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Un ministre israélien d’extrême-droite dénonce “le déshonneur et la honte” des checkpoints

Luc Delval

Un ministre du gouvernement Netanyahou, appartenant au parti d’extrême-droite “Habayit Hayehudi” (“Le Foyer Juif”, issu de la fusion d’une série de petits partis nationalistes et religieux), a déclaré que les conditions imposées aux Palestiniens aux checkpoints militaires qu’ils doivent franchir au moindre de leurs déplacements, constituent “un déshonneur et une honte” pour Israël. Uri Ariel, qui est ministre de l’Agriculture, demande aussi au Premier ministre Netanyahou d’agir pour améliorer l’économie palestinienne : «Laissez Gaza disposer d’un port maritime…,  donnez-leur du carburant et de l’eau désalinisée…», a-t-il dit, selon le quotidien Haaretz.

On sait que, pour punir les habitants de Gaza d’avoir jadis voté pour le Hamas et de ne pas capituler devant l’occupant : 

  • de manière chronique, la Bande de Gaza manque d’énergie électrique depuis qu’Israël a en grande partie détruit l’unique centrale électrique en 2006;
  • Israël empêche depuis des années la Turquie d’envoyer, comme elle le propose, un navire-centrale électrique sur le littoral de Gaza pour compléter l’approvisionnement;
  • par conséquent il n’est pas possible de faire fonctionner une usine d’épuration d’eau qui a coûté 100 millions de dollars et qui n’a jamais été utilisée;
  • par conséquent aussi les nappes phréatiques sont gravement dégradées, avec des conséquences graves en termes de santé publique;
  • d’énormes quantités d’eau hautement polluée sont donc rejetées dans la Méditerranée sans aucun traitement, ce qui entrave même le fonctionnement d’une usine israélienne de désalinisation.

Or, voilà que soudain le Ministre israélien de l’Agriculture semble – chose particulièrement rare parmi les politiciens israéliens – pris de scrupules après avoir constaté “l’état lamen­table” des check­points en Cisjordanie, et qualifie les conditions dans lesquelles les Pales­ti­niens sont contraints d’attendre pendant des heures “sans ombre ni une goutte d’eau” de “déshonneur et une honte pour l’establishment israélien de la défense”.

On ne saurait le contredire sur ce point, même si en fait les termes qu’il utilise sont largement en-dessous de la réalité et si ce ne sont pas seule­ment les conditions pénibles qui sont en cause, mais bien entendu le principe même des checkpoints et de l’occupation coloniale dont ils sont l’instrument.

Uri Ariel s’exprimait vendredi sur les ondes de la radio de Tel Aviv. Il a expliqué qu’il a dit à Netanyahou faut rentre les checkpoints de Cisjordanie “plus humains”. “Vous devriez voir – dit-il – dans quelles condi­tions [les travailleurs palestiniens] attendent de pouvoir entrer en Israël. Les gens restent là dans des conditions inhumaines, sans eau, dans la chaleur en été, dans la pluie en hiver à partir de 3 heures du matin en espérant passer à 7 heures. Qu’est-ce qui nous empêche de remédier à ça ? Est-ce que 50 millions de shekels sont un tel problème ?”.

Il a raison Uri Ariel, ce n’est effectivement pas le problème. Le problème, c’est que même en exprimant – bien tardivement – de la compassion pour les Palestiniens, il ment sur l’essentiel. Il parle des travailleurs palestiniens qui font la file pour “entrer en Israël”, c’est-à-dire pour franchir le “mur de séparation”.

Or, contrairement à ce qu’il essaie de nous faire croire, ce mur ne sépare par le territoire palestinien du territoire israélien : des deux côtés c’est la Palestine, pour la bonne raison qu’Israël a érigé, sur la très grande majorité de sa longueur, le “mur de l’apartheid” en Cisjordanie, de manière à annexer de facto ici de bonnes terres agricoles, là des “lieux saints”, ailleurs des sites touristiques exploitables, etc… Franchir le checkpoint du mur, c’est donc la plupart du temps passer d’une partie de la Cisjordanie à une autre partie de la Cisjordanie, et non “en Israël” comme le compatissant ministre l’affirme.

Le Ministre de l’Agriculture dit aussi être intervenu pour qu’Israël prenne des initiatives unilatérales afin d’améliorer la situation économique de la population palestinienne, tant en Cisjordanie que dans la Bande de Gaza. Il estime qu’autoriser la construction d’un port maritime à Gaza ne poserait pas de problème, de même que le transfert de carburant et d’eau potable désalinisée vers la Cisjordanie (où Israël s’empare de 80% des ressources naturelles en eau, et jusqu’à 95,95% dans la vallée du Jourdain).

Il affirme avoir dit à Netanyahou : «Construis le port à Gaza. Tout est sous 100% de sécurité, il y a un moyen de le faire, je le sais». Et il aurait ajouté : «Pourquoi est-ce que tu [Netanyahu] prends les choses à l’envers en disant “nous allons l’envisagerQue faut-il envisager ? Nous “envisageons” depuis 47 ans et ils n’ont toujours pas de port international… pourquoi devraient-ils ne pas avoir un port ?»

«Nous devrions transférer du gaz à Naplouse, à Tul Karm, à Jénine. Nous avons du gaz. Et sans ses fameuses conditions de “donnant-donnant”, s’ils donnent ils recevront… Nous sommes responsables de la zone. Donnez-leur de l’eau», dit encore Uri Ariel, oubliant au passage que l’eau dont il parle est celle que les Israéliens volent aux Palestiniens.

Quoi qu’il en soit, Uri Ariel a été forcé d’admettre que Netanyahou n’a pas répondu à ses objurgations.

Les paris sont ouverts pour savoir combien de temps il faudra à la classe politique pour “ramener à la raison” Uri Ariel, qui paraît avoir oublié un moment qu’un des principaux objectifs d’Israël est le nettoyage ethnique de la Palestine, et que dans cette perspective une des grandes constantes de la politique israélienne vis-à-vis de la population palestinienne est qu’il faut lui rendre la vie aussi pénible que possible pour l’encourager à partir.

S’il s’écarte durablement de cette ligne de conduite abjecte, il ne restera plus ministre bien longtemps (son parti n’a que 3 députés à la Knesset).

L.D.


Source des citations : Jonathan Lis, dans Haartez
Diagramme sur la captation de l’eau palestinienne par Iraël : http://visualizingpalestine.org

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