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Un prof de l’Université hébraïque de Jérusalem : “Tout colon est un terroriste

Un professeur de l’Université hébraïque de Jérusalem a déclaré que tous les Juifs qui vivent en “Judée et Samarie” (le nom biblique de la Cisjordanie utilisé par Israël) sont des terroristes, ajoutant en outre qu’Israël est un État d’apartheid. C’est ce que rapporte le site sioniste israélien Arutz Sheva.

Amiram Goldblum, chercheur et professeur au département de chimie médicinale de l’université hébraïque, a critiqué les Juifs vivant en “Judée et Samarie”, en affirmant dans un article de Facebook vendredi que, par le fait même de son installation en territoire occupés, tout Israélien qui vit au-delà “la frontière d’avant 1967“ est un terroriste.

Sur sa page Facebook, le Prof. Goldblum affiche cette carte

Par définition, chaque colon est un terroriste”, écrit Goldblum.

Le professeur a également pris pour cible un ancien leader du Conseil de Yesha (Judée et Samarie), Shlomo Filber, qui avait précédemment dirigé le ministère des Communications, en le considérant comme un «terroriste, un menteur et un scélérat».

En tant que personne qui était colonisateur et Directeur général du Conseil Yesha, il était responsable de crimes contre l’humanité [et est lié] directement aux crimes contre le peuple palestinien et devrait donc être jugé par la Cour internationale de La Haye”, écrit-il. “Israël doit commencer à se nettoyer de créatures sales comme Shlomo Filber et ses pareils”, poursuit-il.

Ce n’est pas la première fois que le Pr. Goldblum – qui fut jadis candidat à la Knesset sous les couleurs du Meretz – provoque des remous en prenant des positions tranchées. Il y a quelques mois il s’en était vivement pris au dirigeant de l’organisation d’extrême-droite raciste Lehava, Benzi Gopstein, qu’il avait traité de “néo-nazi” (ce qui paraît tout à fait raisonnable).

Le mois dernier, un de ses collègues, le Dr Ofer Cassif, avait été dénoncé publiquement par une organisation qui s’est spécialisée dans la traque aux “gauchistes” dans le corps enseignant, pour avoir expliqué à ses étudiants du département des sciences politiques de l’Université hébraïque de Jérusalem qu’un certain nombre de lois israéliennes, en particulier parmi celles récemment adoptées à l’initiative du gouvernement Netanyahou, sont fort semblable à celles qu’avait imposées le régime hitlérien dans l’Allemagne nazie. Pour le Dr Ofer Cassif, il s’agit “de faits et non d’opinions”. Il en conclut que “Israël est sur la pente glissante qui mène au fascisme”. Un diagnostic qu’il n’est pas, il s’en faut de beaucoup, le premier à poser.

Il n’y a pas vraiment matière à discussion ici”, avait expliqué Ofer Cassif à ses étudiants. “Je suis sûr que si nous étions assis… à l’Université de Fribourg en 1933, et il s’il y avait un professeur qui ose parler comme moi, là aussi, certains auraient dit: ‘Eh bien, c’est ça ton opinion’. Les gars, non, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas parce que quelque chose est désagréable à entendre qu’on peut dire que c’est ‘juste une opinion’ “.

Les voix discordantes paraissent extrêmement minoritaires en Israël, mais elles n’ont pas disparu entièrement. Pas encore.

Une série de lois liberticides

Au consensus sur l’extension de la colonisation et sur le refus de toute concession s’ajoutent plusieurs dispositions législatives destinées à museler la contestation :

 La « loi boycott » (2011) interdit tout appel au « boycott d’une personne en raison de ses liens avec Israël ou des régions sous le contrôle d’Israël » ;

 La « loi Nakba » (2011) sanctionne financièrement la commémoration de l’expulsion de 850.000 Palestiniens en 1947-1949 ;

 La « loi ségrégation » (2011) prévoit la création de « comités d’admission » pour décider si une ou des personnes venant s’installer dans une localité ou une ville sont « convenables » ;

 La loi sur les organisations non gouvernementales (2016) contraint les ONG à déclarer les subventions en provenance de gouvernements étrangers si celles-ci représentent plus de la moitié de leur budget (y échappent ainsi les associations de droite et d’extrême droite qu’arrosent des fondations américaines extrémistes) ;

 La « loi d’exclusion » (2016) permet à 90 députés (sur 120) d’en expulser d’autres du Parlement ;

 La « loi BDS » (2016) autorise Israël à refouler à ses frontières les personnes ou les représentants d’entreprises, de fondations ou d’associations appelant au boycott d’Israël ;

 Enfin, la « loi Breaking the Silence » (2017), adoptée en première lecture en janvier, interdit à l’association portant ce nom, qui dénonce la violence de l’armée dans les territoires occupés, d’intervenir dans les établissements d’enseignement.

Inventaire établi par Dominique Vidal             
dans « Le Monde Diplomatique – février 2017

 

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