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Une start-up israélienne de la reconnaissance faciale traque secrètement les Palestiniens

Selon Haaretz, la start-up israélienne Anyvision Interactive Technologies, spécialisée dans les technologies de la reconnaissance faciale, dispose d’un réseau de caméras “au plus profond de la Cisjordanie” pour détecter et suivre les déplacements de potentiels assaillants palestininiens. La technologie développée par cette société est à fort potentiel liberticide, et c’est pour Israël un produit d’exportation… Ce réseau de surveillance pourrait donc potentiellement fort bien s’étendre à travers le monde, d’autant que des anciens des services de renseignement israéliens ne sont pas étrangers à cette société commerciale.

Anyvision Interactive Technologies  a connu une croissance extraordinaire et occuperait actuellement 240 personnes, dont une trentaine de titulaires d’un doctorat universitaire. Cette société est, selon Haaretz, impliquée dans deux grands projets de l’armée d’occupation israélienne : en premier lieu l’installation et l’utilisation de systèmes de contrôle dans les points de contrôle de l’armée que des milliers de Palestiniens doivent franchir chaque jour pour se rendre à leur travail. Objectif affiché : accélérer les opérations de contrôle pour réduire les temps d’attente et vérifier instantanément si la personne contrôlée est détentrice d’un permis de travail. 

L’autre projet auquel Anyvision est associée est, dit Haaretz, beaucoup plus discret et il ne s’agit plus de contrôles aux frontières, mais bien “en profondeur à l’intérieur du territoire de la Cisjordanie” afin de repérer et de suivre les déplacement d’éventuels “assaillants palestiniens”.

Mais l’entreprise a de beaucoup plus grandes ambitions, et d’ores et déjà indique qu’elle vend ses produits, en particulier ses logiciels de reconnaissance biométrique – dont elle souligne qu’ils peuvent fonctionner avec tous types de caméras et requièrent peu de capacités de calcul informatiques – à divers gouvernements, agences de sécurité et entreprises étrangères. Ses produits seraient utilisés dans 43 pays et dans plus de 350 lieux, dont des aéroports, des casinos, des stades (notamment un logiciel pour la détection de “comportements suspects”),…  Anyvision revendique un taux d’exactitude de la reconnaissance faciale de 99,9%, et affirme que ses concurrents n’atteignent qu’une fiabilité de 70%.

En 2018, Anyvision a procédé à une augmentation de capital de 28 millions de dollars – en grande partie souscrite par l’allemand Bosch – et multiplié ses revenus par six, selon Haaretz. Le mois dernier, l’entreprise aurait obtenu un investissement de 31 millions de dollars d’un fonds d’investissement dépendant de Microsoft, et 74 millions de dollars d’une série d’autres investisseurs, parmi lesquels Qualcomm.

Mais “le cofondateur et directeur général de la société, Eylon Etshtein, a déclaré que sa société était sensible aux préjugés raciaux et sexistes et ne vendait que dans les démocraties”. Vu ce que sont les standards démocratiques en Israël il serait terriblement audacieux de trouver ces propos rassurants… d’autant plus que le Président du Conseil d’administration de Anyvision n’est autre que Amir Kain,  ancien directeur de Malmab – administration dont les historiens soulignent le rôle “totalitaire” dans la falsification de l’histoire (voir notamment ICI et LA) –, et que Tamir Pardo, ancien patron du Mossad, est l’un des conseillers de l’entreprise.

«Nous soutenons l’adoption de réglementations afin que la technologie ne soit pas biaisée en fonction du sexe ou de la race, mais également en raison de problèmes de respect de la vie privée. Nous sommes très sensibles à ces questions. Microsoft a décidé de nous accompagner. Nous travaillons également au Sénat américain, par l’intermédiaire de lobbyistes, pour expliquer pourquoi l’intelligence artificielle est une bonne chose », le cofondateur et directeur général de la société, Eylon Etshtein. Le recours aux lobbies pour influencer les politiciens serait donc, selon cet individu, un gage d’esprit démocratique…

«Personne dans le monde n’organise une surveillance de masse hormis la Chine et je n’exerce aucune activité en Chine. Je ne vends pas non plus en Afrique ni en Russie. Nous ne vendons des systèmes qu’aux pays démocratiques dotés de gouvernements appropriés. Par exemple, vous trouverez des déclarations du maire de Nice 1, qui affirme pouvoir enfin localiser un enfant égaré, une personne âgée atteinte de démence ou une personne mal intentionnée».

«Confronté à l’argument selon lequel la Cisjordanie n’est pas gouvernée démocratiquement et qu’une surveillance de masse y est exercée, Etshtein a répondu : “C’est vraiment un énorme dilemme, mais je ne suis pas celui à qui il faut poser cette question. En fin de compte, nous sommes une entreprise de technologie qui fait le maximum pour que sa technologie ne soit pas utilisée à mauvais escient”» écrit Amitai Ziv, auteur de l’article de Haaretz

Il va de soi, on l’aura compris, que les scrupules ostensiblement affichés à propos de la “surveillance de masse”  –prétendument une exclusivité chinoise – ne sauraient valoir pour les Palestiniens vivant sous occupation militaire depuis plus de 50 ans, qui d’ailleurs ne sont pas – cela va de soi – réellement des êtres humains… 

L.D.

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Notes   [ + ]

1. Il s’agit de Christian Estrosi, homme politique de droite dit “le motodidacte”, impliqué dans de multiples affaires judiciaires, qui s’est signalé par de nombreuses déclarations tapageuses hostiles aux homosexuels et au “mariage pour tous”, à l’indépendance de l’Algérie, en faveur du rétablissement de la peine de mort, contre les Roms et les “gens du voyage”, en faveur de la chasse et de la destruction de la faune sauvage, et bien entendu contre l’islam et les musulmans. Une référence qui ne détonne pas dans la bouche d’Israéliens. Voir : “Les dix citations les plus lamentables de Christian Estrosi” (2015). En 2016, Christian Estrosi, qui avait rencontré le premier ministre israélien à Jérusalem, avait annoncé le versement d’une subvention de 50.000 € à une association paragouvernementale qui soutient la colonisation dans les territoires occupés, Keren Kayemeth LeIsrael (KKL), ou “Fonds National Juif”(qui a également bénéficié des largesses de membres de la famille royale belge) – NDLR.