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Une guerre qui ne dit pas son nom, réalité ignorée par les médias français

Olivia Elias

Depuis des décennies, les Palestiniens vivent sous un régime militaire implacable qui donne toute latitude aux soldats et aux colons pour multiplier les actes de guerre, de violence et de prédation contre leurs personnes, leurs biens et leur patrimoine (voir mon billet  du 30 octobre 2015 : « Israël : carte blanche à la violence des colons ).

Hors les périodes paroxystiques, les médias s’y intéressent peu, ce qui arrange bien les Israéliens qui ne comprennent pas « l’obsession occidentale » pour la « solution des deux Etats » et qui ne voient pas pourquoi ils devraient délaisser le mode de gestion du «statut quo » qui leur a si bien réussi jusqu’à présent.  Ne leur a-t-il pas permis, pendant si longtemps, de poursuivre à marche forcée la colonisation tout en vivant le reste du temps, à Tel-Aviv et ailleurs, comme si l’occupation n’existait pas.  Sans encourir aucune sanction, contrairement à la Russie ou à l’Iran,  et en développant toujours plus les relations avec les Etats-Unis, l’UE et la France, qui se contentent de condamnations verbales et acceptent de payer à leur place le prix de l’occupation.

Mais la donne a changé depuis octobre 2015 avec la vague d’attentats au couteau qui ne rentre dans aucun schéma connu, suivie de la révolte de larges pans de la société palestinienne, à commencer par la jeunesse. Depuis le 1er octobre 2015, les Palestiniens dénombrent 175 tués et 14 470 blessés. Qui a pris connaissance de ses chiffres dans les médias français, interroge l’Union des Juifs français pour la Paix dans un communiqué du 13 janvier ?

Mohammad Majdi Qaita Khan Younis, Gaza, 26 ans, tué dans une manifestation de protestation le 15 janvier 2016

Accompagnant les annonces de construction de logements en Palestine occupée, ils traduisent la volonté du troisième gouvernement Netanyahou d’en finir le plus rapidement possible avec toute velléité d’indépendance des Palestiniens. Pour ce gouvernement, constitué grâce au soutien de plusieurs partis ouvertement racistes, Israël est entré dans la dernière ligne droite de la conquête territoriale et de « l’effacement de la Palestine » titre du communiqué de l’UJFP. Il leur faut en finir au plus tôt !

Tout cela se passe sans réaction aucune de la  dite « communauté internationale », occupée par d’autres problèmes. Les Etats-Unis, toujours prêts à éviter une condamnation d’Israël au sein des instances onusiennes, se sont à nouveau opposés à l’adoption d’une résolution, présentée à l’assemblée générale des Nations-Unies peu avant Noël, affirmant la souveraineté des Palestiniens sur leurs ressources naturelles et demandant l’arrêt de leur exploitation par Israël ainsi que la réparation des préjudices. Décompte des voix : 178 pour sur 194 ; 10 abstentions ; et seulement 5 contre, soit les USA, le Canada et Israël plus les Iles Marshall et les Etats fédérés de Micronésie, des micro-entités satellites des Américains qui bénéficient du statut d’Etats membres de l’ONU alors que la Palestine attend toujours.

Quant à la France, elle a avancé une proposition d’envoi d’une force internationale…mais pour la remiser dès son rejet par les autorités israéliennes. Laurent Fabius s’attendait-il à autre chose ? On a vu la diplomatie française autrement plus persévérante dans d’autres cas.

De son côté, Harlem Désir vient d’adresser une lettre proprement incroyable au Président du CRIF, inquiet de la décision de l’UE d’étiqueter les produits fabriqués dans les colonies israéliennes – une mesure, cohérente avec l’accord d’association UE-Israël, annoncée à l’été 2013, en vigueur au Royaume-Uni depuis 2009, et dont on attend encore l’introduction en France. Harlem Désir assure son interlocuteur que la France « est pleinement mobilisée pour lutter contre tout boycott des produits israéliens comme l’ont montré la condamnation ferme par le gouvernement de la campagne « Boycott Désinvestissement Sanctions »ainsi que les mesures prises pour en poursuivre les auteurs ».

Le Secrétaire d’Etat aux affaires européennes pourrait-il nous expliquer quels arguments de droit international et moraux expliquent la différence de traitement entre Israël, d’une part, et la Russie aujourd’hui ou l’Afrique du Sud, hier ?

 N’en déplaise aux uns et aux autres, l’alignement sur les positions israéliennes ne peut que conduire à une intensification de la campagne BDS. Identifiée par Israël comme sa principale menace stratégique avec l’Iran, celle-ci a engrangé de très importants succès depuis son lancement en 2005 par 170 organisations de la société civile palestinienne (ONG, syndicats d’enseignants, d’agriculteurs, etc.). Comme l’affirme Omar Barghouti, l’un de ses dirigeants : « Israël approche de son moment sud-africain », ce dont témoignent les pressions exercées en France comme ailleurs pour l’interdire et museler ceux qui estiment qu’il est de leur devoir de pallier à l’absence d’action politique, tant diplomatique qu’économique, pour rendre Israël comptable de ces actes et mettre fin aux souffrances des Palestiniens. »

Le succès de ces pressions aurait pour effet de livrer les Palestiniens pieds et mains liés à l’entreprise coloniale israélienne. Est-ce le résultat souhaité par Harlem Désir et tous ceux qui, au sein du gouvernement et en dehors, oublient que le Bureau national du PS avait voté, en juin 2011, à la quasi-unanimité une résolution demandant à l’ex-président Sarkozy de reconnaître – sans réserve et sans poser de conditions préalables – l’Etat de Palestine ?  En septembre de la même année, le groupe socialiste, radical et citoyen avait soumis une proposition de résolution (n° 3779) à l’Assemblée nationale signée, entre autres, par François Hollande qui avait inscrit cette reconnaissance parmi ses engagements de campagne. Il est des faits qu’il n’est pas bon de rappeler aujourd’hui.


Publié sur Médiapart le 15 janvier 2016

 

 

 

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