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Un photojournaliste de Jérusalem détenu depuis janvier sans accusations ni procès, et Israël ne parvient pas à l’expulser

Le photo-journaliste Mustafa al-Haruf, né en Algérie, vit avec sa famille à Jérusalem-Est depuis l’âge de 12 ans. Depuis environ 20 ans Haruf avait un permis de résidence pour Jérusalem, qui était renouvelé périodiquement. Ses parents et ses frères et sœurs âgés de moins de 18 ans ont obtenu la résidence perma­nente dans la ville où est né son père.

En janvier de cette année, Haruf a soudain été arrêté pour séjour illégal en Israël. Depuis lors, il est détenu sans inculpation ni jugement à la prison de Givon, à Ramle. La Cour suprême a refusé d’entendre le dernier recours introduit en son nom par ses avocats. Dimanche dernier, Israël a tenté de l’expulser vers la Jordanie, mais les autorités jordaniennes lui ont refusé l’accès à leur territoire.

Le ministère israélien de l’Intérieur a rejeté la demande de regroupement familial de Haruf avec son épouse et leur fille âgée de deux ans. Son épouse est originaire de Jérusalem-Est. Elle et son enfant ont tous deux le statut de résident permanent en Israël. Mais le ministère a affirmé que Haruf est membre du Hamas, ce qu’il nie. Ses recours contre cette décision du ministère de l’Intérieur ont été rejetés, de même que ceux contre sa détention sans jugement et la menace d’expulsion.

Haruf a appelé sa famille dimanche soir et leur a dit que les autorités de l’immigration envisageaient de l’expulser quelques heures plus tard. Lundi matin, sa famille a appris qu’il avait été emmené au poste-frontière d’Aqaba après minuit, mais les Jordaniens ont refusé de le laisser passer. Lundi, la décision officielle jordanienne lui refusant l’entrée est arrivée, mais sa famille n’a pas su où il se trouvait. Ce n’est qu’après que le Centre de défense Hamoked a soumis une requête à la Haute Cour de justice, après que le procureur leur ait annoncé que Haruf était ramené à la prison de Givon.

Mustafa al-Haruf

Mustafa al-Haruf lors d’une de ses comparutions devant un juge israélien (Oren Ziv).

Le ministère de l’Intérieur a renoncé il y a quelques mois à soutenir que Haruf est citoyen jordanien. Malgré tout, après que son avocat, Adi Lustigman, eut expliqué que le seul document de voyage de Haruf était un laissez-passer qui ne permet pas de résider en Jordanie (ou dans un quelconque autre pays), qui lui refuserait à coup sûr l’accès à son territoire. Néanmoins, le bureau du procureur général israélien a continué de soutenir que M. Haruf pouvait être déporté vers la Jordanie et qu’il possédait un passeport jordanien. Cette position avait été avalisée par deux juges israéliens différents, dont l’un avait même jugé qu’il incombait à Haruf de faire la preuve qu’il ne possédait aucune nationalité, jordanienne ou autre. On ignore comment un individu peut prouver qu’il n’a PAS une nationalité quelconque… Cela n’empêche pas le porte-parole du Ministère de l’Intérieur israélien, interrogé par la journaliste de Haaretz Amira Hass, de qualifier l’impossibilité juridique d’expulser Haruf de “problème technique en passe d’être résolu d’ici quelques jours”.

Au cours des procédures judiciaires des trois dernières années, les représentants du bureau du procureur du district de Jérusalem et du service de sécurité du Shin Bet n’ont pas répondu aux questions de l’avocat de  Haruf  qui demandait pourquoi, alors qu’il n’avait jamais été inculpé ni poursuivi pour des infractions à la sécurité, Haruf était aujourd’hui supposé constituer une menace potentielle pour la sécurité. Les soupçons contre lui sont toujours des informations classifiées, dont il n’a pas le droit de prendre connaissance. Et face auxquels il lui est donc impossible de se défendre (ce n’est pas exceptionnel en Israël).

Haruf affirme que toutes ses rencontres avec des membres de diverses organisations palestiniennes ont eu lieu dans le cadre de son travail de photojournaliste et qu’il avait publié des photos de manifestations et d’autres événements à Jérusalem sur sa page Facebook.


Cet article est basé sur celui d’Amira Hass publié sur le site de Haaretz le 23 juillet 2019 sous le titre “Jordan Refuses Entry to Stateless Palestinian Journalist After Israeli Deportation Attempt” – Traduction et adaptation : Luc Delval.

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