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Une initiative dystopique dans les prisons israéliennes

Yoav Litvin

L’économie israélienne est constituée de plusieurs secteurs qui englobent des industries comme, entre autres, la haute technologie, la biotechnique, l’agriculture, les communications et le tourisme. C’est une économie néolibérale relativement jeune, diversifiée et en pleine croissance, qui est parvenue à se maintenir à flot alors que bien d’autres ont périclité, ont difficilement survécu ou se sont totalement effondrées pour des raisons d’endettement, de fluctuation des marchés et de krachs.

En tant que membre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Israël occupe une position élevée dans les soins de santé et les facilités de vie, mais il est également ravagé par la pauvreté, des crises du logement et une inégalité extrême.

Pourtant, c’est dans la guerre, la sécurité et les industries carcérales qu’Israël excelle véritablement.

Israël est l’un des principaux fournisseurs d’armes mondiaux. Il possède un palmarès nébuleux de vente d’armes à certains des régimes et milices les plus violents qui soient. Depuis des décennies, l’industrie israélienne de l’armement alimente des guerres et des crises dans le monde entier, ce qui s’est traduit par des milliers de victimes. Ne serait-ce que très récemment, les ventes d’armes au Myanmar par Israël ont fait l’objet de débats intenses et de multiples condamnations, en raison de l’épuration ethnique du peuple rohingya appliquée actuellement par le régime birman.

Israël est également un pays de pointe dans les services de sécurité. La police américaine et d’autres forces de sécurité bénéficient régulièrement de formations et d’entraînements en Israël, malgré – ou plutôt en raison de – sa longue histoire d’occupation, de pratiques répressives et de violations des droits de l’homme.

Israël a servi de source d’inspiration pour les politiques et idéologies les plus régressives, xénophobes et répressives. En fait, le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou ont des visions très semblables d’un futur dominé par des économies ethnocentriques, hyper-militarisées, privatisées et contrôlées par le monde de la grosse entreprise, un futur qui profitera à leurs riches amis au dépens des simples citoyens et dans lequel l’accent sera mis sur l’appauvrissement incessant du Sud planétaire et le déni du moindre tout droit aux communautés de couleur, indigènes et immigrantes.

Dernièrement, le gouvernement israélien a annoncé une initiative absolument dystopiques. Selon Walla News, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan et le président de l’Université de Bar-Ilan Aie Zaban collaborent à la mise en place d’une « prison d’enseignement universitaire », dans le même sens que l’on parle d’hôpitaux d’enseignement universitaire.

La prison sera gérée par le Service pénitentiaire israélien (IPS) et des universitaires de l’Université de Bar-Ilan auront le champ libre pour mener des « expériences » et autres tâches (non spécifiées). Erdan a ajouté qu’il croyait que la nouvelle prison universitaire « pourrait inspirer d’autres pays ».

Cette nouvelle expérience est en ligne avec l’intérêt économique incessant d’Israël pour la pratique de l’emprisonnement et la construction du mur. Après tout, le pays a des décennies d’expérience dans l’incarcération massive de Palestiniens, il a construit un mur d’annexion de 682 kilomètres qui morcelle et appauvrit la population palestinienne de la Cisjordanie tout en lui dérobant une grande partie de ses ressources vitales et il maintient activement en place la plus grande prison moderne et en plein air qui soit – Gaza.

L’initiative d’Erdan et de Zaban est cynique et dystopique à maints égards. Primo, il s’avère que ses objectifs sont avant tout économiques et non pas humanitaires. Cela signifie que le profit passera avant les gens, autrement dit, avant les droits de l’homme. L’idée de transformer une sous-classe entière de la société, celle des personnes emprisonnées, en une « industrie » devant être davantage étudiée et soumise à des expérimentations dans un cadre universitaire, constitue en fait une normalisation et même une glorification d’un esclavage de notre époque et, en fin de compte, elle est censée se traduire par la mise en place d’une industrie carcérale privée.

Secundo, les « expérimentations » menées dans un cadre pénitentiaire présentent une histoire très sombre, y compris le cas tristement célèbre des prisonniers juifs dans les camps allemands au cours de la Seconde Guerre mondiale avec, par exemple, Joseph Mengele à Auschwitz. Un cas plus récent ayant impliqué une collaboration entre une association universitaire (l’American Psychological Association), le département américain de la Défense et la CIA, a manifestement prouvé les dangers de telles expérimentations.

Finalement, l’universitarisation de l’emprisonnement tend avant tout à promouvoir la résolution des symptômes d’une société malade plutôt qu’à s’employer à guérir sa pathologie. Au contraire des approches par la prévention, la décriminalisation, la réhabilitation humaine et les soins de santé mentaux, approches dont on peut prouver l’efficience, la nouvelle initiative d’Israël, intrinsèquement immorale, tend à perfectionner et à organiser une industrie rentable à partir de l’incarcération de masse et à maximaliser l’exploitation des populations détenues, et ce, aux dépens de leurs droits humains.


Publié le 6/10/2017 sur Counterpunch
Traduction : Jean-Marie Flémal

Photo à la une : adalah.org

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