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Une énorme banque d’images pompées clandestinement sur Facebook par des (ex-?) agents israéliens pour faire de la reconnaissance faciale

Lorsque [le patron de Facebook] Mark Zuckerberg a comparu devant la Commission de l’énergie et du commerce de la Chambre [des Représentants à Washington], à la suite des révélations à propos de [la captation clandestine d’informations personnelles de 87 millions d’utilisateurs par] Cambridge Analytica, il a tenté de décrire la différence entre «la surveillance et ce que nous faisons». «La différence est extrêmement claire», a affirmé Zuckerberg d’un air nerveux. «Sur Facebook, vous avez le contrôle sur vos informations … les informations que nous recueillons vous pouvez choisir de ne pas nous laisser les collecter».

Mais pas un seul membre de la commission n’a poussé le PDG milliardaire à s’expliquer à propos des sociétés de surveillance qui exploitent les données sur Facebook pour en tirer profit. Forbes a découvert un cas qui pourrait les choquer : au cours des cinq dernières années, une société discrète de surveillance fondée par un ancien agent de renseignement israélien a construit secrètement une énorme base de données de reconnaissance faciale à partir de visages collectés sur YouTube 1 et sur d’innombrables autres sites. 

Facebook coopère activement avec Israël pour censurer les Palestiniens qui résistent à l’occupation. L’énorme collection de photos de profils que l’entreprise a constituée semble aussi exploitée pour faire de la reconnaissance facile afin de détecter de potentiels opposants, des partisans de BDS, etc…

Cette base de données constitue le noyau d’un service de reconnaissance faciale appelé Face-Int, maintenant détenu par le vendeur israélien Verint après avoir éjecté le créateur du produit, la société de surveillance peu connue Terrogence, en 2017.

Verint et Terrogence ont longtemps été des fournisseurs pour le gouvernement des États-Unis, à qui ils ont fourni une technologie d’espionnage, notamment à usage de la NSA, de la marine américaine et d’innombrables autres agences de renseignement et de sécurité.

Comme décrit sur le site Terrogence, la base de données se compose de profils faciaux de milliers de “suspects”, qui ont été «récoltés à partir de sources en ligne telles que YouTube, Facebook et des forums ouverts et fermés dans le monde entier».

Ces visages ont été extraits de 35.000 vidéos et photos de camps d’entraînement terroristes, de clips de propagande et d’attaques terroristes. Cette page de marketing a été mise en ligne en 2013, selon l’archive Internet Wayback Machine, indiquant que le produit a au moins cinq ans. L’âge du produit suggère donc qu’actuellement bien plus de 35.000 vidéos et photos ont été traitées par la technologie Face-Int, bien que Shai Arbel, cofondateur et chercheur de Terrogence, ait refusé de commenter cet article.

Bien que Terrogence vise officiellement principalement à aider les agences de renseignement et les forces de l’ordre à lutter contre le terrorisme en ligne, les profils LinkedIn des employés actuels et anciens indiquent que la société est également impliquée dans d’autres activités, à caractère politique. En décrivant son rôle d’analyste de Terrogence, une ex-employée a déclaré qu’elle avait «mené des opérations de gestion de la perception publique pour le compte de clients gouvernementaux étrangers et nationaux» et qu’elle avait utilisé «des pratiques de renseignement open source et des méthodes d’ingénierie sociale», via les réseaux sociaux. Elle n’était pas joignable au moment de la publication de cet article.

Il apparaît donc que Terrogence est une société qui, au même titre que Cambridge Analytica, a profité clandestinement de l’ouverture de Facebook. «Cela augmente les enjeux de la reconnaissance faciale – cela intensifie les conséquences négatives potentielles», a prévenu Jay Stanley, analyste politique senior à l’American Civil Liberties Union (ACLU). «Lorsque vous envisagez la reconnaissance faciale partout, nous devons réfléchir à ce que cela signifie pour nous : si des entreprises privées rassemblent massivement des photos et les combinent avec des informations personnelles afin de porter des jugements sur des personnes – êtes-vous un terroriste ou êtes-vous susceptible de le devenir ? êtes-vous un voleur à l’étalage ou quoi que ce soit entre les deux ? – alors cela expose tout le monde au risque d’être mal identifié, ou correctement identifié et mal jugé».

Jennifer Lynch, juriste à l’Electronic Frontier Foundation, a déclaré que si la base de données de reconnais­sance faciale avait été partagée avec le gouvernement américain, cela menacerait gravement la liberté d’expression et les droits à la vie privée des utilisateurs des médias sociaux.

«L’application précise de la reconnaissance faciale à la vidéo est extrêmement difficile, et nous savons que la recon­naissance faciale fonctionne mal avec les personnes de couleur et en particulier avec les femmes et les personnes au teint foncé», a déclaré Lynch à Forbes. «En combinant ces deux problèmes connus avec la reconnaissance faciale, il y a de fortes chances que cette technologie identifie fréquemment erronément des gens comme des terroristes ou des criminels. Cela pourrait avoir des répercussions sur le droit de voyager et les droits civils de dizaines de milliers de voyageurs respectueux des lois qui devraient ensuite prouver qu’ils ne sont pas les terroristes ou les criminels que le système a identifiés».

