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Yasser Abed Rabbo : «Si on veut qu’on appelle Israël l’“État chinois” pourquoi pas ? Mais dans les frontières de 1967 !»

Dans le soi-disant «processus de paix”, chacun des deux camps paraît s’amuser à mettre l’autre au pied du mur (sans jeu de mots) en lui proposant de conclure un accord sur des bases dont il sait qu’elles n’ont aucune chance d’être acceptée. L’objectif n’est pas tant d’arriver à un accord que de mettre en évidence les contradictions de l’autre camp et de lui faire porter la responsabilité du blocage actuel.

A ce jeu, où avoir raison ne suffit pas, les Palestiniens s’appuient sur le droit international, et les Israéliens s’appuient sur la force militaire et sur les États-Unis… qui comme d’habitude se fichent bien du droit international.

Principal négociateur de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP),  Yasser Abed Rabbo a déclaré mercredi que les Palestiniens seront prêts à reconnaître l’État d’Israël « de la manière qui lui plaira », si les Américains présentent une carte du futur État palestinien qui comprenne tous les territoires conquis en 1967, y compris Jérusalem-Est.

Il répondait ainsi à la déclaration du porte-parole du département d’État américain, Phillip Crowley, mardi soir, selon laquelle les Palestiniens devraient répondre positivement à la demande israélienne de reconnaître le “caractère juif” d’Israël, ce qui impliquerait de facto la renonciation au “droit au retour” des réfugiés.

Netanyahou a proposé, en sachant lui aussi qu’il n’y avait pas la moindre chance que les négociateurs palestiniens tombent dans un piège aussi grossier, d’échanger cette reconnaissance (définitive) contre… un gel de la colonisation pendant deux mois.

On notera au passage que cette exigence remettant ipso facto en cause le “droit au retour” est juridiquement aberrante, puisque le “droit au retour appartient en propre à chaque réfugié et à ses descendants, qu’il s’agit d’un droit personnel auquel ni l’Autorité Palestinienne, ni quiconque, n’est fondé à renoncer en leur nom, et que c’est exclusivement à chaque personne concernée qu’il revient de décider librement si elle choisit le “retour” ou une indemnisation appropriée. Aucun réfugié n’a mandaté qui que ce soit pour marchander cela en son nom.

Abed Rabbo a déclaré à Haaretz :  « Nous voulons recevoir une carte de l’État d’Israël dont Israël veut que nous l’acceptions. Si la carte est basée sur les frontières de 1967 et ne comprend pas nos terres, nos maisons et Jérusalem-Est, nous serons prêts à reconnaître Israël, selon la formulation de son gouvernement dans l’heure ».

Abed Rabbo sait fort bien que les Israéliens ne risquent pas de le prendre au mot et d’accepter de fixer des frontières alors qu’ils s’y refusent obstinément depuis toujours – pour la bonne raison que leur objectif inavoué reste quoi qu’ils en disent l’annexion, à terme, de tout le territoire entre la Méditerranée et le Jourdain (et plus si opportunité). Il sait aussi qu’à plus forte raison si Israël leur proposait la fixation de frontières, ce ne seraient en aucun cas celles de 1967, puisque Netanyahou n’est certainement pas celui qui ordonnera l’évacuation de toutes les colonies juives de Cisjordanie.

« Il est important pour nous de savoir où sont les frontières d’Israël et où sont les frontières de la Palestine. Nous accepterions toute formulation que les Américains présenteraient – même si on nous demandait d’appeler Israël “l’État Chinois” – pour autant qu’on en revienne aux frontières de 1967. Nous avons reconnu Israël dans le passé, mais Israël n’a pas reconnu l’État palestinien », a-t-il encore dit.

Rappelons que l’État de Palestine a été proclamé en 1988 et est à ce jour reconnu par une centaine de pays.

On notera encore que dans les déclaration de Yasser Abed Rabbo telles qu’elles sont rapportées,  ne figure aucune mention explicite de la Bande de Gaza, même si elle fait évidemment partie des territoires occupés par Israël en 1967.

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