A part ça, BDS ne les dérange pas ! …

Le gouvernement israélien, et plus largement le monde politique israélien, n’ont jamais redouté de pratiquer le double langage, de soutenir à la fois une chose et son contraire, avec la même emphase quasi-hystérique. Et depuis des mois la campagne mondiale Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) les obsède véritablement. Ils ne cessent d’en parler, tantôt pour prétendre qu’elle court d’échec en déconvenue, qu’elle ne nuit en rien à l’économie israélienne et qu’ils s’en moquent éperdument, tantôt pour sonner le tocsin parce qu’elle serait terriblement nuisible à Israël. Ils craignent si peu le ridicule que de temps en temps ils menacent de … boycotter l’Union Européenne, qui pourtant les comble scandaleusement de ses bienfaits.

L’homme politique israélien (actuellement dans l’opposition) Yair Lapid tient particulièrement à ce que les citoyens israéliens fassent “leur part du boulot” dans la lutte contre la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) qui ne cesse de gagner en intensité, rapporte le “Middle East Monitor”.

Yair Lapid était à l’aéroport Ben-Gourion, mardi matin, pour distribuer une nouvelle brochure destinée à aider les Israéliens en voyage à l’étranger à défendre les actions de leur gouvernement.

Lapid, distribuant ces brochures anti-BDS

La brochure, intitulée Les Israéliens pour Israël : comment lutter contre les mensonges de BDS ? a été mise au point par Yesh Atid, le parti politique dont Lapid est le président. Quelque 35 militants du parti accompagnaient leur chef dans son déplacement à l’aéroport.

La publication de Yesh Atid décrit la campagne BDS comme « un mouvement antisémite instauré par les organisations du Djihad mondial ». En réalité, l’appel BDS a été lancé en 2005 par un vaste éventail de groupes de la société civile palestinienne.

Selon Arutz Sheva, la brochure anti-BDS « constitue le point culminant d’une campagne en cours lancée par Lapid ces derniers mois contre la propagande anti-israélienne, campagne qui comprend entre autres des rencontres avec de hauts fonctionnaires et avec les communautés juives du monde entier en vue de discuter du problème ».

On peut voir Lapid à l’œuvre dans la vidéo :

Traduction :

« Israël est en proie à des attaques mensongères et calomnieuses constantes dans le monde entier. Aujourd’hui, nous lançons une campagne de défense du pays. Nous recrutons les bons citoyens israéliens qui voyagent à l’étranger et qui se retrouvent régulièrement dans des débats. Ainsi donc, nous avons désormais une brochure de poche. C’est le début de notre campagne. Dans la brochure, nous mentionnons 5, 6 ou 7 arguments décisifs qui vous permettront de prendre le dessus dans n’importe quelle discussion. De sorte que chaque Israélien va devenir un ambassadeur qui défendra Israël à l’étranger. Nous ne pouvons continuer à laisser le champ libre aux gens qui haïssent Israël. On nous salit, on nous calomnie, il est temps que nous répondions. Je pense que j’ai été l’un des premiers, parmi les dirigeants israéliens, à faire savoir que « Breaking the silence » (Rompre le silence) est une organisation qui noircit Israël partout. Nous devons lui faire face. Je sais qu’elle publie des mensonge grâce à des fonds étrangers. Elle publie des témoignages anonymes partout pour calomnier l’État. Il faut que nous lui faisions face. »

Au passage, Lapid attaque également « Breaking the silence », une organisation dont le quotidien Haaretz écrivait il y a quelques jours qu’elle est venue «la plus haïe de tout le pays» car les anciens soldats ayant servi dans les territoires palestiniens occupés «jettent une lumière crue sur la face la plus noire sur l’occupation militaire [de la Cisjordanie] et sur les campagnes contre Gaza». Pourquoi, demandait Haaretz, le gouvernement israélien mobilise-t-il ses ressources diplomatiques pour empêcher les membres de « Breaking the silence » de témoigner à l’étranger, d’empêcher cette ONG de recevoir des fonds de gouvernements européens [1] et pourquoi le ministre de l’éducation a-t-il interdit aux écoles de permettre à des conférenciers de « Breaking the silence » de venir s’exprimer devant les élèves ?

Ceci étant, si « Breaking the silence » est particulièrement la cible des critiques du gouvernement israélien pour le moment, d’autres ne sont guère plus tendre à son égard, qui font remarquer que les récits des soldats en question évitent soigneusement certains faits exacts et se refuse à citer les noms des criminels de guerre, qui bénéficient de ce fait d’une certaine protection de la part de ceux-là même qui prétendent dénoncer leurs agissements (voir les critiques de Ronnie Barkan et d’Ilan Pappe).

Conclusion : on a nettement l’impression que les dirigeants israéliens ne savent plus où donner de la tête et pratiquent le «panic football» en étant bien obligés de constater qu’ils ont perdu toute crédibilité et que l’hostilité des opinions publiques, pratiquement dans le monde entier (y compris aux  États-Unis, spécialement dans les universités) grandit de jour en jour.

Les appuis solides – notamment au plus haut niveau de l’État en France – dont ils disposent encore ne suffiront peut-être plus bien longtemps à assurer à Israël l’impunité dont sa classe politique a besoin comme de pain et d’eau.

L.D. et MDL


[2] Haaretz a aussi récemment mis en évidence que si les ONG qui sont étiquetées “à gauche” (parfois un peu à la légère) reçoivent effectivement des fonds de l’étranger, ce que le gouvernement israélien tente par toutes sortes de moyens d’empêcher, celles qui financent et encouragent la colonisation et, dans certains cas, le terrorisme juif dans les territoires occupés ne sont pas en reste de ce point de vue.

Source principale : Middle East Monitor (15 décembre 2015 – vous trouverez également le contenu complet de la brochure de propagande sous ce lien [en])

Traduction : Jean-Marie Flémal

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