Dans l'actu

Une nouvelle loi pour renforcer l’apartheid et rétrograder la langue arabe [MàJ]

Le gouvernement israélien a approuvé, lors de sa réunion de dimanche dernier, une nouvelle version de la loi sur “l’État-nation”, qui prévoit que le pays est “le foyer national du peuple juif” et que celui-ci est le seul à disposer du droit de “réaliser son auto-détermination dans l’État d’Israël”. Par ailleurs, ce texte supprime le statut de langue officielle qui était, en théorie du moins, celui de la langue arabe. Il dispose en effet que “la langue nationale officielle est l’hébreu” mais prévoit un “statut spécial” pour l’arabe, qui est la langue d’un peu plus de 20% de la population israélienne (sans oublier comme le font les statistiques officielles les Palestiniens vivant sous occupation).

Le texte prévoit que “toute personne résidant en Israël, sans distinction de religion ou d’origine nationale, a le droit d’agir pour préserver sa culture, son héritage, sa langue et son identité”.

Contrairement à la précédente version du projet de loi, ce nouveau texte ne subordonne pas la “démocratie” (elle aussi tout théorique) au caractère juif de l’État. Elle contient toutefois les dispositions qui permettront de renforcer encore l’apartheid : “l’État peut autoriser une communauté, en ce compris les membres d’une même religion ou d’une même origine nationale, de disposer d’implantations communales séparées”.

L’objectif de ces dispositions est d’affermir le statut des comités d’habitants, le plus souvent sous le contrôle direct ou indirect de religieux, dont toute personne souhaitant s’installer dans une localité doit obtenir le “feu vert”.  C’est donc une manière très simple de s’assurer qu’aucun “élément indésirable” – entendez arabe – ne viendra s’y installer.

Le texte approuvé par le gouvernement a été voté en première lecture à la Knesset dès mercredi par 48 voix contre 41, après l’expulsion de l’enceinte parlementaire de trois députés représentant la minorité palestinienne, élus sur la “Liste conjointe”, accusés de “perturber le débat”.

Ce projet de loi, s’il est définitivement adopté et entre en vigueur, sera considéré comme une “loi fondamentale”, faisant partie de la législation fondamentale qui tient lieu de constitution en Israël.

Aux yeux de l’éditorialiste du journal Haaretz, “les seules explications des raisons pour lesquelles Israël veut adopter une telle loi ce sont les millions de Palestiniens qu’il tient sous son contrôle dans les territoires [occupés] dont l’annexion peuple ses fantasmes. Parce qu’Israël souhaite appliquer sa souveraineté sur le territoire mais n’est pas intéressé par l’annexion des Palestiniens qui y vivent en qualité de citoyens égaux dans un État unique. [Israël] est forcé de créer une infrastructure légale pour instaurer la ségrégation entre Juifs et Arabes et ainsi préserver la suprématie juive. La loi sur l’État-nation est la clé de voûte de l’apartheid sur l’ensemble de la terre d’Israël”.

Cette loi, poursuit-il, est “fondamentalement incompatible avec la démocratie, car elle vise à entériner le règne d’une minorité juive sur une majorité arabe fantasmée. C’est une décision craintive et agressive d’un peuple qui se voit lui-même comme une minorité et se prépare à préserver son contrôle sur un État d’apartheid où une majorité de Palestiniens vivra sous sa domination”. Et cela vaut tant pour les Palestiniens vivant sous occupation militaire que pour les citoyens palestiniens d’Israël, qui seront désignés par la loi comme citoyens de seconde catégorie (ce qu’ils sont déjà dans les faits).

 

Print Friendly, PDF & Email