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Une célèbre figure juive du journalisme U.S. estime que “les Juifs doivent quitter la Palestine et rentrer chez eux

Les Juifs israéliens devraient quitter la Palestine et retourner chez eux”, c’est-à-dire “en Allemagne et en Pologne ou en Amérique ou n’importe où ailleurs”.

Qui ose dire cela ?  Helen Thomas, qui fait partie des correspondants de presse accrédités à la Maison Blanche (White House Press Corps), pour le compte du groupe de presse Hearst.  Elle a fait cette déclaration le 27 mai à l’occasion de la “White House Jewish Heritage Celebration”, le 27 mai dernier.

Elle a encore aggravé son cas en affirmant que “ces gens [les Palestiniens] sont occupés, et c’est leur terre, pas l’Allemagne ou la Pologne”.

On imagine aisément que cette déclaration surprenante a soulevé un tollé dans les milieux sionistes, où des appels ont fusé pour que l’impudente soit chassée de l’organisation B’nai B’rith (la plus ancienne organisation juive active dans une cinquantaine de pays, selon Wikipedia), à laquelle elle appartient.

Voici par exemple une vidéo de propagande sioniste, où on entend distinctement les propos sacrilèges de Helen Thomas :

«Les propos  de Thomas sont méprisables», a déclaré Dennis W. Glick, Président de B’nai B’rith International dans un communiqué, ajoutant que Thomas «la distorsion de la réalité historique est étonnant. Son appel aux Juifs à retourner en Pologne et en Allemagne, site du génocide nazi, le pire génocide de l’histoire moderne, est plus que choquant». Le Président de B’nai B’rith n’explique cependant pas – et pour cause – en quoi les crimes nazis justifient la dépossession des Palestiniens.

Glick a ajouté  que «Thomas semble avoir été  convaincue par le président iranien Mahmoud Ahma­dinejad que les Juifs sont apparus en Israël après l’Holocauste», et ignorer «le fait historique que la Terre Sainte est celle des Juifs  depuis plus de 3.000 ans, longtemps avant que tout autre groupe humain s’y soit établi ».

Ces prétendus “faits historiques” sont – faut-il encore le répéter ? – contredits tant par les historiens qui ne se sont pas mis au service du nationalisme sioniste que par les plus récentes recherches des archéologues (voir par exemple le remarquable ouvrage de Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, « La Bible dévoilée – Les nouvelles révélations de l’archéologie » (Ed. Folio-Histoire). Mais M. Glick n’admettra jamais, bien entendu, que la Bible n’est pas un livre d’histoire, (mais un recueil d’histoires, en majorité écrites vers le VIIème siècle).

En tous cas, on ne mettra pas sur le compte d’un éventuel et hypothétique abus de boissons spiritueuses la sortie de Helen Thomas, puisque le président de B’nai B’rith estime qu’il ne s’agit là que d’un point culminant des “sentiments anti-israéliens” que selon lui l’intéressée “a longtemps dissimulés”.

Elle a d’ailleurs récidivé depuis : la semaine dernière, lors d’un briefing avec le porte-parole de la Maison Blanche Robert Gibbs, Helen Thomas a vivement critiqué la réaction officielle américaine à l’acte de piraterie israélienne contre la “flotille de la paix”, en disant que «notre première réaction à ce massacre flottille, un massacre délibéré, un crime international, a été pitoyable ».

«Qu’est-ce que ça veut dire que vous “regrettez” quand une telle chose doit être fermement condamnée ? Si toute autre nation [qu’Israël] dans le monde l’avait fait, nous aurions pris les armes. Qu’est-ce que c’est que cette sacro-sainte relation blindée avec un pays qui tue délibérément les gens  ?« , a-t-elle déclaré selon Haaretz.

LA FICTION ET LA REALITE SE REJOIGNENT

roth_shylock_Il est par ailleurs piquant de constater que l’évacuation de la Palestine par les Juifs est aussi le thème d’un roman de l’auteur de best-sellers, juif lui aussi, Philip Roth : « Opération Shylock » (Ed. Folio), fiction dans lequel l’auteur se met lui-même en scène en Israël, et dans laquelle apparaît un deuxième Philip Roth, un homonyme, un imposteur, qui s’est mis en tête de renvoyer en Pologne, en Ukraine et en Allemagne les juifs israéliens qui en sont originaires.

Au fil du récit, Philip Roth ne sait plus très bien lui-même qui est le “vrai” Philip Roth et qui est l’imposteur, pour qui il se fait passer… Une fiction avec des gros morceaux de réalité dedans, comme ce discours que tient au personnage central un Palestinien qui vilipende “ces Juifs victorieux [qui] sont des gens affreux. Et je ne parle pas des Kahane ou des Sharon. Je parle d’eux tous, les Yehoshua et les Oz aussi. Les bons qui sont contre l’occupation de la Cisjordanie mais pas contre l’occupation de la maison de mon père, les ‘bons israéliens’ qui veulent à la fois bénéficier du fruit des larcins sionistes et garder la conscience propre” (p. 199).

L.D.

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