint de Eyal, et à partir de là utiliser un service de bus palestinien (qui évidemment ne circule pas de l’autre côté du mur de l’apartheid) pour regagner leur domicile. Cela signifie que même ceux d’entre eux qui résident très près de la route N5 ne pourront plus utiliser les bus qui y circulent, car ces bus sont désormais strictement réservés aux colons juifs.

C’est une mesure de perfectionnement de l’apartheid que réclamaient les colons de la colonie de Samaria et de Ariel, ainsi que leur député du Likoud Oren Hazan. Ils ont mené campagne en ce sens pendant des mois, en prétextant comme de bien entendu « des raisons de sécurité« . Le commandant de la région militaire du Centre, le Gén. Nitzan Alon avait rejeté ces motivations absurdes, expliquant que les Palestiniens en question étaient déjà en territoire israélien, que s’ils voulaient mener une « attaque terroriste » ils pourraient le faire n’importe où à l’intérieur du territoire israélien, et qu’il n’y avait aucune raison de penser qu’ils attendraient d’être dans un bus qui les ramène chez eux pour le faire.

Mais le Ministre de la « Défense » du nouveau gouvernement Netanyahou n’est pas de cet avis : « il n’est pas nécessaire d’être un expert en sécurité pour se rendre compte que vingt Arabes dans un bus conduit par un Juif, avec deux ou trois autres passagers et un soldat armé, c’est une situation propice pour une attaque« , a-t-il déclaré selon Haaretz.

Haaretz a aussi divulgué les minutes des travaux d’un sous-comité « de la Défense et des Affaires étrangères » de la Knesset, au cours desquels le leader du Conseil de Karnei Shomron, Yigal Lahav, a déclaré : « des Arabes qui voyagent dans les bus, c’est une victoire sur l’occupant juif« , soulignant aussi que « cela leur donne l’occasion de voyager avec des femmes juives« . Quant à Yoni Dryer, un colon installé à Ariel, il a raconté que sa femme avait pris le bus alors qu’elle était enceinte, à un stade avancé de sa grossesse, et qu’aucun des travailleurs arabes ne s’était levé pour lui céder un siège… (mais pourquoi tant de haine ? vraiment on se demande)

Tout cela n’empêchera pas l’armée de plaider que la mesure est destinée à s’assurer que tous les Palestiniens entrés en territoire israélien regagnent bien la Cisjordanie. Les systèmes très sophistiqués de contrôle des pièces d’identité et de « scannage » fournis à l’armée d’occupation par Hewlett-Packard, et qui équipent les chekpoints, ne seraient-ils pas assez efficaces ?

L’état d’apartheid s’installe de plus en plus ouvertement. Le nouveau gouvernement a officialisé l’abandon de toute perspective de « solution à deux Etats« , que ses prédécesseurs ont sabotée avec constance mais sans jamais l’avouer.

Cela n’empêche pas les médias occidentaux de continuer à nier l’évidence. Témoins ces bulletins d’information de la radio publique France-Inter, mercredi matin. Dans un premier journal, le journaliste décrivait en trois phrases les mesures dont il est question, avant de conclure : « Cela fait presque penser à l’apartheid de l’Afrique du Sud« . On se demande ce que devrait faire l’occupant israélien que pour que disparaisse ce « presque » incongru. Obliger les Palestiniens à s’enduire le visage de cirage noir ?

La rédaction de France-Inter ayant peut-être pris conscience du ridicule de cette formulation, dans un journal suivant elle était replacée par « cela fait penser au régime qui régnait jadis dans un autre pays« . Ce n’est donc plus « presque« , mais on ne pousse quand même pas l’audace jusqu’à comparer ouvertement en explicitement Israël et l’Afrique du Sud. Courageux, mais pas téméraires…

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