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Washington «profondément préoccupé» par une nouvelle extension coloniale israélienne

Luc Delval

Un homme d’affaires états-unien, Irving Moskowitz, a acquis par l’intermédiaire d’une organisation “sans but lucratif” [1] un ensemble d’anciens bâtiments religieux chrétiens, à proximité de Gush Etzion, afin d’y installer une extension de cette colonie juive. Le ministre israélien de la “Défense”, Moshe Ya’alon vient d’approuver ce projet, et donc l’extension de la colonisation de la Cisjordanie que cela implique.

La propriété – dans laquelle des colons se sont déjà installés – comprend huit bâtiments et s’étend sur une superficie de 40 dunams (±4 hectares). Sa localisation est stratégique, le long de la Route 60 entre Jérusalem et Hébron, face au camp de réfugiés palestiniens de Al-Aroub. Construite dans les années 1940 par des missionnaires venus des États-Unis, elle a en premier lieu servi d’hôpital pour tuberculeux, et ensuite d’hôtel pour chrétiens venus en pèlerinage. L’ensemble a été vendu il a quelques années par l’église presbytérienne à laquelle elle appartenait, qui était en proie à des difficultés financières.

Le porte-parole du Département d’État [1] à Washington a déclaré que les États-Unis sont “profondément préoccupés” par cette décision, qui – a-t-il dit, témoigne du “manque d’engagement” du gouvernement israélien en faveur de la fantomatique “solution à deux États”.

Belle découverte ! Les membres du gouvernement israélien répètent sur tous les tons depuis des mois et des mois qu’ils ne veulent à aucun prix de cette fameuse et fumeuse “solution à deux États, Netanyahou affirme qu’Israël va (veut ?) éternellement “vivre par l’épée”. Tout dans leurs actes (comme dans ceux des gouvernements israéliens précédents) démontre que le soi-disant “processus de paix” est mort et enterré (si tant est qu’il ait jamais existé) mais voilà que soudain les États-Unis se rendent compte que le gouvernement israélien manque d’enthousiasme… Et ils continuent imper­tur­bable­ment à faire semblant de croire qu’il puisse encore être sérieusement question d’une “solution à deux États”.

Il y a à peine quelques semaines, dans les derniers jours de 2015, les projets du gouvernement israéliens tendant à construire 55.000 nouveaux logements réservés à des colons juifs en Cisjordanie, et à couper de ce fait le territoire en deux de manière à exclure toute idée de continuité territoriale pour un hypothétique “État palestinien” de la taille d’un grand placard, ont été révélés. Mais Washington est “profondément préoccupé” pour quelques hectares, et évoque encore la “solution à deux États” comme seul horizon pour progresser vers la paix. On dirait une caméra cachée…

Selon Barak Ravid, journaliste de Haaretz, le porte-parole du Département d’État a donné un compte-rendu inhabituellement détaillé des préoccupations de l’administration états-unienne. Il a souligné que 70% de la “zone C” en Cisjordanie, dans laquelle Israël exerce un contrôle complet, ont déjà été décrétés comme “domaine de l’État”. La décision de Ya’alon va “augmenter encore cette majorité déjà significative du territoire de la Cisjordanie qui a été déclarée réservée à l’usage exclusif des Israéliens”.

La décision du ministre de la “Défense” israélien, outre qu’elle légitime les “avant-postes” des colonies illégales et la construction d’infrastructures dans des colonies isolées, “sape la possibilité de la mise en œuvre de la solution à deux États”, a ajouté le porte-parole du Département d’État.

L’activité constante de colonisation soulève des questions légitimes à propos des intentions à long terme d’Israël et ne peut que rendre plus difficile la concrétisation de la solution à deux États. Nous continuons à attendre des deux côtés qu’ils démontrent en actes et leurs politiques un véritable engagement en faveur de la solution à deux États. Des actions comme celle de mercredi [la décision de Ya’alon dont il est question] vont exactement à l’opposé”.

Et bien entendu, comme d’habitude, les États-Unis et l’ensemble de la “communauté internationale” n’en tireront aucune conclusion qui puisse infliger à  Israël quelque déplaisir que ce soit.

L.D.


[1] le financement de la colonisation des territoires palestiniens par les Juifs des États-Unis, via des organisations “sans but lucratif” qui leur permettent d’obtenir des avantages fiscaux tant outre-Atlantique que de la part d’Israël a été bien mise en lumière par une série d’enquêtes publiées récemment par Haaretz. Nous en avons rendu compte, et on trouvera plus de détails sur le site du quotidien israélien.

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