On ne sait pas exactement comment le produit Face-Int acquiert les images de visages, mais cela ressemble à un projet dirigé par la NSA, comme l’a révélé Edward Snowden en 2014, époque où cette agence de renseignements étatsunienne avait rassemblé 55.000 images de visages. Le co-fondateur Arbel, un ancien officier de renseignement de l’armée israélienne, a refusé de répondre aux questions sur le fonctionnement de la technologie, bien qu’il ait qualifié Face-Int de “stupéfiant” dans un message.

Un porte-parole de Facebook, qui utilise sa propre technologie de reconnaissance faciale pour identifier les visages des utilisateurs sur les photos de la plate-forme, a déclaré que le produit de Terrogence violerait ses politiques, notamment celle interdisant l’utilisation des données collectées sur le réseau social à des fins de surveillance. Facebook ne permet pas non plus, en principe, d’accéder ou de collecter des informations via des méthodes automatisées, telles que la collecte par des robots ou de “scrapers”.

Il n’y a aucune preuve que le gouvernement des États-Unis ait acheté Face-Int. Mais il a bénéficié d’autres services de renseignement construits par Terrogence. Le vendeur a obtenu au moins deux contrats avec le gouvernement étatsunien, tous deux avec la marine américaine, d’une valeur totale de 148.000 $, selon les données publiques. Les contrats, l’un signé en 2014 et l’autre signé en 2015, concernaient des abonnements aux produits Mobius et TGAlertS proposés par la société.

Mobius consiste en rapports sur les dernières tendances en matière d’engins explosifs improvisés (IEDs) et de tactiques d’utilisation. Les rapports sont basés sur des informations recueillies sur diverses plateformes de médias sociaux «où les terroristes mondiaux cherchent à recruter, radicaliser et tracer leur prochaine attaque», selon une brochure de l’entreprise. TGAlertS, quant à lui, fournit des informations «en temps quasi réel» sur les problèmes urgents découverts par le personnel de Terrogence sur le web.

Les employés de Terrogence recueillent des informations en partie grâce à de faux profils [sur les médias sociaux]. Comme le dit une autre brochure, ils «obtiennent des informations en guidant soigneusement la discussion en ligne, stimulant souvent l’intérêt et facilitant la communication en employant plusieurs entités virtuelles en une seule opération». […]

Si Terrogence ne se concentre pas uniquement sur le terrorisme, mais aussi sur le plan politique, son travail de recon­naissance faciale pourrait concerner un très grand nombre de personnes. Cela soulève un autre aspect particu­lièrement inquiétant de l’activité dans laquelle Terrogence opère : l’aube de «la privatisation des listes noires», a averti Jay Stanley. «Nous luttons avec le gouvernement depuis des années pour qu’une procédure convenable soit respectée pour constituer ces listes : […] des gens y sont inscrits sans qu’on leur dise pourquoi et sans savoir comment ces listes sont utilisées», a-t-il déclaré à Forbes.

Repéré automatiquement dans une foule de 60.000 personnes.

Une personne recherchée pour “crimes économiques” par les autorités chinoises a été arrêtée parce qu’elle avait été repérée par un système de reconnaissance faciale faisant appel à “l’intelligence artificielle”, alors qu’elle se trouvait dans la foule de 60.000 spectateurs assistant à un concert de musique pop, rapportent différents médias.

Beaucoup de ces problèmes pourraient s’intensifier si vous avez un groupe de quasi-justiciers privés qui créent leurs propres listes noires de toutes sortes”. Il y a peu, Verint a lancé ce qui semblait être un produit de reconnaissance faciale entièrement séparé, FaceDetect. Il promet d’identifier les individus «indépendamment des obstructions de visage, du vieillissement du suspect, des déguisements et de l’appartenance ethnique» et «permet aux opérateurs d’ajouter instantanément des suspects aux listes de surveillance».

Mais Jay Stanley a également remis en question les politiques de Facebook concernant le contrôle de l’utilisation des photos de profil. Le réseau social dispose de la plus grande collection de visages dans le monde, et pourtant les images de profil, dans une certaine mesure, ne peuvent pas être entièrement verrouillées, a-t-il dit. Un porte-parole de Facebook a déclaré que les photos de profil sont toujours publiques, mais il est possible d’ajuster les paramètres de confidentialité pour déterminer qui peut les voir.


Source principale :  “These Ex-Spies Are Harvesting Facebook Photos For A Massive Facial Recognition Database”, publié par Forbes le 16 avril 2018. Traduit et adapté par Luc Delval.

Un certain nombre d’autres articles disponibles sur le site traitent du rôle de Facebook et du parti qu’Israël en tire pour réprimer les aspirations légitimes des Palestiniens.

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Notes   [ + ]

1. YouTube appartient à Google – NDLR

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