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Michel Warschawski :«Un État sans souveraineté, sans le contrôle de ses frontières, sans le droit de se défendre, sans le droit d’avoir sa propre économie ? C’est une mauvaise blague.»

Michel Warschawski, fondateur du « Alternative Information Center » de Jérusalem, un des trop rares militants israéliens pour la paix qui se batte réellement pour le respect des droits nationaux des Palestiniens (parce que, justement, c’est le fondement d’une paix réelle et durable), ne se montre pas plus rassurant que J-F Legrain :

« Septembre n’est pas un bon mois pour le peuple palestinien – Septembre noir en 1970, les massacres de Sabra et Chatila en septembre 1982, le début de la reconquête israélienne en 2000… Septembre 2011 s’ajoutera-t-il à cette liste noire ? A entendre certains des représentants de l’Autorité Palestinienne, l’Assemblée Générale de l’ONU à venir marquera un grand pas en avant pour le peuple palestinien, avec la reconnaissance de « l’État de Palestine » et l’attribution du statut d’État-membre.

Nous aimerions vraiment partager leur optimisme, mais, malheureusement, pour plusieurs raisons, il semble déconnecté de la réalité.

Tout d’abord, Mahmoud Abbas est soumis à une importante pression pour abandonner l’initiative, et on sait combien le Président de l’Autorité Palestinienne est sensible aux pressions. Une reculade serait une nouvelle humiliation pour l’Autorité Palestinienne et pourrait bien faire perdre à Abbas et à l’Autorité Palestinienne dans son ensemble les dernières miettes de leur légitimité populaire.

Ensuite, qu’est-ce qu’un État sans souveraineté, sans le contrôle de ses frontières, sans le droit de se défendre, sans le droit d’avoir sa propre économie ? Cela sonne comme une mauvaise blague.

Enfin – et c’est peut-être ce qui devrait le plus nous inquiéter – quel sera la destinée de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), qui, jusqu’à maintenant, était reconnue par la communauté internationale comme l’unique représentante du peuple palestinien et représentait officiellement les Palestiniens dans les organismes de l’ONU ?

Remplacer l’OLP par un État de Palestine virtuel n’est pas un progrès, mais rejoint un vieux rêve israélien : remplacer la nation palestinienne par la population de Cisjordanie et de Gaza et l’OLP par une direction locale. Jusque récemment, un tel objectif était clairement rejeté par l’ensemble du peuple palestinien, qui se revendique non pas comme une « population occupée », mais comme une nation, possédant un droit inaliénable à l’autodétermination.

Remplacer – même simplement de facto – l’OLP par un « État palestinien » revient en pratique à laisser sur le bord du chemin vers un tel « État » des millions de réfugiés, qui constituent la majorité de la nation palestinienne et le cœur du mouvement national palestinien. L’attachement des Palestiniens à l’OLP n’est pas une posture romantique, mais l’expression de leur détermination à être une nation et à être considérés par la communauté internationale comme une nation. »

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